Jocelyn Blondin est un vrai gars d’Hull et plus particulièrement du quartier St-Jean-Bosco.

Le p’tit gars de Saint-Jean-Bosco

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / La plaque d’immatriculation de son automobile se lit : HULL1. Non pas parce qu’il se croit le conseiller municipal numéro un de la Ville de Gatineau. Mais bien parce que Jocelyn Blondin a l’ancienne Ville de Hull, sa ville natale, tatouée sur le cœur… et sur sa voiture.

« On peut sortir le gars de Hull, mais on ne sortira jamais Hull du gars », lance-t-il, lui qui est né, qui a grandi et qui habite toujours le quartier Saint-Jean-Bosco. Un quartier qui, dit-il, était autrefois un « village dans une grande ville ».

« On avait tout dans ce quartier-là, se souvient-il. Des petits restos, la cordonnerie, le barbier, le boucher et le reste. Mais les expropriations massives du secteur McConnell-Laramée au début des années 1970 ont brisé cette vie de quartier. Pratiquement tout a été détruit et les terrains vacants sont devenus un gros dépotoir. J’étais p’tit gars à l’époque, mais je me souviens que les gens venaient y jeter des débris, des camions de ciment venaient vider leur voyage. Il y avait plein de souris et de gros rats là-dedans. Le quartier avait l’air d’un ghetto. C’était décourageant. Mais il y a longtemps de ça. Et aujourd’hui, j’habite la même rue que j’habitais dans mon enfance.

«Ma plaque d’auto, je l’ai choisie parce que pour moi, Hull a toujours été la ville numéro un et elle le sera toujours, explique le conseiller. On avait la ville la plus riche de la région et des services impeccables qu’on pouvait se payer, car on avait les revenus des édifices fédéraux. Je suis conseiller de Gatineau et je vais tout faire pour bien représenter ma ville. Mais on n’enlèvera jamais Hull de moi. Cette ville occupe une place spéciale en moi. Comme l’éducation occupera toujours une place spéciale en moi» ajoute-t-il.

Jocelyn Blondin a fait carrière comme chauffeur d’autobus chez OC Transpo, à Ottawa. Parallèlement, il a été commissaire scolaire puis président de la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) de 1998 à 2015.

«J’ai commencé chez OC Transpo en 1983 et j’ai quitté en 2015, dit-il. J’étais chauffeur d’autobus et président du CSPO en même temps. J’étais jeune à l’époque. J’avais parfois des réunions de la Commission scolaire qui duraient jusqu’à 22 h ou 23 h. Et je devais me lever du lit à 4 h le matin pour aller travailler à Ottawa. Je ne ferais plus ça aujourd’hui à l’âge de 59 ans !». (Rires).

S’il a quitté le monde scolaire pour le monde de la politique municipale, c’est «afin de relever d’autres défis». «J’adore la politique, dit-il. Et lorsque l’ancien conseiller de mon district (Patrice Martin) s’est retiré pour retourner travailler au gouvernement fédéral, j’ai décidé de faire le saut.»

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CONSEILLER INDÉPENDANT, MAIS…

Jocelyn Blondin a été élu une première fois en 2013, puis réélu en 2017. Conseiller indépendant — «et fier de l’être», laisse-t-il tomber — il pourrait se joindre à un parti politique s’il décide de briguer un troisième mandat en 2021. Mais jamais il ne s’affichera sous les couleurs du parti Action Gatineau du maire Maxime Pedneaud-Jobin.

«Je vais possiblement solliciter un troisième mandat, dit-il. On verra ce qui se passe au niveau de la mairie. Non, la mairie ne m’intéresse pas. Mais je veux travailler avec quelqu’un qui a la même vision que la mienne. Et ce n’est pas avec le maire qui est là que ça va se réaliser.

«Il y a une rumeur selon laquelle un deuxième parti politique sera formé à Gatineau. J’ai été approché. J’ai rencontré quelqu’un (Clément Bélanger, candidat défait à la mairie de Gatineau en 2017) qui m’en a parlé. Je lui ai dit : «on verra». Il m’a dit qu’il faisait des consultations et qu’il allait me revenir. Je ne ferme pas la porte. Mais je suis indépendant et il devra travailler fort pour me convaincre. Mais je ne dis pas non tout de suite, je suis honnête. D’ailleurs, j’ai aussi été approché par Action Gatineau lorsque ce parti a été fondé (en 2012). J’ai assisté à quelques réunions, ça m’intéressait. Maxime Pedneaud-Jobin m’a dit à l’époque que je serais le candidat idéal pour mon secteur. Mais la ligne de parti n’est pas pour moi. Alors j’ai averti les gens d’Action Gatineau que je ne serais pas candidat pour eux, mais bien candidat indépendant. Et tout à coup, je n’étais plus le candidat idéal pour mon secteur. (Rires).

— Que reprochez-vous au maire Pedneaud-Jobin ?

— Maxime Pedneaud-Jobin est un fin politicien. Il est très habile politiquement, il sait comment travailler ses dossiers et comment travailler avec son monde. Sauf que dans ses grandes orientations pour la Ville, je le trouve parfois un peu rêveur. Je trouve qu’il n’est pas à l’affût des attentes des citoyens et des premiers services aux citoyens. Et selon moi, les premiers services aux citoyens, c’est le déneigement, c’est l’entretien des rues et le reste. C’est vraiment ça la base. Mais pour le maire, je m’aperçois souvent que tout ça est secondaire pour lui. Il a de la difficulté à prioriser ces choses-là. Si la toiture coule chez nous, je n’irai pas m’acheter des meubles avant de la réparer. Mais c’est ce qu’on fait à Gatineau. On remplace les meubles, mais la toiture coule toujours. Pourrait-on faire un investissement majeur pour refaire notre ville, lui redonner sa beauté et la mettre en bon état ? Après ça, on distribuera des millions $ pour les arts et la culture. Je n’ai pas de problème avec les arts et la culture. Mais on n’est pas là. Et le maire n’est pas capable de couper dans ces choses-là. Mais si je n’ai plus de nourriture dans mon frigo, je ne vais pas en Floride.»