Né à Kapuskasing, le Franco-Ontarien Paul Chiasson est un témoin privilégié de l’actualité depuis qu’il est devenu photographe.

Le monde vu par Paul Chiasson [PHOTOS]

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Paul Chiasson a été un témoin privilégié de l’histoire des 40 dernières années. Photographe à La Presse canadienne, l’agence de presse bilingue à laquelle il s’est joint il y a 37 ans après quatre années au quotidien Le Droit et une année comme pigiste en Europe pour le journal France Soir et l’agence Associated Press, il a capté en photos d’innombrables événements et personnalités qui ont marqué le monde et le cours de l’histoire durant les quatre dernières décennies.

« J’ai la chance d’aller dans des endroits où les gens ne vont pas, dit-il humblement. Je suis allé dans le Bureau ovale (à la Maison-Blanche), dans le bureau du Kremlin, à l’Élysée, au 10 Downing Street et plein d’autres endroits. J’ai fait des G8, des G20, des Sommets du Commonwealth et tous ces trucs-là. Je suis allé au Camp David, là où personne ne va. J’ai couvert onze Jeux olympiques. La grande majorité des gens ne vont pas à ces endroits. Moi, j’ai le privilège d’y aller pour eux. »

Ici au Canada, Paul Chiasson a photographié tous les premiers ministres des 40 dernières années, de Trudeau père à Trudeau fils. Dans le monde du sport, en plus de ses 11 Jeux olympiques, il a couvert 19 Championnats du monde de patinage artistique, six Coupe Grey, huit Coupe Stanley, des Grand Prix de Montréal et d’ailleurs, et j’en passe. Et il ne pourrait compter le nombre de campagnes électorales fédérales et provinciales qu’il a suivies armé de son appareil-photo. « En plus des deux référendums de 1980 et de 1995 », souligne-t-il.

Un témoin privilégié, c’est le moins qu’on puisse dire. Ah puis, j’oubliais. La fameuse photo de l’ancien chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, coiffé d’un bonnet… c’est lui. C’est Paul Chiasson qui l’a prise. « Ouais, c’est de ma faute », laisse-t-il tomber en souriant.

Wayne Gretzky salue la foule après son dernier match dans la LNH, le 18 avril 1999 à New York.

Le meilleur au Canada

Le travail de Paul Chiasson a été reconnu par la profession au fil des années alors qu’il a été en lice à trois occasions au prestigieux Concours canadien de journalisme (CCJ), remportant le titre de « photographe de l’année au Canada » à deux reprises. La première fois, c’était pour la photo de Justin Trudeau, à la basilique Notre-Dame à Montréal, en octobre 2000, qui dépose une rose et un dernier baiser sur le cercueil de son père, l’ancien premier ministre canadien, Pierre Trudeau. « J’ai d’ailleurs remis une copie de cette photo à Justin Trudeau il y a quatre ans lorsque je l’ai suivi en campagne électorale pendant cinq semaines », dit-il.

La deuxième photo de Paul Chiasson primée au CCJ a été captée aux Jeux olympiques de Vancouver, en 2010. On y voit le joueur de hockey canadien, Sidney Crosby, célébrer son but victorieux compté en prolongation et qui conférait la médaille d’or à l’équipe canadienne.

« J’ai été plusieurs années où je n’ai pas soumis de photos à ce concours (CCJ), avoue le photographe. Je ne suis pas très concours. Les fois que j’ai participé, honnêtement, je l’ai fait plus pour l’agence (La Presse canadienne) que pour moi. Il y’a de très bonnes photos qui sont prises par d’autres photographes et par moi qui ne sont pas primées. Ce concours est parfois – et je le dis sans jeu de mots – un concours de circonstances. »

« J’ai par exemple fait une photo il y a deux ans sur laquelle on pouvait voir des réfugiés qui traversaient la frontière (canado-américaine) près de Lacolle. Un agent de la GRC tient les enfants dans ses bras, le sourire aux lèvres, et tu vois le reste de la famille en arrière-plan qui traverse dans des bancs de neige. C’est un super beau moment. Je n’ai jamais reçu autant de courriels de l’Europe et de partout au monde. Des gens m’ont écrit pour me dire que ma photo les incitait à donner de l’argent aux associations pour réfugiés. Cette photo a été partagée je ne sais trop combien de fois sur les réseaux sociaux. Même Justin Trudeau l’a retweetée. C’est une photo qui a vraiment marqué l’imaginaire des gens. Alors je l’ai soumise au CCJ et elle n’a même pas été retenue, même pas mise en nomination (rires). De toute façon, ma récompense, je l’ai eue dans les messages reçus. Et je reçois encore des courriels à propos de cette photo. C’est sûr que lorsque tu gagnes un concours, t’es content. C’est toujours plaisant de gagner. Mais je ne fais pas ce métier-là pour ça. Absolument pas. Le plus beau prix que j’ai gagné en 40 ans, c’est d’avoir eu une belle carrière. J’ai été chanceux et privilégié. »

Du droit à la PC

Franco-Ontarien originaire de Kapuskasing, Paul Chiasson, 63 ans, a quitté sa ville natale à l’âge de 17 ans pour venir poursuivre des études en cinéma au Collège Algonquin, à Ottawa, dans le but de devenir caméraman. Il s’est cependant découvert une passion – et un talent – pour la photographie, et il a travaillé comme photographe à la pige pendant un an pour des quotidiens de la capitale fédérale.

« Puis j’ai été embauché à temps plein au Droit en 1977, se souvient-il. Le Droit a été une très bonne école. Je travaillais avec le photographe (feu) François Roy. Et François a été un excellent mentor pour moi. J’ai quitté Le Droit en 1981 lorsque j’ai eu l’idée folle d’aller en France et en Europe faire de la pige là-bas. Je travaillais pour l’Associated Press le soir des élections de François Mitterrand. Je suis allé par moi-même en Pologne où j’ai rencontré Lech Walesa. J’ai passé un an en Europe et j’en ai conservé de merveilleux souvenirs. À mon retour au Canada, j’ai été embauché par La Presse canadienne. Et j’y suis depuis.

— Et la retraite ? Vous y songez ?

— Ma retraite de La Presse canadienne, ça arrivera un jour. Mais je suis en pleine forme et j’ai plein d’autres projets en tête. »

Bref, Paul Chiasson n’accrochera pas son appareil-photo de sitôt.