Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a accompagné la gouverneure générale Julie Payette sur les lieux de la tornade.

Le maire de terrain

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a eu la même réaction qu’un peu tout le monde, vendredi dernier, en apercevant sur son téléphone l’alerte émise par Environnement Canada. « Possibilité de tornades », prévenait-on.

« Je l’ai effacée, dit-il en parlant de l’alerte en question. On en a vu d’autres. Ce qu’il faut, par contre, c’est que le système ne l’efface pas. Et nous, à Gatineau, sommes assez disciplinés là-dessus. À 15h, deux heures avant que la tornade frappe, nous avions mis tous les cadres en état d’alerte. On prend ces alertes très au sérieux. Tout le monde doit répondre. Dès vendredi matin, nous avions pris un certain nombre de mesures parce qu’on savait qu’il y allait avoir de grands vents. C’est pourquoi ça n’a pris que des minutes avant que nos équipes soient sur le terrain, mobilisées et en train de travailler.

«Lorsqu’on dit que c’est une chance inouïe ou même un miracle (que personne n’ait perdu la vie), disons qu’on a aussi mis les chances sur notre bord. La réaction a été très rapide. Et je suis convaincu que des vies ont été sauvées grâce à la rapidité d’intervention de tout le monde. Policiers, pompiers, la STO, nos cols bleus, nos cols blancs, tout le monde — notre monde — je suis sûr qu’ils ont sauvé des vies.»

Du centre pour sinistrés au centre de dons dans l’ancien Sears des Galeries de Hull, tout en multipliant les mises à jour, les points de presse et les entrevues aux médias, les journées du maire de Gatineau sont — sans jeu de mots — un véritable tourbillon depuis le passage de cette tornade dévastatrice.

«Oui, je fais de longues heures, dit-il. Mais je retrouve mon lit le soir à la maison et je n’ai rien perdu dans cette tornade. Il y aurait un côté un peu indécent de parler de mes affaires pendant que des gens vivent des situations terribles. Ce n’est pas ce que je vis qui est important.

«Une employée de la Ville coordonnait le site (au Cégep de l’Outaouais) le vendredi soir. On voyait qu’elle en avait beaucoup à faire. C’était dur. Beaucoup de gens arrivaient en même temps et elle devait les accueillir et coordonner tout ça. Elle gérait une crise difficile à vivre. À un moment donné, quelqu’un lui a emmené son bébé pour qu’elle l’allaite. Elle s’est isolée un instant, elle a allaité son bébé, et elle est retournée travailler. Ça, c’est du courage ! J’ai une admiration infinie pour ces gens et pour ce qu’ils font. Je préfère parler de ça que de parler de mes affaires.»

Chose certaine, l’agenda du maire de Gatineau est laissé de côté depuis vendredi dernier. Ce dernier a passé beaucoup plus de temps sur le terrain parmi les sinistrés au cours des huit derniers jours que dans son bureau de la Maison du citoyen.

«Dans une crise, dit-il, les gens veulent sentir qu’on est là, qu’on s’en occupe et, surtout, que l’on comprend exactement ce qu’ils vivent. Quand je dis que le logement à long terme est la priorité, c’est parce qu’il y a des dizaines de victimes qui me l’ont dit. La présence avec le monde, c’est aussi d’être capable de dire à toute l’organisation le point de vue des gens (des sinistrés). Ce n’est peut-être pas la priorité la plus grande du point de vue opérationnel. Mais de communiquer à tous les intervenants ce que les gens disent et ce qu’ils ressentent, c’est un gros défi pour le porte-parole d’une ville en situation de crise. Il faut vraiment être connecté. Et ça ne se fait pas autrement qu’en parlant au monde.»

Maxime Pedneaud-Jobin croit aussi à l’importance de la visite des élus. La fin de semaine dernière, les quatre chefs des partis politiques du Québec, ainsi que l’épouse du premier ministre canadien, Sophie Grégoire Trudeau, ont tenu à visiter le centre pour sinistrés au Cégep de l’Outaouais. Et selon le maire de Gatineau, ces visites, jugées opportunistes par certains, mettent un peu de baume au cœur des victimes.

«Certains pensent que ces visites sont inutiles, dit-il. Mais moi, je suis un grand défenseur de ces visites-là. Elles sont utiles. Lorsque le premier ministre est là et qu’il dit aux gens : « on est avec vous, on va faire tout ce qu’on peut pour aider», ça rassure. Ce n’est pas un spectacle. Les autorités sont là.

«Puis à un autre niveau, il y avait Sophie Grégoire. Sa visite a donné du réconfort. J’ai vu les yeux d’une dame âgée s’illuminer lorsqu’elle a aperçu Mme Grégoire. Sa réaction était authentique, elle était vraie. Cette dame a oublié pendant un moment qu’elle était assise sur une chaise dans un cégep et qu’elle venait de tout perdre. Il y a des sinistrés qui ne sont pas touchés par ces visites. Mais je peux vous garantir que plusieurs le sont.

— Comment faites-vous le vide à la fin de la journée ?, lui ai-je demandé en concluant l’entretien.

— Je passe beaucoup de temps au téléphone avec mon épouse et mes enfants. (Sa conjointe, Pascale Beaudry, et leurs trois enfants âgés de 17, 16 et 13 ans habitent Montréal). Pascale est toujours la première personne à qui je parle le matin et la dernière personne à qui je parle le soir. De lui parler m’aide à continuer, à garder la même énergie et à compartimenter lorsqu’il y a des choses qui me touchent un peu trop. Pascale m’aide beaucoup.»