Michel Kasongo a im migré au Canada en novembre 2008. Il est aujourd’hui directeur général de la Soupe populaire de Hull.

Le long chemin de Michel Kasongo

CHRONIQUE / Le directeur général de la Soupe populaire de Hull, Michel Kasongo, ne voit pas son rôle comme un travail, mais bien comme une vocation et une façon de redonner à la société qui l’a si chaleureusement accueilli, il y a neuf ans.

Originaire de la République démocratique du Congo, il a fui son pays natal en 2005 pour se réfugier au Kenya. « J’ai été obligé de quitter mon pays à cause des problèmes politiques là-bas, dit-il. J’ai dû quitter et j’ai pleuré. »

Trois ans plus tard, en novembre 2008, Michel Kasongo a immigré au Canada. À Gatineau, plus précisément. Mais pourquoi Gatineau ?

« Pendant ma conversation avec l’agent d’immigration à l’ambassade du Canada au Kenya, répond-il, je lui ai dit que d’aller vivre dans un endroit où on parle français faciliterait mon intégration. A-t-il tenu compte de ça pour me diriger vers Gatineau ? Possiblement. Alors je suis venu ici. Rien ne m’attendait, j’étais seul et je ne connaissais personne. Mais je suis vite tombé en amour avec Gatineau et ses gens. »

Il a d’abord été accueilli par Accueil-Parrainage Outaouais, où les intervenants l’ont aidé à se trouver son premier appartement. Puis, les intervenants de Carrefour Jeunesse Emploi ont pris la relève pour l’aider à préparer un curriculum vitae et l’accompagner dans sa recherche d’emploi.

« Et en mars 2009, se souvient Michel Kasongo, j’ai décroché mon premier emploi comme animateur communautaire chez Adojeune. Et j’ai été chanceux, puisque la même semaine, on m’a embauché ici, à la Soupe populaire de Hull, toujours comme animateur communautaire. J’avais donc deux emplois. Puis six mois plus tard, en septembre 2009, j’ai obtenu un troisième emploi à la Maison Fraternité, à Ottawa. Et j’y suis toujours à titre d’intervenant social. Mais je suis en congé sabbatique de mon poste là-bas depuis que je suis devenu directeur général de la Soupe, en septembre dernier », ajoute-t-il, lui qui est titulaire d’un baccalauréat en sciences sociales obtenu dans son pays natal.

Ses trois emplois lui ont permis de parrainer l’immigration de son épouse, Thérèse, qui était restée au Congo et qui est venue le rejoindre à Gatineau en 2013. Ils sont aujourd’hui parents de quatre filles.

Le premier hiver

Mais revenons en novembre 2008, à son arrivée au Canada, alors que l’hiver était à nos portes. L’humoriste Boucar Diouf a-t-il un peu raison lorsqu’il dit à la blague que les immigrants venus des pays chauds subissent « un choc thermique » à leur premier hiver au Canada ?

« Ah oui !, répond Michel Kasongo en souriant. Mon premier hiver ici a été très difficile. J’avais eu des informations sur les hivers canadiens, mais c’était de la théorie. Il fallait maintenant le pratiquer. Et ce n’était pas facile. Surtout l’habillement. Comment doit-on s’habiller durant l’hiver ? Je l’ignorais. Mais les Gatinois ont été si gentils avec moi.

«Lorsque, par exemple, j’ai acheté ma toute première paire de bottes d’hiver, je suis arrivé à la caisse et j’avais choisi des bottes de construction. Je croyais que c’était des bottes d’hiver. Alors la caissière m’a demandé : ‘travaillez-vous en construction ?’. Et quand je lui ai répondu ‘non’, elle a vite compris et elle m’a dirigé vers le rayon des vraies bottes d’hiver.

«Et à ma première visite chez Maxi, j’ai croisé un homme qui m’a demandé si je venais d’arriver au Canada. Et quand je lui ai répondu ‘oui’, il a répliqué en me disant : ‘choisis tout ce qu’il te faut dans l’épicerie, je vais payer’. Je n’en croyais pas mes oreilles. Je ne connaissais pas cet homme. Ces gens et plusieurs autres, par leur gentillesse et leur générosité, m’ont tout de suite fait sentir comme si j’étais chez moi ici, comme si je faisais partie de la communauté. Et aujourd’hui, Gatineau est ma ville. Je me sens réellement à la maison. Et c’est à mon tour de redonner à la société.»

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La Soupe populaire de Hull vit des moments difficiles et serait en mode survie depuis plusieurs mois. Le nombre d’usagers augmente d’année en année, mais le financement stagne. Michel Kasongo croit cependant pouvoir redresser le navire avec l’aide des partenaires, des élus et de la communauté.

«Quand je suis arrivé en 2009, dit-il, on servait de 60 à 70 assiettes par jour au dîner. Aujourd’hui, nous servons en moyenne 220 dîners par jour. Et il faut ajouter à ça la centaine de soupers que nous servons quotidiennement. Et le financement que nous obtenons ne répond pas à cette augmentation d’utilisateurs. La Soupe est devenue un centre de ressources où les gens avec des besoins variés viennent pour obtenir de l’aide. Mais on fait tellement bien notre travail que nous sommes un peu devenus victimes de notre succès. Parce que nous n’avons pas assez de moyens pour répondre à tous ces besoins-là. 

«Nous avons cependant préparé un plan de redressement et on travaille avec nos partenaires pour identifier des pistes de solutions durables. Et actuellement, nous ne sommes plus en mode panique comme nous l’étions il y a quelques mois. Nous sommes en mode solution. Et la réponse de nos partenaires, des élus et de la communauté est très bonne. Et nous sommes confiants que nous serons en mesure de trouver des solutions durables, car la Soupe populaire de Hull a encore son importance dans la communauté. Même plus que jamais», conclut Michel Kasongo.