Jean Marc Dalpé fait partie des grands écrivains de la francophonie canadienne.

Le ruisseau de Jean Marc Dalpé

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Certains l’appellent « le Michel Tremblay de l’Ontario français ». Mais Jean Marc Dalpé n’aime pas cette comparaison.

« M. Tremblay a une longue et immense carrière, dit-il. Il y a des auteurs qui sont des fleuves, d’autres sont de petits ruisseaux. Moi, à côté de M. Tremblay, je suis clairement le petit ruisseau. »

Plutôt humble et modeste de sa part. Car au fil des décennies, Jean Marc Dalpé a certes pris sa place au rang des grands écrivains de notre époque. Un « ruisseau » qui a sillonné l’Ontario français, le Québec et la francophonie canadienne et internationale, et laissé dans ses méandres des œuvres littéraires et théâtrales remarquables.

Auteur dramatique, romancier, poète, scénariste et comédien, Jean Marc Dalpé est trois fois lauréat du Prix du Gouverneur général du Canada en théâtre, pour Le Chien en 1988, pour son recueil de pièces Il n’y a que l’amour en 1999 et pour son premier roman Un vent se lève qui éparpille en 2000.

Cofondateur du Théâtre de la Vieille 17, à Ottawa, il a de plus reçu l’Ordre des francophones d’Amérique, et les Universités d’Ottawa et Laurentienne, à Sudbury, lui ont conféré des doctorats honorifiques pour l’ensemble de son œuvre.

Un fleuve.

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Jean Marc Dalpé, 62 ans, est né et a grandi à Ottawa. Fils adoptif d’une famille francophone de la Basse-Ville, il a aussi vécu quelques années du côté québécois de la rivière des Outaouais. D’ailleurs, il a récemment appris qu’il a des racines « assez spéciales » dans l’ancienne ville de Hull.

« J’ai un cousin qui a fait des recherches et j’ai découvert que mon grand-père a fondé la taverne Montcalm, dit-il avec un sourire dans la voix. C’est lui qui a ouvert cette taverne qui célébrera bientôt ses 100 ans. Mon grand-père, que je n’ai jamais connu, a aussi été échevin de Hull pendant un mandat, me dit-on. Et une petite rue du Vieux-Hull a été nommée en son honneur. Une vielle taverne et une courte rue, voilà pour mes racines hulloises !

« Je suis né à l’Hôpital Général d’Ottawa et j’ai passé une partie de ma jeunesse à Aylmer, dans le secteur Lucerne, ajoute-t-il. J’ai fait mon primaire là-bas puis nous sommes revenus à Ottawa, dans le quartier Overbrook, et j’ai fait mon secondaire à l’école De La Salle avant d’obtenir un baccalauréat en art dramatique de l’Université d’Ottawa.

« Je viens d’une famille de la classe ouvrière, d’une maison où il n’y avait pas beaucoup de livres, poursuit-il. Mais à l’âge de 14 ans, en 1970, j’ai embarqué dans une pièce de théâtre à l’Académie De La Salle (renommée l’école secondaire De La Salle en 1971) et j’avais Gilles Provost (le directeur du Théâtre de l’île pendant plus de 30 ans) comme professeur d’art dramatique. Et c’est à ce moment-là que j’ai attrapé la bibitte du théâtre et de la scène. Je découvrais tout à coup ce monde des arts que je connaissais peu. Et c’est ce qui m’a mené vers la poésie, la littérature et le reste. Bref, c’est la faute de Gilles Provost », laisse-t-il tomber dans un éclat de rire.

Bien qu’il habite Montréal depuis une trentaine d’années, Jean Marc Dalpé se dit d’abord et avant tout Franco-Ontarien, lui qui a vécu huit ans à Sudbury, une ville qui, dit-il, tient une place spéciale dans son cœur et où se trouve la maison d’édition Prise de parole qui a publié toutes ses œuvres.

« Depuis que je suis déménagé, reprend-il, je me plais à dire aux Montréalais que leur ville est la métropole du fait français en Amérique du Nord, qu’elle n’est pas juste la métropole du Québec. Ils ne le savent pas, mais il y a un petit peu de l’Ontario sur leur île.

— Vous devriez dire ça à Denis Bombardier, que je lui lance à la blague.

— Si je la rencontre un jour, je lui dirai, réplique-t-il en souriant.

— Alors ça tombe bien puisque vous serez au Salon du livre de l’Outaouais cette fin de semaine (pour sa pièce de théâtre La Queens) et Mme Bombardier y sera aussi.

— Mais c’est vrai ! Alors je vais peut-être en profiter. Mais je suis poli avec les gens. » (Rires).

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LE JEUDI NOIR

Comme tous les Franco-Ontariens, Jean Marc Dalpé a été renversé par les coupes annoncées par le gouvernement conserveur de Doug Ford le 15 novembre dernier, ou le « Jeudi noir » des Francos.

« Mais la réaction vive et immédiate des Québécois m’a enthousiasmé, dit-il. Ils nous ont appuyés et il y a eu une vague de sympathie et de reconnaissance de nos batailles. C’était vraiment nouveau. L’attitude de Mme Bombardier envers les francophones hors Québec est répandue chez beaucoup de Québécois, c’est vrai. Mais j’ai senti une nouvelle attitude récemment et j’espère que ça va continuer.

Même que j’ai bien l’impression que ça va continuer.

« Donc j’ai été enthousiasmé par cette réaction des Québécois, mais aussi par la réaction franco-ontarienne. J’utilise souvent les mots : « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Et c’est vrai. Je me suis impliqué dans toutes les luttes au cours des années. La crise de Penetanguishene, les crises scolaires, Montfort. Et chaque fois qu’on veut s’attaquer à nos acquis, la réaction est de plus en plus rapide, plus forte, plus solidaire. C’est assez extraordinaire.

« Le jour des manifs (le 1er décembre dernier), je me suis rendu à Hawkesbury. C’était plein de monde là-bas. Et ce qui m’a particulièrement fait plaisir, c’est ce que les organisateurs de cette manif étaient pratiquement tous des gens âgés dans la vingtaine et dans la jeune trentaine. J’étais vraiment touché par ça, par cette relève forte et engagée.

— Vous avez donc rencontré la députée Amanda Simard ce jour-là à Hawkesbury ?

— Oui, et nous l’avons applaudie chaleureusement. Mais si on m’avait dit il y a quelques années que j’allais un jour applaudir une députée du parti conservateur, je ne l’aurais jamais cru ! ».