Michel Louvain

Le phénomène Louvain

A-t-il vraiment besoin de présentation?
Michel Louvain est sans contredit une légende du show-business québécois. Chanteur de charme depuis plus de 56 ans (!), il continue à l'âge de 76 ans de remplir les salles aux quatre coins du Québec.
Ses grands succès sont innombrables. Lison, Un certain sourire, Suzanne, Buenas Noches Mi Amor, Louise... et j'en passe des dizaines. Et c'est bien sûr sans oublier la chanson qu'on lui réclame partout où il passe depuis les 50 dernières années : La Dame en bleu.
«Je pourrais chanter cette chanson-là de toutes les façons en spectacle pendant 90 minutes et le monde dirait: "On est bien content", lance-t-il à la blague. On me la demande en début de spectacle. Les gens me la réclament en arrivant. Alors je leur dis : "Attendez ! Laissez-moi préparer le gâteau et je mettrai la cerise après." S'il fallait que je retire La Dame en bleu de mon spectacle, je pense que je me ferais étrangler!» ajoute-t-il en s'esclaffant.
Michel Louvain fêtera en juillet ses 77 ans. Mais comme le lapin Energizer, il n'arrête jamais. Encore cette année, il prévoit donner une trentaine de spectacles.
«C'est une passion, explique-t-il. Je serai à Gatineau [samedi le 5 avril] et j'ai hâte de monter sur scène. Mon dernier spectacle remonte au 14 février et je m'ennuie de mes musiciens et de ma choriste. J'ai hâte de les revoir samedi. J'ai hâte de monter sur scène et de voir le public. J'ai besoin de ça.»
Mais comment Michel Louvain explique-t-il la longévité de sa carrière phénoménale? Il a survécu à l'invasion britannique et aux groupes yé-yé québécois des années 1960. Il est passé à travers l'époque Harmonium et Beau Dommage. Le disco ne l'a pas ébranlé, le hip-hop et tous les autres styles de musique non plus.
Un vrai lapin Energizer, disais-je. Quel est son secret?
«La chanson d'amour, répond-il. Et le public vieillit avec moi. Ce sont des gens de 50 ans et plus qui viennent me voir. Mais on est parfois surpris de voir des jeunes femmes dans la trentaine. Quand je signe des autographes après le spectacle, je demande à ces jeunes femmes : "Vous ne vous êtes pas trompées de salle?" Elles en rient et me disent qu'elles ont tellement entendu parler de moi par leur mère, leur grand-mère ou leur tante, qu'elles aussi voulaient voir le phénomène Louvain. Certaines me disent ça: le phénomène Louvain. J'ai donc de nouvelles fans qui se greffent aux autres. Et on remarque aussi qu'il y a de plus en plus d'hommes à mes spectacles. Mais eux ne veulent pas d'autographes après. Ils veulent simplement me serrer la main. On ne voyait pas ça avant. Faut croire que je fais partie des meubles après 56 ans. Je fais partie de leur famille.»
Être un chanteur
Michel Louvain - ou Michel Poulain, de son vrai nom - est né à Thetford Mines et est issu d'une famille de sept enfants.
Il a dû quitter l'école à l'âge de 15 ans pour aider son père, mineur de profession, à nourrir tout le monde à la table. Il est devenu étalagiste et décorateur de vitrines à l'âge de 15 ans et rapportait 45$ par semaine à son père.
Mais à l'âge de 20 ans, quand il a annoncé à ses parents qu'il quittait la maison pour faire carrière dans la chanson, son père a refusé.
«Il n'en est pas question, m'a dit mon père, se souvient Michel Louvain. Tu n'iras pas dans la jungle, a-t-il ajouté. Pour mon père, Montréal était une jungle. Il avait peur de cette ville.»
Michel Louvain n'a évidemment pas suivi le conseil du paternel. Mais a-t-il continué à l'aider financièrement, une fois le succès acquis dans la «jungle»?
«Je n'aime pas parler de ces choses-là, répond-il. C'est d'ailleurs la première fois qu'un journaliste me demande si j'ai aidé mes parents. Disons que j'ai aidé à ma façon. Mon père est mort jeune et il avait laissé beaucoup de dettes. J'ai payé ses dettes, je ne voulais pas que ma mère en soit encombrée. Mais j'aurais dû gâter mes parents plus que ça. Et j'aurais dû dire plus souvent à mon père que je l'aimais. Mais dans le temps, on ne disait pas à son père : "Je t'aime." C'était comme ça.»
On l'a tous entendu, on l'a peut-être dit nous-mêmes: la musique de Michel Louvain, c'est quétaine. C'est de la musique de matante. Ces commentaires blessent-ils le chanteur de charme ?
«Au début, oui. Mais plus maintenant, répond Michel Louvain. Et c'est quoi quétaine? Quelle est la définition de ce mot ? Les gens qui viennent voir mes spectacles ne sont pas quétaines. La Dame en bleu, je ne la trouve pas quétaine cette chanson, tout le monde la chante ! Le groupe les Lost Fingers l'ont enregistrée sur disque. Guy A. Lepage et les Porn Flakes m'ont demandé de la chanter avec eux en spectacle devant une foule de jeune de 17 et de 18 ans. Et ils connaissaient tous les paroles ! Ces gens sont-ils tous quétaines? Je ne comprends pas.
«J'aurai bientôt 77 ans, j'ai moins de temps devant moi que derrière moi et je n'ai pas de temps à perdre avec ces commentaires parfois méchants. Michel Louvain est peut-être quétaine, mais il remplit ses salles depuis plus de 56 ans.»
Le phénomène Louvain sera en spectacle samedi soir au Théâtre du Casino du Lac-Leamy. À quoi peuvent s'attendre les spectateurs? «En première partie, je fais un hommage à Charles Trenet, répond-il. Je fais quelques chansons de mon dernier cédé. Je fais un peu de tout. Et la deuxième partie, c'est une revue de mes grands succès. Je les ferai pas mal tous. C'est pas mal Louvain, la deuxième partie. On s'amuse beaucoup.
- Et ferez-vous La Dame en bleu?, que je lui demande à la blague.
- Non. Je pense que je ne la ferai pas cette fois-ci, répond-il en riant. Mais tu sais bien que je vais la chanter! Je ne veux pas me faire tuer!»