Réjean Sirois quitte la barre du Conseil scolaire de district catholique Centre-Sud.

«Les cinq plus belles années de ma carrière»

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Là où Réjean Sirois passe, des écoles poussent.

Durant son passage de six ans à la barre du Conseil scolaire de district catholique Centre-Sud, à Toronto, « son » conseil a construit 13 nouvelles écoles de langue française. Et trois autres étaient en construction en 2015 lorsqu’il a accepté le poste de directeur de l’éducation du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), à Ottawa.

Depuis son arrivée à la tête de ce conseil — le plus grand conseil scolaire de langue française hors Québec — le nombre d’écoles est passé de 52 à 57, et le nombre d’élèves de 22 000, en 2015, à 26 000 aujourd’hui. « Et nous aurons bientôt une 58e et une 59e école », dit-il fièrement.

Mais Réjean Sirois ne sera plus au CECCE pour l’inauguration de ces deux nouvelles écoles. Après 30 années à œuvrer dans le monde de l’éducation, d’abord en Acadie puis en Ontario français, cet ancien joueur de hockey universitaire a décidé d’accrocher ses patins. Il quittera la direction du CECCE en septembre.

« J’étais en réflexion depuis un certain temps, dit-il. J’en ai discuté avec plusieurs personnes qui sont passées par là. Je me questionnais à savoir à quel moment c’est le bon temps de quitter. C’est la dernière page de ton chapitre, c’est une décision difficile. Le déclic s’est fait durant le temps des Fêtes et je suis très heureux avec ma décision. J’aimerais continuer. Le CECCE est le meilleur conseil au sein duquel j’ai travaillé. Je suis entouré d’une équipe extraordinaire et de gens talentueux et compétents. On a réalisé de grandes choses ensemble. Alors, pourquoi quitter quand on a tout ça ? Je pense que c’est le temps de passer le flambeau. J’ai 58 ans, j’ai encore beaucoup d’énergie, j’en ai à donner. Mais le temps est venu de laisser ça à quelqu’un d’autre. Je vais maintenant prendre cette énergie-là et l’investir dans autre chose.

— Et que sera cette «autre chose» ?

— Je suis en réflexion. La vie a été bonne pour moi et j’ai toujours fait confiance à la vie. Je suis allé à des endroits où je ne pensais jamais aller. Parfois, une porte se fermait, mais une autre s’ouvrait et, finalement, je réalisais que c’était là que j’étais censé être parce que je me sentais bien là-dedans, je contribuais et je voyais que je faisais une différence. Et j’ai encore confiance en l’avenir. Il faut s’aider, bien entendu. Mais j’ai confiance que mon prochain défi sera à la hauteur de mes attentes. Et je souhaite que ça se passe dans un autre domaine (que l’éducation).

— Comptez-vous rester à Ottawa ou retournerez-vous dans votre région natale de Québec ?

— Je reste à Ottawa, c’est mon chez-moi. Je suis né à Vanier, Québec, et j’habite aujourd’hui le secteur Vanier (à Ottawa). C’est comme si je n’étais jamais déménagé », laisse-t-il tomber en riant.

L’entrevue avec M. Sirois s’est tenue jeudi alors que tous les enseignants des écoles françaises de l’Ontario dressaient des piquets de grève en signe de protestation aux compressions imposées par le gouvernement de l’Ontario, et au moment où les négociations entre les syndicats des enseignants et le ministère de l’Éducation semblent au point mort.

Dans ce conflit, les conseils scolaires se retrouvent un peu entre l’arbre et l’écorce. Une situation injuste, croit M. Sirois.

« Je ne pense pas que les gens de la communauté soient au courant, mais les conseils scolaires n’ont jamais eu à se prononcer sur le gel salarial de 1 %. Cette décision a été prise par un projet de loi (à Queen’s Park). C’était fait avant que les négociations commencent. Si on se rappelle également, dans les premiers mois du gouvernement en place, ils ont augmenté les tailles des classes au secondaire, et mis de l’avant une idée de quatre cours en ligne pour tous les élèves. Mais il n’y a pas eu de discussions avec les conseils scolaires à savoir si c’était une bonne idée. Tout s’est fait avant les négociations. Alors je me dis que peut-être qu’il faudrait juste que les gens se souviennent de la chronologie des événements pour comprendre ces trois éléments-là. Les conseils scolaires n’ont pas eu un mot à dire dans ça. Ce sont des projets de loi et des directives ministérielles qui ont fait en sorte qu’on ait apporté des changements à ce niveau-là. Je trouve ça triste par moments qu’on mette de la pression sur des conseils scolaires alors que ces éléments-là ne sont pas des décisions qui ont été prises par les conseils scolaires.

– Pour revenir au CECCE et votre départ de celui-ci, M. Sirois, si vous aviez un message à laisser à votre personnel avant de quitter ?

— Je suis tellement fier du personnel. Ce sont des gens extraordinaires, engagés et consciencieux. Je me suis enrichi de leurs compétences et je les remercie. Ces cinq dernières années au CECCE ont été la cerise sur le sundae. J’y ai passé les cinq plus belles années de ma carrière professionnelle. Et si j’avais un message à laisser, je leur demanderais de continuer à exiger du conseil et de son administration les meilleurs services et les meilleurs programmes afin qu’on offre ce qu’il y a de meilleur aux élèves. Ces élèves ont le droit à une éducation équivalente à celle du côté anglophone. Par équivalente, je parle autant des installations scolaires et sportives que de la gamme de cours.

— Et un message aux élèves ?

— Je leur demande de rester éveillés comme ils le sont. Les jeunes sont super intelligents. Ils n’ont pas peur de s’exprimer. Ils ne sont pas juste des gens qui absorbent, ce sont des gens capables d’exprimer leurs besoins et qui ont aussi une conscience écologique. Et je leur demande de garder aussi cette conscience écologique. De faire attention à notre planète, notre environnement. Je rencontre dans nos écoles des élèves extraordinaires et articulés, capables en 3e année de te dire quelle sorte d’école on devrait construire. Je ne suis pas sûr que j’aurais pu verbaliser tout ça comme eux le font aujourd’hui lorsque j’étais en 3e année. Les jeunes sont vraiment éveillés et je leur demande de continuer. Continuer à avoir une conscience sociale et environnementale. »