Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin

Le leader de La Résistance

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Le 28 octobre dernier, Carol Jolin était réélu à la présidence de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) pour un deuxième mandat de deux ans.

Deux années qui s’annonçaient relativement calmes pour la francophonie ontarienne. Le nouveau gouvernement conservateur du premier ministre Doug Ford avait clairement appuyé la mise sur pied et l’ouverture en septembre 2020 de l’Université de l’Ontario français. Et la nouvelle ministre des Affaires francophone, Caroline Mulroney, se proclamait sur toutes les tribunes «une amie des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes». Pas d’orage à l’horizon, croyait-on.

Mais le jeudi 15 novembre dernier, même pas trois semaines après la réélection de M. Jolin à la présidence de l’AFO, le ciel tombait sur la tête des Francos. Abolition du Commissariat aux services en français, annonce le gouvernement Ford dans son énoncé économique. Et comme si cette gifle n’était pas assez douloureuse et insultante, les conservateurs y allaient d’une deuxième tape sur la gueule des francophones en annulant le projet de l’Université de l’Ontario français.

Le mandat sans heurts qui s’annonçait pour le président Jolin allait soudainement se transformer en un véritable combat. Une lutte à finir entre les Franco-Ontariens et le gouvernement Ford. Et le 1er décembre dernier, dans un mouvement historique et sans précédent, plus de 14 000 francophones descendaient dans les rues — partout en Ontario — pour dénoncer ces coupes injustes et injustifiées.

Carol Jolin allait devenir bien malgré lui le leader de ce mouvement. De cette grogne. De cette lutte. Il allait devenir le leader et le porte-parole de «La Résistance».

Jeudi dernier, M. Jolin a été nommé parmi les 10 personnalités les plus influentes de la francophonie canadienne.

Le Droit l’a rencontré.

Carol Jolin : C’est agréable de faire partie de ce palmarès. C’est un honneur qui rejaillit sur toute l’équipe de l’AFO. J’ai une équipe solide derrière moi qui travaille d’arrache-pied. On travaillait fort avant le 15 novembre. Mais depuis cette date, c’est devenu fou. Il y a tellement d’électricité dans nos bureaux depuis le 15 novembre qu’on n’a pas besoin de recharger nos téléphones, ils se rechargent par eux-mêmes avec l’électricité qu’il y a dans l’air. (Rires).

Le Droit : Les manifestations du 1er décembre dernier ont été un succès, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais on fait quoi maintenant pour garder l’intérêt et la participation des Franco-Ontariens dans cette lutte?

CJ : Pour repartir le bal en 2019, on lance la semaine prochaine une campagne de cartes postales afin d’inciter les députés conservateurs à prendre les bonnes décisions en 2019. Ça veut dire un commissariat indépendant et une université. Ce sera un élément et d’autres dont je ne peux dévoiler présentement s’ajouteront à la liste. Mais rien ne sera aussi gros que les manifestations, c’est sûr. Ces manifs du 1er décembre étaient le summum.

LD : Le gouvernement fédéral serait prêt à financer les quatre premières années de fonctionnement de l’Université de l’Ontario français. Où en sommes-nous dans ce dossier?

CJ : Oui, la ministre (fédérale du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie) Mélanie Joly est prête à aller là. Mais nous n’avons aucune nouvelle du côté du bureau de Mme Mulroney. Mais c’est sûr que dès lundi, nous communiquerons avec le bureau de Mme Mulroney pour savoir ce qui se passe dans ce dossier. Si le fédéral finance les quatre premières années, ça donnera le temps aux conservateurs de s’occuper de leurs priorités pour lesquelles ils ont fait campagne, c’est-à-dire de s’occuper des finances publiques. Et après, qu’ils s’occupent de financer les années cinq, six, sept et huit de l’université. La solution est là et elle est gagnante-gagnante.

LD : Croyez-vous vraiment que le gouvernement Ford réussira à effacer un déficit d’une ampleur de 15 milliards $ en quatre ans?

CJ : C’est leur mandat. C’est leur priorité. Et je présume qu’ils ne voudront pas se présenter devant l’électorat dans quatre ans et dire: «On a seulement réduit le déficit à 10 milliards $ et c’est la faute des libéraux avant nous». Il ne leur restera que 40 millions $ à financer (pour l’Université de l’Ontario français). Ça représente 0,1 % du budget des collèges, universités et formations. Le gouvernement du Québec met 629 millions $ par année pour les trois universités anglophones en province. Et nous ne sommes pas capables d’avoir 40 millions $ sur quatre ans?

LD : Et ça prendra quoi pour que l’AFO dise: «C’est assez. On réglera ça devant les tribunaux?».

CJ : Avec le Commissariat aux services en français, nous sommes déjà là. On a fait le travail politique, mais ils (les conservateurs) n’ont rien voulu entendre. Donc j’ai l’impression qu’on va se retrouver en cour assez rapidement.

LD : Et du côté de l’université?

CJ : Ce sont deux causes distinctes. Mme (Dyane) Adam (la présidente du conseil de gouvernance de l’Université de l’Ontario français) a retenu les services de Me Ronald Caza et je ne sais pas dans quelle direction ils s’en vont. Mais est-ce que l’université sera encore en business après le 15 janvier? C’est une question dont je n’ai pas la réponse. Mais on veut encore se donner une chance du côté politique.

LD : A-t-on l’argent pour financer ces deux causes en justice?

CJ : Je ne peux pas parler pour l’université. Mais de notre côté, il faudra se fier au programme des contestations judiciaires qui vient d’être remis sur les rails (par le fédéral). Nous serons probablement leur premier client. Et nous avons en Me Ronald Caza et Me Mark Power, deux «top gun» en droits linguistiques. On sent que nous sommes entre bonnes mains.

LD : Votre résolution pour l’année 2019, M. Jolin?

CJ : Personnellement, me remettre en forme. Professionnellement, c’est simple. Un commissariat indépendant et une université francophone!