Bernadette Clement est la nouvelle mairesse de Cornwall.

Le nouveau visage de Cornwall

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Elle est la première femme élue à la mairie de Cornwall et la première mairesse noire de l’histoire de l’Ontario. Mais n’eût été les médias, Bernadette Clement n’aurait peut-être jamais su qu’elle avait marqué l’histoire lors des élections municipales du 22 octobre dernier.

« C’est drôle, dit-elle, mais pendant la campagne électorale — pendant toutes mes campagnes électorales (elle était conseillère municipale de Cornwall depuis 2006) — la question de ma race, ou le fait que je sois une femme, ou encore le fait que je sois francophone n’ont jamais été soulevés. Ce n’était jamais un sujet de discussion dans mon porte-à-porte ou dans les débats. Je ne suis pas une recrue en politique, les gens de Cornwall me connaissent. Et pour eux, ils n’élisaient pas la première femme noire à la mairie, ils votaient simplement pour la Bernadette Clement qu’ils connaissent depuis toutes ces années. Mais après l’élection, les médias sont arrivés et ils ont sauté là-dessus, c’est-à-dire sur le fait que je sois la première mairesse de l’histoire de Cornwall et la première femme noire élue comme maire dans l’histoire de la province, et j’avoue que j’étais un peu sous le choc. (Rires).

«Mais oui, je suis fière. Fière de mon héritage de femme noire, fille d’Hubert Clement de Trinidad-Tobago. Comme je suis fière d’être francophone. Mais ce que je trouve le plus émouvant, c’est le fait que je sois la première mairesse de Cornwall. Notre ville compte quand même 235 ans d’histoire.»

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Directrice générale de la Clinique juridique de Stormont, Dundas et Glengarry, avocate de formation et diplômée de l’Université d’Ottawa, Bernadette Clement, 53 ans, est née et a grandi à Montréal. Son père est anglophone et natif de Trinidad-Tobago.

«Il est enseignant à la retraite, dit Mme Clement. Il enseignait les mathématiques et ma mère enseignait le français à la même école secondaire. C’est là qu’ils se sont rencontrés. Ma mère est Franco-Manitobaine et j’ai beaucoup de parenté à Winnipeg. J’y retourne régulièrement. Dans ma jeunesse, étant fille de parents enseignants, nous allions passer nos étés là-bas.»

Qu’avez-vous pensé du commentaire de Denise Bombardier à l’émission Tout le monde en parle ? (Mme Bombardier a déclaré qu’on ne parle plus le français au Manitoba).

«Ça été très mal reçu chez nous. Très mal reçu. Les Québécois devraient faire plus d’efforts pour comprendre le contexte minoritaire. Et je pense que si on se comprend davantage entre Québécois et francophones de l’extérieur du Québec, les choses iront beaucoup mieux pour tout le monde. Les Québécois manquent le bateau s’ils ne sont pas en contact régulier avec les francophones du reste du Canada, et vice versa.»

Bernadette Clement a quitté Montréal à l’âge de 19 ans pour venir faire ses études universitaires à Ottawa et elle n’est jamais retournée vivre au Québec. Et elle se dit aujourd’hui fière Franco-Ontarienne.

«C’est durant mes études à Ottawa que je suis devenue Ontarienne, dit-elle. Quelqu’un m’a demandé l’autre jour : À quel moment exact êtes-vous devenue Franco-Ontarienne ? (Rires). J’ai trouvé ça cute comme question. Mais je pense que je le suis réellement devenue lorsque je suis déménagée à Cornwall en 1991, il y a 27 ans. Les francophones ont été les premiers à m’accueillir ici. Et leur chaleureux accueil m’a donné un sentiment d’appartenance dès mon arrivée. Et je connaissais déjà la réalité d’une minorité (linguistique) puisque je connaissais celle de ma mère au Manitoba. C’est Me Étienne Saint-Aubin qui m’a embauchée ici (à la clinique juridique). C’est lui qui a écrit la Loi sur les services en français (la Loi 8). Il travaillait à l’époque pour le Procureur général de l’Ontario et il était responsable de la rédaction de cette loi. Donc, de travailler dans un contexte comme celui-là, embauchée par Me Saint-Aubin, j’ai vite compris qu’une bonne partie de ma carrière allait se passer en français.»

Lors des deux dernières élections fédérales, Bernadette Clément a tenté, sans succès d’être élue sous la bannière du Parti libéral du Canada. 

Or, la question se pose : la mairie de Cornwall n’est-elle qu’une étape vers un siège à la Chambre des communes à Ottawa ?

«Non, répond-elle sans hésiter. C’est vraiment la politique municipale qui m’intéresse. Je suis à la table du conseil municipal depuis 12 ans, j’ai fait trois mandats et une course à la mairie. Je pense que les gens ont compris que mon cœur est vraiment pour la chose municipale. Même quand je faisais mon porte-à-porte au fédéral, je voulais plutôt parler d’enjeux municipaux. C’est ce qui m’intéresse», de conclure la nouvelle mairesse de Cornwall.