Jean-Marie Lapointe est de passage à Gatineau pour animer le spectacle bénéfice de la Fondation Lani, une organisation qui s’engage dans la prévention du suicide chez les jeues de 12 à 25 ans.

Le sénateur de la rue

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / On connait Jean-Marie Lapointe l’acteur pour ses rôles dans Épopée Rock, Lance et compte, Scoop, Chambre en ville et plusieurs autres émissions.

On l’a connu aussi comme l’animateur à la barre du Club des 100 watts et de l’émission Écoute-Moi. Comme cinéaste, il a réalisé le documentaire Face à la rue sur les ondes de Moi et Cie Télé, une série qui porte sur l’itinérance et qui lui a valu un prix Gémeaux. Et sa prochaine série, Fin de mois, sera diffusée sur la même chaîne à compter du 30 avril prochain. Comme auteur, il a publié trois livres, dont son autobiographie intitulée Mon voyage de pêche. Et on sait tous qu’il est le fils du grand Jean Lapointe.

Mais depuis quelques années, Jean-Marie Lapointe, 53 ans, est surtout conférencier. « Je donne au moins une conférence par semaine, dit-il. Il y a une forte demande pour que j’aille partager sur le bénévolat, sur l’itinérance et sur mes expériences. Je pense que chaque être humain a en lui le désir de tendre la main. C’est inné. Mais en même temps, j’ai aussi des modèles dans ma famille. Il y a mon père qu’on connait, mais j’ai aussi une tante qui est religieuse et missionnaire. Et ces modèles te montrent que dans l’être humain, il y a la capacité de tendre la main, de faire du bien. Et ça, c’est enrichissant. Ce n’est peut-être pas payant, le bénévolat. Mais c’est enrichissant. Moi, je suis enrichi par mon bénévolat. Et c’est ce que j’essaie de partager dans mes conférences. »

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La fondation Lani

Très impliqué socialement, Jean-Marie Lapointe est le porte-parole d’innombrables organismes et associations à vocation humanitaire et sociale. Les causes impliquant les jeunes le touchent particulièrement. Il sera d’ailleurs de passage à Gatineau samedi soir où il animera pour une neuvième année consécutive le spectacle-bénéfice de la Fondation Lani : « La vie un peu beaucoup passionnément ». Une fondation qui existe pour prévenir le suicide chez les jeunes de 12 à 25 ans. Et une fondation que Jean-Marie Lapointe porte dans son cœur et dans son âme depuis près d’une décennie.

« J’avoue que j’ai un lien très intime avec le suicide, la dépression et la santé mentale, dit-il. Ça fait partie de moi. J’ai déjà eu des idées suicidaires. J’ai eu des moments où j’avais le moral bas. Ma mère est décédée à l’âge de 49 ans des complications liées à sa consommation d’alcool. Je suis passé par le déni, la colère, l’incrédulité. Je peux comprendre ce qui peut habiter le cœur d’un jeune. Je peux comprendre un jeune qui doute de lui, qui doute de la vie, de ses talents, de sa mission sur Terre. Il ne l’a pas encore trouvée. Parce que lorsque t’as trouvé ta mission, tu n’es plus «arrêtable». Quand un jeune a un projet et qu’il y croit, il n’est plus «arrêtable».

«Et la Fondation Lani, c’est ce qu’elle fait, ajoute-t-il. Elle prend un jeune qui a un projet. Il a peut-être encore un petit doute à l’intérieur de lui, mais on lui dit : «non, attends une minute. On va t’entourer de gens qui vont t’aider, qui vont te propulser et qui vont te faire vivre une réussite. Et non seulement tu seras sur scène avec d’autres personnes comme toi, mais il y aura de gens dans la salle qui vont t’applaudir, te féliciter et te faire réaliser que t’as une valeur.» Tout ça fait vivre un moment profondément humain à tout le monde. Donc vous comprendrez pourquoi je retourne chaque année animer ce spectacle de la Fondation Lani. Un, ça me fait du bien. Et deux, j’ai besoin de participer à des projets qui résonnent dans mon cœur et qui me permettent de toucher les jeunes, et en même temps, d’être témoin de la résilience des jeunes, je me dis que c’est une thérapie pour tout le monde.»

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Sénateur à son tour ?

Sa mission, sa cause, Jean-Marie Lapointe serait prêt à la défendre au Sénat canadien. Il a même posé sa candidature comme sénateur il y a quelques années dans le but de succéder à son père à la Chambre rouge.

«Chantal Petitclerc et moi avons tous deux posé notre candidature, laisse-t-il tomber. Nous sommes porte-paroles du Défi sportif AlterGo (pour des personnes ayant un handicap) et nous avons décidé, il y a quelques années, de poser notre candidature au Sénat en même temps et avec les mêmes références. On en riait. Puis finalement, c’est Chantal qui a eu l’appel. Je me suis dit que ce n’était pas mon temps.

«Pour l’instant, je ne me vois pas du tout en politique et je ne me vois pas encore comme sénateur, poursuit-il. Je sens que mon pouvoir de toucher les gens et de faire réfléchir les gens passe surtout par les émissions de télé comme je fais et qui ont ce pouvoir de toucher les gens. Je me sens vraiment à ma place. Mais je ne refuserais pas l’invitation d’un premier ministre pour aller à un autre niveau. Et peu importe ce que je vais faire, que ce soit devant une caméra, sur un conseil d’administration ou en politique, je veux faire avancer les choses et être le porte-voix des sans-voix, de ces gens qui vivent dans l’ombre, qu’on n’écoute pas et qui ont besoin de notre aide. Être nommé sénateur est un privilège, un cadeau. Mais c’est aussi une mission. T’as une job à faire. Et peu importe le gouvernement en place et la personne qui me nommera — si jamais ça arrive — je vais tenter d’être à la hauteur de ma mission.

— Je vais terminer en vous demandant comment va votre père ?

— J’étais avec lui dimanche. Papa a 83 ans et c’est sûr qu’il n’a plus l’énergie qu’il a déjà eue. Il a eu de petits ennuis de santé au cours des dernières années qui ont laissé des traces. Mais Papa a toute sa tête, il est brillant, drôle. Il s’accroche à la vie et à ses projets. On le sollicite encore et ça lui fait plaisir. À 83 ans, on ne peut pas dire qu’il pète le feu. Mais il n’a pas tout dit.»