«Je voulais devenir golfeur professionnel. Mais je ne savais trop comment m’y prendre, comment ça fonctionnait», Marc Foucault
«Je voulais devenir golfeur professionnel. Mais je ne savais trop comment m’y prendre, comment ça fonctionnait», Marc Foucault

Le parcours de rêve de Marc Foucault

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / «Tiens, prends ce bâton de golf et frappe cette balle aussi loin que tu le peux, a dit Jim Foucault à son fils Marc alors que les deux se trouvaient au chalet familial à Val-des-Monts.

— D’accord, répond Marc. Je suis prêt Papa. Lance la balle.

— Mais non ! Je ne te la lance pas. Tu la déposes sur le tee et tu la frappes.

— Vraiment ? C’est bien niaiseux comme jeu ! »

Et le jeune Marc, alors âgé de 12 ou de 13 ans, a frappé la balle de golf… de l’autre côté du lac. Elle n’a jamais touché à l’eau. Et son père n’a jamais revu sa balle.

Peu de temps après, Marc Foucault allait laisser le baseball et le hockey pour se consacrer à ce « jeu bien niaiseux » qui allait le mener vers ses rêves les plus fous.

Du Champlain au Royal Agadi


Marc Foucault est golfeur professionnel depuis 30 ans et propriétaire depuis 2007 du club de golf Kingsway du secteur Aylmer, et de celui du Mont Sainte-Marie, dans les collines de la Haute-Gatineau, depuis 2016. Père d’une fille de 22 ans, fils de camionneur et originaire du Vieux-Hull, il est titulaire d’un baccalauréat en criminologie de l’Université d’Ottawa. « Mais je n’ai jamais travaillé dans ce domaine, même pas une seule seconde de ma vie », lance-t-il dans un éclat de rire.

Sa vie, c’est le golf. Depuis cette journée au chalet où il attendait que son père lui lance la balle. Depuis qu’il prenait un bâton et quatre balles dans le sac de golf de son père et qu’il allait passer ses journées entières à se pratiquer, seul, dans le parc Jacques-Cartier. Depuis qu’il avait impressionné les partenaires de jeu du paternel en jouant un score de 94 à sa toute première partie de golf à vie, au club Champlain d’Aylmer, à l’âge de 13 ans.

« Mon père m’a réinvité au Champlain l’année suivante, se souvient-il. Ce qu’il ne savait pas, c’est que je passais toutes mes journées à frapper des balles de golf d’un filet à l’autre du terrain de soccer du parc Jacques-Cartier. Et ce jour-là, à ma deuxième partie à vie, j’ai remis une carte de 74. Les chums de mon père n’en revenaient pas, eux qui tentaient chaque fin de semaine de jouer sous le score de 100. Et c’est à ce moment-là, en voyant la réaction de ces hommes autour de la table, que j’ai eu la piqûre du golf et que j’ai décidé que c’est ce que j’allais faire de ma vie. Je me suis mis à jouer au golf 150 fois par jour. Je me levais à 6 h pour pratiquer et je jouais tout le temps, tout le temps, tout le temps. Je voulais devenir golfeur professionnel. Mais je ne savais trop comment m’y prendre, comment ça fonctionnait. »

Marc Foucault

À l’âge de 23 ans, devenu assistant du professionnel du club de golf Edelweiss, à Val-des-Monts, Marc Foucault aperçoit une annonce du Club Med dans le journal.

« On cherchait des jeunes professionnels pour enseigner le golf en France, raconte-t-il. J’ai envoyé mon c.v. en me disant que je n’avais rien à perdre. On m’a convoqué à une entrevue à Montréal deux semaines plus tard. Deux semaines après, j’étais dans un avion pour Vittel, en France, où j’allais suivre une formation d’enseignant de golf d’une durée d’une semaine. Puis au terme de cette formation, on m’a délégué comme enseignant professionnel au Club Med du Royal Agadir, au Maroc. Au bout d’un an, ils m’ont offert un poste à un autre club en Espagne, mais je l’ai refusé. J’en avais assez. Le Club Med, c’est une clientèle plutôt spéciale et c’est un autre monde, laisse-t-il tomber en souriant. Je voulais revenir au Canada et devenir membre du PGA du Canada (l’association des golfeurs professionnels canadiens). Mon golf s’était beaucoup amélioré au Maroc. J’étais vraiment «sur la coche». »

Revenu dans la région en 1989, Marc Foucault a repris son travail d’instructeur de ski (sa profession l’hiver venu) et il a fait la rencontre du père de l’un de ses élèves, Pierre Charrette, qui était le professionnel du club de golf Outaouais (aujourd’hui le club de golf Rockland) dans l’Est ontarien. Au printemps, ce dernier a embauché Marc Foucault comme troisième assistant, sous condition que celui-ci accepte de passer le test pour devenir membre du PGA du Canada.

« J’ai passé mon test de jeu et je suis devenu membre en 1990. Ça fait 30 ans cette année que je suis membre de la PGA du Canada », dit-il fièrement.

Après trois années comme assistant professionnel à l’Outaouais, Marc Foucault a occupé le même poste au club de golf Rivermead pendant deux ans, avant de devenir le professionnel du club de golf Mont-Cascades où il a enseigné son art pendant quatre ans.

Le pro du Kingsway

En 1998, il renonce momentanément à son titre de « pro » en devenant l’assistant du professionnel du club de golf Kingsway, Christian Lavoie. Celui-ci était aussi propriétaire de la boutique de golf, des voiturettes, des équipements et le reste. Le terrain était par ailleurs la propriété de la famille DeCelles.

« Christian m’a embauché en me disant qu’il allait prendre sa retraite l’année suivante et que je pourrais alors prendre la relève comme professionnel du club et acheter sa business, ce que j’ai fait en 1999 lorsqu’il a quitté, se souvient Marc Foucault. Et en 2007, la famille DeCelles m’a vendu le terrain, mon ami Luc DeCelles est resté comme directeur général, et lui et moi sommes devenus partenaires et propriétaires d’un terrain de golf. J’ai acheté ma job, quoi, lance-t-il en riant.

«D’être propriétaire d’un terrain n’était même pas un rêve dans ma vie, reprend-il. C’était trop fou comme rêve. Mais Luc et moi avons continué à bâtir l’entreprise. Ma conjointe Nathalie (Fauteux), ma partenaire de vie des 38 dernières années, a développé l’offre des tournois, des mariages et des événements spéciaux au Kingsway. Et d’avoir une entreprise avec elle était quelque chose dont j’avais toujours rêvé, elle est tellement compétente et sociable, elle a de super qualités. Puis en octobre 2016, j’ai acheté le club de golf Mont Sainte-Marie et 62 terrains vacants qui se situent tout autour du parcours. Ce sont des terrains à vendre d’un demi-acre chacun avec service d’eau. Une fois le virus disparu, la vente et le développement de ces terrains sont le gros projet qui m’attend. »

Marc Foucault a remporté une vingtaine de tournois au cours de sa carrière professionnelle, dont le championnat en équipe de la PGA du Canada, en 2005. En 2018, en plus de remporter le tournoi senior du circuit professionnel canadien, il a été nommé «Professionnel de l’année» de la PGA du Canada.

Pas si mal pour un gars qui, il n’y a pas si longtemps, trouvait que le golf était un « jeu bien niaiseux »…