Le père Noël, alias Raymond Tremblay, a voulu absolument saluer Gisèle Lalonde qui passait près de son «royaume» au Centre Rideau.

Le père Noël de La Résistance

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / « J’espère que le père Noël va être super généreux ! », a lancé Dyane Adam, il y a deux semaines, devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes.

Je ne sais pas si le père Noël sera généreux, Mme Adam, mais le mouvement La Résistance peut certes le compter dans ses rangs. Et s’il n’en tient qu’à lui et à sa magie, les Franco-Ontariens remporteront leur lutte dans la nouvelle année qui débute bientôt.

Il y a quelques jours, la grande Gisèle Lalonde faisait ses emplettes de Noël au Centre Rideau, à Ottawa, aidée de son fils Guy qui poussait le fauteuil roulant de sa mère de 85 ans. En passant près du « Royaume du père Noël », là où les enfants font la file la tête pleine de souhaits et les yeux pleins de rêves et de cadeaux, Mme Lalonde a entendu quelqu’un l’appeler : « Mme Lalonde ! Mme Lalonde ! Ho ! Ho ! Ho ! »

Le père Noël l’avait reconnue ! Il s’est levé d’un bond de son trône et il a accouru vers elle pour se faire prendre en photo avec la grande dame de la francophonie ontarienne. Mme Lalonde a bien sûr acquiescé, bien heureuse de faire la joie du… père Noël. C’était un peu le monde à l’envers, quoi.

Disons que tu sais que t’as fait quelque chose de bien dans ta vie lorsque le père Noël TE reconnaît…

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Je me suis entretenu avec le père Noël, le lendemain de sa rencontre fortuite avec Mme Lalonde. Il en était encore ému.

« J’étais tellement surpris et content de la voir, a-t-il dit. Je suis très familier avec le beau travail que Mme Lalonde a fait durant sa vie. Elle est une femme extraordinaire. Je dirais même qu’aux yeux du père Noël, elle est une héroïne. Ça m’a profondément touché de la rencontrer et d’avoir eu le privilège d’échanger quelques mots avec elle. Et ce soir-là, en rentrant chez moi, au Pôle Nord, j’ai écrit un poème pour Mme Lalonde et les Franco-Ontariens. »

Oui, le père Noël est poète à ses heures. Et il a partagé ce poème qu’il a spécialement écrit pour Gisèle Lalonde et les Francos.

On y reviendra.

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Dans une autre vie, le père Noël s’appelait Raymond Tremblay. Treizième d’une famille de 13 enfants, père de famille et grand-père de deux petits-enfants, M. Tremblay, 75 ans, est né et a grandi à Timmins, dans le nord de l’Ontario. « Je viens réellement du Pôle Nord », lancera-t-il d’un « Ho ! Ho ! Ho ! » bien senti.

Travailleur social de profession, M. Tremblay a consacré sa carrière à l’aide à l’enfance, d’abord à Timmins, puis à Kingston. À sa retraite en 1998, M. Tremblay et son épouse sont déménagés à Ottawa où il a offert ses services comme bénévole chez les Bergers de l’Espoir. Puis, il a été embauché par cette œuvre de bienfaisance où il a travaillé auprès des sans-abri jusqu’en 2010.

Mais c’est en 2001 que la métamorphose a débuté. Et au bout de quelques semaines, de quelques mois, Raymond Tremblay était devenu par magie le père Noël. Le vrai.

« Les Bergers de l’Espoir cherchaient un père Noël pour leur souper du 25 décembre, raconte-t-il. Ils ont regardé ma longue barbe blanche que j’ai depuis des années, sinon des siècles. Parce que n’oublions pas que j’ai 1017 ans. C’est ce que je réponds aux enfants lorsqu’ils me demandent mon âge. J’ai 1017 ans. Et j’ai toujours eu ma longue barbe blanche. Donc j’ai été choisi comme le père Noël des Bergers. J’étais bien content. Je suis le père Noël depuis, et je le serai jusqu’à ce que le Ciel en décide autrement.

«Je suis le père Noël du Centre Rideau depuis 2011. Mais je vais aussi visiter les enfants à l’hôpital et les personnes âgées dans les résidences. Je vais un peu partout où l’on m’invite. Rencontrer des gens heureux et décrocher des sourires chez les enfants me réchauffe le cœur.

«Et le reste de l’année, j’écris pendant que les lutins fabriquent les jouets et que mon épouse, maman Noël, supervise le tout. J’écris des poèmes surtout. J’en ai écrit plus de 5000 et j’ai des recueils de poèmes pour enfants de publier», ajoute le père Noël.

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Voici, en terminant, son poème intitulé L’amie du père Noël :

«Le père Noël a rencontré une héroïne hier.

Ah, il en débordait de joie et en était tellement fier.

Mais oui, c’était notre charmante Mme Gisèle Lalonde.

Il va de soi que mon cœur battait sans perdre une seconde.

En la présence de cette dame légendaire, je me sentais au ciel.

Dans ses yeux brillants, j’ai ressenti la bonté de son cœur maternel.

Une maman qui s’est dévouée cœur et âme pour la survie de sa famille.

Protéger et promouvoir notre langue dans le milieu des affaires et en domicile.

En fin de compte des gains se réalisent, mais la vigilance doit continuer.

Rien ne doit être tenu pour acquis — la bataille n’a pas encore diminué.

En fait, il faut redoubler d’efforts comme cette dame nous l’a montré.

Non, il ne faut jamais baisser les bras ni la garde. Il faut résister.

On doit le faire en reconnaissance des efforts de nos ancêtres.

Et vous, chère Mme Lalonde, vous demeurez notre maître.

Le père Noël vous aime de tout cœur et votre peuple aussi.»

— Le père Noël