Robert Paquette est un véritable pionnier de la chanson franco-ontarienne.

Le pionnier venu du Nord

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Il a frayé la voie aux artistes franco-ontariens. Si les Damien Robitaille, Véronic Dicaire, Gabrielle Goulet, Andrea Lindsay et tant d’autres chanteurs, auteurs et compositeurs de l’Ontario français peuvent aujourd’hui vivre de leur art, c’est en grande partie grâce à lui.

Robert Paquette, de Sudbury, a été le premier Franco-Ontarien à enregistrer un album en studio professionnel. Jamais un francophone de l’Ontario n’avait auparavant pu partager ses mots, sa musique et son cœur avec la francophonie canadienne et mondiale. 

Mais en 1974, le « gars du Nord » lançait son tout premier album, Dépêche-toi soleil, et il ouvrait du même coup la porte à ceux qui allaient suivre ses pas et mettre en musique la lutte, la réalité, les joies et l’âme des Franco-Ontariens.

« Je suis d’abord allé à Toronto avec mes chansons pour obtenir un contrat, se souvient Robert Paquette. J’écrivais autant en anglais qu’en français à l’époque (en 1973). Je suis revenu au bout d’une semaine avec quatre offres de contrat dans les mains. Je ne savais pas s’il s’agissait de bons contrats ou non. Je savais par contre que c’était eux qui allaient choisir les chansons à paraître sur l’album, le studio où il allait être enregistré, la date de sortie, la pochette et le reste. Disons que ce n’était pas une perte de contrôle totale, mais j’en léguais un méchant bout. »

Puis par un concours de circonstances, Robert Paquette a eu vent qu’un studio de Montréal serait peut-être intéressé à produire son premier album. « Donc je suis allé à Montréal, dit-il. On a aimé mes tounes en français et on m’a dit : «tu entres en studio à telle date». Je pensais que le tout allait prendre deux ou trois jours. Mais finalement, je suis resté à Montréal pendant deux ou trois mois », ajoute-t-il dans un éclat de rire.

Sa carrière était lancée. Et aujourd’hui, à l’âge de 69 ans, Robert Paquette compte 16 albums et trois albums duo dans sa discographie.

Mais il n’est jamais retourné vivre chez lui, à Sudbury. Il est plutôt resté à Montréal pour poursuivre sa carrière. Non pas par choix, mais bien par obligation professionnelle.

« Toute la partie commerciale était à Montréal, explique-t-il. S’ils ont besoin de toi pour une émission de télé, pour une tournée de promotion ou pour une tournée des postes de radio et que tu vis à Sudbury, vont-ils payer l’avion et tous les frais de déplacement pour que tu descendes à Montréal ? Nous n’avions pas la technologie d’aujourd’hui en 1974. Tout se passait à Montréal et mon gérant était à Montréal. La distance entre Sudbury et la métropole m’empêchait de retourner vivre dans ma ville natale.

— Vous l’a-t-on reproché ?

— Non. Parce que je me suis toujours assuré de faire la tournée de l’Ontario. La Nuit sur l’étang (dont il a été de la toute première édition), le Festival franco-ontarien, le Festival Boréal, la tournée des écoles et tous les autres événements franco-ontariens, j’y étais. Mon attachement à l’Ontario français n’a jamais disparu, confirme le cofondateur de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM).

«Et quand je regarde le progrès qu’a fait la communauté franco-ontarienne depuis les années 1970, que ce soit en musique, en éducation, en santé ou en tout autre domaine, je me dis qu’on a fait un méchant chemin ! Mais l’engagement doit toujours être là. Mais quand tu chantes en français en Ontario, t’es déjà engagé.»

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Bleu et blanc

Le mois dernier, la chanson Bleu et blanc de Robert Paquette (parue sur son deuxième album Prends celui qui passe) est entrée dans l’histoire du Panthéon des auteurs compositeurs canadiens. Cette chanson avait auparavant (2001) été sacrée Classique de la SOCAN. — un classique de la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique est une chanson qui passe plus de 100 000 fois à la radio.

Robert Paquette avoue aujourd’hui qu’il ne pensait pas que Bleu et blanc allait connaître un tel succès.

«Qu’elle soit intronisée au Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens est une belle surprise, dit-il. C’est une belle reconnaissance, un bel honneur. On n’est jamais certain de quoi que ce soit quand on écrit une chanson. On espère qu’elle parlera aux gens parce qu’elle nous parle à nous. Mais on ne sait jamais le chemin qu’elle fera.

«Celle-là (Bleu et blanc) m’a vraiment étonné. Elle dure six minutes et 15 secondes, j’étais certain qu’elle ne passerait pas à une époque où les chansons jouées à la radio duraient trois minutes ou trois minutes et demie. Je croyais à ma chanson, mais je ne croyais pas à sa capacité commerciale. Je la voyais plutôt sur la face B d’un 45 tours. (Rires). Mais un animateur de la radio CKOI à Montréal l’a aimée, il l’a fait tourner, et elle a finalement tourné plus de 100 000 fois.

«J’ai écrit cette chanson sur la route entre Montréal et North Bay, se souvient-il. Quand je suis arrivé à North Bay, j’avais déjà les couplets, le refrain et la mélodie d’écrits. Il ne me restait plus qu’à la mettre à la guitare. Ce qui m’a pris à peu près 20 minutes. Je me rappelle d’avoir appelé ma blonde pour lui dire : «Je pense que je viens d’écrire une bonne toune». Mais encore là, je ne pensais jamais qu’elle connaîtrait le succès qu’elle a connu.»

Robert Paquette sera de passage au Collège catholique Samuel-Genest, à Ottawa, le mardi 25 septembre, Journée des Franco-Ontariens, où il assistera au dévoilement de la Scène Paul-Demers, dans l’auditorium de cette école secondaire.

«Je serai très content d’être là, de dire le grand ami du regretté Paul Demers. On me dit que les étudiants chanteront Notre Place (l’hymne officiel des Franco-Ontariens). Je me joindrai à eux pour chanter ma petite partie, s’ils le veulent bien.»