L’auteur franco-ontarien Jean Boisjoli écrit toujours, à 70 ans.

Le long détour de l’auteur Jean Boisjoli

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Il a été enseignant au secondaire et journaliste à la radio avant de faire carrière comme avocat au gouvernement fédéral. Mais on connaît surtout Jean Boisjoli comme l’un des meilleurs auteurs franco-ontariens.

Après avoir publié trois recueils de poésie, il a écrit son premier roman, La mesure du temps, en 2016, qui lui a mérité le prestigieux prix littéraire Trillium. Et son deuxième roman qui vient d’être lancé aux Éditions David, Moi, Sam. Elle, Janis, ne s’attire que des éloges.

Père de deux enfants et grand-père d’une petite-fille, Jean Boisjoli, 70 ans, a toujours écrit. C’est sa passion. Depuis son enfance à Saint-Boniface, au Manitoba, jusqu’à Ottawa, sa ville d’adoption, il n’a jamais délaissé la plume. Mais ce n’est qu’à la retraite qu’il est devenu écrivain à temps plein… après un long détour.

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« À l’âge de 12 ou 13 ans, j’allais me cacher sous le pont d’un train qui se trouvait au bout de ma rue, à Saint-Boniface, et je lisais et j’écrivais, raconte-t-il. J’ai eu une enfance difficile. J’ai été agressé. Et chaque livre que je lisais était une brique dans un mur que j’érigeais autour de moi, pour me protéger. »

Jean Boisjoli a quitté sa ville natale du Manitoba à l’âge de 18 ans pour la grande ville, Montréal. « C’était tout de suite après l’Expo 67, se souvient-il. Montréal était en effervescence. Je ne savais trop ce que je voulais faire. J’habitais dans une petite chambre de la rue Saint-Denis avec six amis.

«Puis, je me suis décroché un poste comme professeur d’anglais au secondaire V dans une école de Lachine. J’avais 18 ans, je n’avais pas de pédagogie, pas d’expérience. J’arrive là en octobre, il y a cinq ou six élèves dans la classe qui sont plus vieux que moi. Puis un gars se lève et me dit : «Excite-toi pas trop avec nous, t’es le troisième prof qu’on a cette année. Les autres ont fait des burn-out». (Rires). Mais j’ai duré jusqu’en juin ! Puis je suis parti.»

Jean Boisjoli rêvait de «faire de la radio» comme journaliste ou animateur. «Et à l’époque, dit-il, contrairement à aujourd’hui, tu n’avais pas besoin d’études et de diplôme pour faire de la radio, t’apprenais sur le tas. J’avais cependant suivi des cours de pose de voix avec des amis comédiens, mais quand je me suis présenté dans une station de radio de Montréal, on m’a dit d’aller apprendre mon métier en campagne. Parce que pour les Montréalais, tout ce qui était à l’extérieur de Montréal était la campagne. C’était comme ça à l’époque. Alors j’ai fait quelques «démos» (des enregistrements) que j’ai fait parvenir à des stations un peu partout au Québec, et j’ai été embauché par la station CKCH, à Hull. C’est comme ça que je me suis retrouvé ici. Un peu par accident.

«Je suis resté à CKCH quelques années et je suis ensuite allé à Radio-Canada à Edmonton, en Alberta, pour ensuite passer à Radio-Canada à Toronto. Nous avions une belle équipe là-bas, dont une jeune journaliste à ses débuts du nom de Chantal Hébert. Puis je suis revenu à Ottawa, chez les Anglais cette fois-ci, à la radio de CBC. Et c’est pendant mes années à CBC que j’ai fait mon cours de droit à l’Université d’Ottawa. Au terme de mes études, j’ai été travailler au gouvernement comme chef de cabinet du ministre des Relations internationales pendant les négociations pour le libre échange. C’était en 1984, sous (Brian) Mulroney. Et je me souviens que lorsqu’on m’a demandé d’aller travailler pour les conservateurs, j’ai dit : «pas la gang qui a assassiné Louis Riel ?». (Rires). Quand tu viens de Saint-Boniface, ton père spirituel est Louis Riel et ta mère spirituelle est Gabrielle Roy...»

Jean Boisjoli a quitté la fonction publique fédérale en 2012 après presque 30 années de carrière pour — enfin — devenir écrivain à temps plein.

Moi, Sam. Elle, Janis.

Dans son nouveau roman, Moi, Sam. Elle, Janis, il se fait l’écho d’une jeunesse écorchée qui se sent larguée par une société à la dérive.

«C’est l’histoire de deux jeunes puckés de la vie face à eux-mêmes, explique-t-il. Ils peuvent bien essayer de s’en sortir, mais…. Le personnage Sam vit son enfance à Vanier (à Ottawa). Mais j’ai voulu éviter de faire du Vanier bashing dans mon livre et de tomber dans la caricature. On s’entend qu’un bout du chemin de Montréal à Vanier n’est pas drôle, avec ses prostituées et sa dizaine de «Money Mart». Mais je n’ai pas voulu dire que c’est pourri, ce sont des humains qui habitent là. Et ce bout du chemin de Montréal n’est pas tout Vanier comme Hochelaga-Maisonneuve n’est pas tout Montréal.

— Travaillez-vous sur un troisième roman ?

— Oui. Ce sera l’histoire d’un type qui décide de s’occuper de son sort. On parle beaucoup d’aide médicale à mourir. Mais le gars qui n’est pas malade, pas désespéré, mais qui se dit qu’il a fait ce qu’il avait à faire, qu’il est au bout de son rouleau et qu’il veut s’en aller, c’est possible ? C’est une autre perspective.»

À suivre…