Steve Verner, étudiant à l’UQO, ancien champion gymnaste québécois devenu quadriplégique après un accident en parachute.

Le parcours d’un fonceur

CHRONIQUE — Les grandes entrevues / Steve Verner, de Chénéville dans la Petite-Nation, était conférencier invité cette semaine à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) dans le cadre de la Semaine des étudiants en situation de handicap.

Lui-même étudiant à l’UQO en administration des affaires, Steve Verner, 42 ans, n’en était pas à sa première conférence. Il en donne un peu partout au Québec depuis quelques années.

Sa présentation s’intitule : Le parcours d’un fonceur. Un excellent titre puisque l’histoire de ce père de deux adolescents en est une de persévérance, de détermination, de résilience et de courage.

Gymnaste de l’âge de 6 à 17 ans, il a participé à deux éditions des Jeux du Québec et remporté le Championnat québécois de gymnastique à deux reprises. « À l’âge de 17 ans, au secondaire 5, j’ai été invité à me joindre à l’équipe nationale, dit-il. Mais c’était à Montréal. Et Montréal m’a toujours intimidé, c’est trop gros », ajoute-t-il en riant.

Le temps était venu pour lui de laisser les anneaux, la poutre, les barres parallèles et le reste et de passer à autre chose. Mais à quoi ?

« La gymnastique a pris une grosse partie de ma vie, reprend-il. J’ai essayé plusieurs sports après la gymnastique. Je cherchais quelque chose qui allait m’apporter ce que la gymnastique m’apportait, soit le sentiment d’accomplissement, le dépassement de soi. J’ai fait du vélo de montagne, j’ai sauté en bungee, j’ai fait un peu de course à pied. Mais je ne trouvais rien pour combler le vide, c’est-à-dire jusqu’à ce que fasse mon premier saut en parachute en 1998. Ç’a été instantané. Le coup de foudre. J’ai tout de suite su que c’est ce que je voulais faire pour le reste de mes jours. »

Après plus de 1000 sauts, Steve Verner est devenu instructeur en parachutisme. Il avait été jusqu’au bout de son rêve. Puis le 20 mai 2012, à l’aéroport de Gatineau, tout s’est tragiquement arrêté. Le temps d’un saut dans le vide, son rêve s’est transformé en cauchemar.

Alors qu’il exécutait une manœuvre spectaculaire en vue d’une compétition, son numéro d’acrobatie ne s’est pas déroulé comme prévu. « Quand j’ai frappé le sol, dit-il, j’arrivais à approximativement 90 kilomètres à l’heure. Mes pieds et mes genoux ont d’abord frappé le sol, puis tout mon corps l’a frappé. Mais parce que ma voile était ouverte, j’ai remonté de 30 pieds dans les airs et reculbutés deux autres fois. »

Résultat : fracture du crâne et deux fractures à la colonne vertébrale, 14 jours dans un coma artificiel, 22 jours aux soins intensifs de l’Hôpital Civic d’Ottawa, un mois et demi à l’unité de traumatologie et sept mois en réhabilitation.

« Je me souviens que les médecins n’étaient pas très enthousiastes face à ma situation, dit-il. J’étais devenu quadriplégique, je n’avais qu’un bras qui bougeait un peu. Les médecins disaient que je serais en fauteuil électrique et que je le conduirais avec ma tête. »

C’était bien mal connaître ce fonceur-né…

« Un jour, reprend M. Verner, alors que j’étais en réhabilitation, j’ai entendu des bruits de métal qui se cognait ensemble dans le gymnase. Ç’a piqué ma curiosité, j’ai regardé par la fenêtre du gymnase et j’ai vu les Stingers d’Ottawa (équipe de rugby en fauteuil roulant) s’entraîner. »

La flamme s’est rallumée dans ses yeux. Steve Verner s’est éventuellement joint aux Stingers d’Ottawa, il a participé à trois championnats canadiens et gagné une médaille d’or.

Et non, il n’a jamais utilisé un fauteuil électrique, comme le prédisaient les médecins. En fait, il fait régulièrement du vélo à main. Il conduit son véhicule adapté.

Et un an presque jour pour jour après son tragique accident de parachutisme, il a sauté à nouveau !

« Il fallait que je le fasse pour mettre tout ça derrière moi, explique-t-il. Le parachutisme était ma passion, je voulais le refaire pour dire que je l’ai fait comme quadriplégique, mais aussi pour me permettre de passer à autre chose. C’est un peu comme lorsqu’on tombe d’un cheval, il faut remonter rapidement. Sauf que dans mon cas, ce n’était pas un cheval, mais un avion », laisse-t-il tomber dans un éclat de rire.

Il a songé à se joindre à l’équipe nationale de rugby en fauteuil roulant dans le but de participer aux Jeux paralympiques.

Mais il avait un tout autre objectif en tête : retourner aux études et décrocher un emploi.

« En 2014 ou 2015, dit-il, je me souviens que j’étais à la maison, c’était le printemps et je regardais la neige fondre par la fenêtre. Je me suis dit : “ce n’est pas vrai que je vais passer ma vie à regarder par la fenêtre. Je vais la vivre ma vie.”

Aujourd’hui, Steve Verner a un certificat en administration des affaires de l’UQO en poche. Il complétera son baccalauréat en décembre 2020. Et depuis l’été 2018, il est fonctionnaire fédéral à temps partiel à l’Agence du revenu du Canada.

“Et l’obtention d’une maîtrise est dans mes projets, affirme-t-il. Je me fixe des objectifs. C’est ce qui m’aide à persévérer, continuer et toujours essayer d’aller plus loin.”