Marc Méthot

Le retour aux sources de Marc Méthot

Quand le défenseur de 28 ans Marc Méthot a été échangé aux Sénateurs d'Ottawa à l'été 2012 après avoir évolué pendant sept ans avec les Blue Jackets de Columbus, il revenait aux sources, à ses racines, chez lui.
Originaire du quartier Mooney's Bay, dans le sud d'Ottawa (où il s'est acheté une maison à son retour en 2012), il renouait avec ses parents et ses amis d'enfance après 13 ans « d'exil » dans des milieux ultra-anglophones.
Mais miraculeusement, pourrait-on dire, il a réussi à conserver sa langue maternelle, le français. Un peu à cause des joueurs francophones qu'il côtoyait dans le vestiaire des Blue Jackets (Vermette, Brassard et Leclaire), un peu à cause de l'éducation en français qu'il a reçue à l'école élémentaire ainsi qu'au secondaire, et beaucoup à cause de son père Alain Méthot, un policier bien connu par une génération de journalistes de la région, lui qui a été porte-parole de la police d'Ottawa auprès des médias pendant de nombreuses années.
Plus tôt cette semaine, LeDroit a rencontré Marc Méthot au Centre Canadian Tire après une pratique des Sénateurs d'Ottawa. Nous sommes revenus sur son enfance et sur ses racines franco-ontariennes. Et, évidemment, il a aussi été question de hockey...
Voici des extraits de cet entretien avec un gars de chez nous fort sympathique.
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LeDROIT : As-tu grandi et été élevé en français ?
MARC MÉTHOT : Chez nous, c'était bilingue. Ma mère ne parle pratiquement pas un mot de français, elle qui a été infirmière à l'urgence de l'hôpital Civic d'Ottawa pendant 38 ans. Mais mon père me parlait uniquement en français. En fait, c'est à peine s'il pouvait dire quelques mots d'anglais quand il a connu ma mère. Et je me demande parfois comment ils ont pu se rencontrer, ces deux-là. La communication n'a pas dû être leur fort à leurs débuts ensemble ! (Rires.)
LD : Et à l'école ? Était-ce en français ou en anglais ?
MM : En français. À l'élémentaire, j'ai fréquenté la petite école catholique Georges-Étienne-Cartier, dans le sud d'Ottawa. On n'avait même pas le droit de parler l'anglais dans cette école. Si tu le faisais, tu te mettais dans le trouble en maudit !
LD : Et au secondaire ?
MM : L'école publique De La Salle (rue St-Patrick, au centre-ville d'Ottawa). J'ai fait deux ans là-bas avant de me faire repêcher par les Knights de London de la Ligue de hockey de l'Ontario. Donc j'ai dû compléter mon secondaire en anglais à London.
LD : Mais... l'école secondaire De La Salle est reconnue pour son Centre d'excellence artistique. C'est surtout une école pour les jeunes qui veulent faire carrière en art, en danse contemporaine, en musique, en ballet et tout ça. Je ne veux pas t'insulter, mais je ne te vois vraiment pas là.
MM : Moi non plus ! (Rires.) C'était vraiment bizarre pour moi ! Ce n'était vraiment pas ma crowd. Mais je suis allé là parce que la plupart des amis avec qui j'avais gradué de l'élémentaire avaient choisi cette école-là. Donc j'ai suivi la gang. Mais ce n'était vraiment pas mon bag comme endroit !
LD : Et en quelle matière t'es-tu spécialisé ? En ballet ou en danse contemporaine ? (Rires.)
MM : Ni un ni l'autre ! Mais j'ai appris un peu de musique. J'essayais de jouer du trombone. Mais donne-moi un trombone aujourd'hui et je ne saurais même pas par quel bout le tenir ! (Rires.)
LD : Donc, tu t'identifies comme Franco-Ontarien ?
MM : Oui, absolument. C'est mon histoire, c'est ma famille.
LD : J'ai récemment entendu dire que t'aimerais faire carrière dans les médias après le hockey.
MM : C'est vrai. J'ai toujours été passionné par la radio. Mais pas la télévision. Ce serait trop difficile pour moi. Tu n'as pas droit à l'erreur à la télévision. Mais je suis vraiment intéressé à faire carrière à la radio. J'ai 28 ans, le temps passe vite. Et quand ta carrière prend fin, tu dois te trouver autre chose à faire.
LD : As-tu été déçu de ne pas avoir été choisi pour faire partie de l'équipe de hockey canadienne aux Jeux olympiques de Sotchi ?
MM : Oui, très déçu. Je suis un joueur professionnel qui joue dans la Ligue nationale de hockey, ce n'est pas souvent que quelqu'un te dit : « Hey Marc, t'es pas assez bon, tu ne peux pas venir jouer là-bas avec nous. » Ce n'est pas arrivé souvent dans ma carrière. J'avais été invité au camp d'orientation à Calgary, l'été dernier.
C'était un honneur pour moi d'y être et je pensais que j'avais bien fait. Je pensais que je pouvais être un extra dans l'équipe, c'est-à-dire un septième ou huitième défenseur. Donc j'étais déçu quand ils ont annoncé la formation finale. Quand t'as la chance de représenter ton pays, c'est un honneur. Et je n'ai pas eu cet honneur. Mais c'est la vie. Maintenant, c'est d'accéder aux séries éliminatoires qui est ma priorité.
LD : Les ferez-vous ? (C'était avant la dégelée de jeudi contre Détroit.)
MM : Je l'espère. La série contre les Canadiens de Montréal l'an dernier a été une expérience incroyable que j'aimerais beaucoup revivre. On n'était même pas censé de faire les séries, avec tous les joueurs blessés que nous avions, mais on a réussi et on a battu les Canadiens en cinq matches. C'était un big deal pour nous comme équipe.
LD : Penses-tu qu'Erik Karlsson peut devenir meilleur qu'il l'est présentement ?
MM : Oui, bien sûr. Avec plus de maturité, il deviendra plus patient avec la rondelle. Et il ne voudra pas tout faire par lui-même. Parce que parfois, il essaie d'en faire trop. Mais c'est parce qu'il est compétitif et il n'y a rien de mal là-dedans. Il n'a que 23 ans, il a beaucoup de temps pour s'améliorer comme joueur et pour devenir un homme. Avoir la chance de jouer avec lui, c'est spécial. C'est facile. Et il ne faut oublier que c'est à cause de joueurs comme lui que les partisans viennent nous voir. Ce sont des joueurs comme Erik qui vendent la game.
LD : Merci beaucoup Marc.
MM : Merci à toi. Quand ton texte sera-t-il publié ?
LD : Samedi.
MM : Parfait. Je vais dire ça à mon père.