Leo Lavergne, un Vaniérois dans l’âme et dans le cœur.

Léo «Monsieur Vanier» Lavergne

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Léo Lavergne a sa ville natale de Vanier tatouée sur le cœur.

Directeur général du Centre Pauline-Charron — un « carrefour de vie active » pour les francophones de Vanier et des environs âgés de 50 ans et plus — cet homme de 72 ans est de toutes les causes pour améliorer la qualité de vie de ses concitoyens Vaniérois.

Exemple : le Centre Pauline-Charron, qu’il dirige depuis plus de 25 ans, organise annuellement le déjeuner Flocons de neige, une activité qui permet au comptoir alimentaire Partage Vanier de poursuivre sa mission auprès des familles démunies de ce quartier d’Ottawa. En décembre dernier, lors de la 14e édition de Flocons de neige, les 600 déjeuners servis au Centre Pauline-Charron ont permis d’amasser la somme de 47 000 $. Et ce n’est qu’une activité parmi tant d’autres que ce centre de la rue Jeanne-Mance qui compte plus de 800 membres tient régulièrement pour préserver la fierté et le sens d’appartenance des Vaniérois à leur communauté.

Comme un peu tout le monde de ce quartier, Léo Lavergne se dit préoccupé par la construction possible d’un mégarefuge de 350 lits de l’Armée du Salut sur le chemin de Montréal, en plein cœur de Vanier.

« Je crois en la mission de l’Armée du Salut, insiste-t-il. Mais je ne crois pas qu’un gros refuge qui rassemblerait des itinérants, des toxicomanes et des gens avec des problèmes de santé mentale, tous dans le même endroit, est une solution.

«Oui, on pourrait avoir quelques maisons dans différents secteurs de Vanier, mais des maisons de six ou sept unités où les résidents s’entraideraient, où ils recevraient les soins appropriés et où ils pourraient vraiment avoir une chance de reprendre une vie normale. Mais je crois que la construction d’un mégarefuge est juste une question d’économie et une façon de dire aux gens : «regardez-nous, on remplit notre mission». Mais ce qu’ils font au quartier où ils s’établissent, ça, ils n’en parlent pas. Je suis le premier à dire qu’on devrait aider les gens. Mais choisissons les bons outils pour le faire. Et ce mégarefuge est loin d’être la bonne solution. Il ne fera que nous écraser et donner une autre gifle au visage du quartier Vanier.

—Ça vous désole de voir ce qu’est devenu le Vanier d’aujourd’hui si on le compare à celui où vous avez grandi ?

—Non, ça ne me désole pas parce qu’il y a tellement d’entraide et de vitalité au sein des organismes communautaires de chez nous. Ces organismes font beaucoup de bien et ils ont toujours gardé cette fierté de dire qu’ils sont de Vanier. On n’a pas peur de le dire et on défendra toujours notre coin lorsque d’autres le dénigreront. C’est sûr que je serais peut-être un peu plus craintif aujourd’hui de prendre une marche seul le soir dans certaines rues de Vanier. Mais je pourrais nommer d’autres quartiers d’Ottawa où t’aurais besoin d’une équipe de gardes du corps pour prendre une marche en soirée. (Rires.) Donc suis-je désolé ? Non. J’ai toujours vécu ici et je ne me vois pas vivre ailleurs.»

TRAGÉDIE AU DÉPANNEUR LAVERGNE

Après une carrière de 23 ans à la Société canadienne d’hypothèques et de logement, Léo Lavergne a quitté le gouvernent fédéral pour réaliser deux rêves qu’il caressait depuis toujours : se procurer un dépanneur (à Vanier, bien entendu) et se lancer en politique municipale (à Vanier aussi, évidemment).

«Je m’étais toujours dit que je m’achèterais un dépanneur si je quittais la fonction publique, dit-il. Je savais que je ne ferais pas d’argent avec ça et je n’en ai pas fait non plus, mais je voulais travailler avec le public. J’ai toujours aimé travailler avec le public. Alors j’ai acheté un dépanneur du chemin Marier et je l’ai vendu après sept ou huit ans, c’était en janvier 1992. En juillet de cette même année, l’homme qui avait acheté mon dépanneur a été abattu dans son commerce par un jeune toxicomane. J’ai été ébranlé par ça. C’était difficile. Et certains amis n’étaient pas au courant que j’avais vendu mon dépanneur. Donc, lorsqu’ils ont vu les images de mon commerce à la télévision et qu’ils ont appris que le propriétaire avait été tué, ils croyaient que c’était moi. Ça aurait pu.»

À NOUS DEUX, PITBULL 

Si Léo Lavergne rêvait aussi de se lancer en politique municipale, c’est un peu parce qu’à l’image d’Obélix le Gaulois, il est tombé dedans quand il était petit. Son père, Gordon Lavergne, a été maire de la municipalité d’Eastview (rebaptisée Vanier en 1967) de 1949 à 1961.

«J’admirais ce que mon père faisait pour aider les moins fortunés de Vanier, se souvient-il. Ça m’a marqué et j’ai voulu à mon tour être au service des gens d’ici. J’ai été élu conseiller municipal en 1987, Gisèle Lalonde était mairesse de Vanier. Puis j’ai perdu la course à la mairie en 1991 contre mon ami Guy Cousineau.»

Léo Lavergne n’a siégé que pendant un mandat à la table du conseil municipal, mais son passage a certes été remarqué. Il s’est d’abord battu corps et âme pour permettre la construction à Vanier d’une maison pour femmes victimes de violence. «Plusieurs ne voulaient pas de cette maison dans leur cour», laisse-t-il tomber.

Puis il a aussi réussi à faire adopter un règlement municipal pour interdire la présence de chiens pitbull sur le territoire de la Ville de Vanier. «Un petit bonhomme est entré dans mon dépanneur avec son père et le jeune garçon avait le visage recouvert de bandages et de cicatrices. Son père m’a expliqué que son fils avait été mordu par le pitbull de la famille. Lorsque je lui ai demandé s’il avait fait endormir son chien, il m’a répondu : "Non, c’était à lui (son fils) de ne pas tirer la queue du chien." Je me suis dit que quelqu’un devait faire quelque chose pour protéger les enfants de ces chiens.»

Quelques mois plus tard, la Ville de Vanier devenait la première municipalité du Canada à adopter un règlement anti-pitbull.

«Mais ça ne m’a pas aidé lorsque je me suis présenté à la mairie, dit M. Lavergne en riant. Je faisais du porte-à-porte et certaines personnes me disaient : "C’est toi qui a passé le règlement contre les chiens, t’auras pas mon vote." Ce n’était pas grave. J’avais agi selon mes convictions et mes valeurs.»