Sébastien St-Louis, le PDG de Hexo

Le temps de la récolte

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Quelques centimètres et quelques kilogrammes de plus et Sébastien St-Louis serait peut-être devenu joueur de football professionnel plutôt que de devenir entrepreneur et de mettre sur pied l’entreprise HEXO, le plus important fournisseur de la Société québécoise de cannabis (SQDC).

« Je suis un ancien footballeur, j’étais centre sur la ligne offensive, se souvient ce Franco-Ontarien natif d’Ottawa et diplômé du Collège catholique Samuel-Genest. J’ai joué au football jusqu’au niveau collégial. Malheureusement, j’ai arrêté de grandir une fois rendu à ce niveau. Et à cinq pieds et neuf pouces, tu ne deviens pas centre. J’ai donc décidé de faire autre chose de ma carrière. C’est cependant au football que j’ai appris l’importance des rôles et des fonctions de chacun au sein d’une équipe pour atteindre notre but. »

Sébastien St-Louis a atteint son but, c’est le moins qu’on puisse dire. Son entreprise du secteur Masson-Angers qui comptait dix employés à ses débuts, en 2013, en compte aujourd’hui 245 et on vise 500 d’ici la fin de l’année. HEXO a le mandat de fournir à la SQDC plus de 200 000 kilogrammes de cannabis au cours des cinq prochaines années. « Les cinq dernières années ont été une belle aventure, lance-t-il. Et j’espère que les cinq prochaines années seront aussi mouvementées. »

Titulaire d’un baccalauréat en arts et d’une maîtrise en administration des affaires, Sébastien St-Louis, 34 ans, est père d’une fillette âgée de 20 mois, et son épouse et lui attendent un garçon en novembre. Issu de parents qui sont tous deux enseignants, il a un sens inné pour les affaires, lui qui a démarré sa première entreprise à l’âge de 16 ans. Mais c’est en 2013 qu’il a vraiment misé juste en fondant l’entreprise Hydropothicaire, rebaptisée HEXO en juin dernier. D’où vient ce flair pour une bonne affaire ?

« Mes parents me posent souvent cette même question, répond-il d’un éclat de rire. C’est le goût de l’exploration, de l’apprentissage, croit-il. C’est beaucoup de travail et un peu de chance aussi. C’est de choisir les bonnes valeurs et de s’entourer de gens très forts dans leur domaine. C’est d’apprendre de ces gens-là et d’utiliser les forces de chacun d’entre nous pour faire quelque chose de bien. Et j’étais entouré de gens qui ont cru en moi.

— Quelle a été la réaction de vos parents et de votre entourage lorsque vous leur avez annoncé que vous vous lanciez dans l’industrie du cannabis ?

— Mes parents sont assez ouverts. J’ai eu beaucoup d’encouragement. Beaucoup de questionnement aussi. J’ai éduqué les gens et expliqué ce que mon entreprise allait faire. Et les gens y croyaient. En fait, le premier million investi dans la compagnie, ce sont tous des amis de la famille qui l’ont investi. Et je ne viens pas d’un cercle de gens riches. C’était beaucoup de petits chèques, à coups de 10 000 $, pour se rendre au premier million amassé. Mes parents ont investi initialement 50 000 $ dans mon entreprise. Ils n’avaient pas 50 000 $ qui traînaient, ils ont pris une hypothèque sur la maison. Tout est bien tombé. Beaucoup de vies ont changé dans ce cercle d’amis-là. Ils ont pris un gros risque au début. Mais c’est certain qu’on a tous été choyés par les résultats. Et ça continue. »

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Fait plutôt ironique, Sébastien St-Louis n’avait presque jamais consommé de cannabis avant de fonder HEXO.

« J’avais 24 ans la première fois que j’ai fumé, dit-il. Un bon ami m’a demandé si je voulais essayer un joint. C’était bien correct, mais ce n’est pas quelque chose qui m’a accroché dès le début.

«Ces jours-ci, un vendredi soir, au lieu de prendre un scotch, je prends un peu d’Élixir (vaporisateur sublingual de cannabis). C’est une façon plus responsable, il me semble, de passer une belle soirée. Tu te lèves le lendemain matin sans maux de tête, t’es un peu plus productif. L’Élixir de HEXO est muni d’un système de dosage. Chaque fois que t’appuies sur le mécanisme, tu reçois 2,5 mg de THC. Donc si tu veux passer une belle soirée avec juste un peu d’euphorie, tu prends deux dépressions du mécanisme — dépendamment du métabolisme de chacun — et t’as toujours la même expérience sans trop en prendre et sans tomber endormi. C’est une façon d’aller chercher tes moments d’euphorie en soirée de façon beaucoup plus santé que l’alcool.»

HEXO a été mis sur pied en 2013 pour produire et vendre du cannabis médical. C’était sa raison d’être, d’abord et avant tout. 

Or, Sébastien St-Louis a été aussi étonné que tout le monde, quatre ans plus tard, lorsque le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé que la consommation de cannabis serait légalisée dès le 1er juillet 2018. (Cette date a été repoussée au 17 octobre 2018).

«Quand j’ai commencé l’entreprise, je m’attendais à ce qu’un jour on puisse acheter du cannabis sans prescription, j’en étais certain, dit-il. Mais c’est arrivé plus vite que je pensais, et plus vite que tout le monde pensait. Donc on a dû s’adapter rapidement.

— Et allez-vous célébrer d’une façon quelconque le 17 octobre prochain (mercredi) ?

— Tout le personnel va se rassembler pendant environ une demi-heure, répond-il. On va se serrer la main, se féliciter et il y aura quelque chose de spécial pour tous les employés. Et ensuite, on retournera au travail. On célébrera ça pour de vrai au party de Noël. (Rires). À notre tout premier party de Noël, nous étions vingt personnes, soit dix employés avec leur conjoint et conjointe. Cette année, on va fêter Noël au Hilton Lac-Leamy et on attend 600 personnes.»