Denis Blondin fermera son café théâtre le 28 avril, après avoir fait rire des milliers de gens pendant plus de 30 ans.

Le Last Call de Denis Blondin

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / C’est une véritable institution de Gatineau qui fermera ses portes le 28 avril prochain lorsque le Théâtre Markalou présentera sa toute dernière pièce après 32 années d’existence.

Son fondateur, le Hullois Denis Blondin, pourra fièrement dire qu’il a fait rire les gens pendant plus de trois décennies, lui qui a écrit, mis en scène et joué dans une centaine de pièces présentées dans son Markalou. C’est un beau legs, quand on y pense. Mais il avoue que c’est avec un pincement au cœur qu’il baissera le rideau pour une toute dernière fois.

« C’est une déchirure complète, laisse-t-il tomber. Le théâtre a été mon grand compagnon de vie. Puis là, on doit se quitter. Et ça vient me chercher droit au cœur.

«On ne ferme pas parce que ça ne fonctionne plus, dit-il. C’est qu’il fallait renouveler le bail pour une période de cinq ans. Mais j’aurai 70 ans dans cinq ans. Et ce théâtre est beaucoup de travail. Ça fait plus de 30 ans que je n’ai pas vu mes fins de semaine.

«Et il n’y a pas de relève. Je l’ai offert à mon fils, Marc-André. Et lui, comme comédien, il est deux fois meilleur que son père. C’est un fou sur deux pattes, il a un talent épouvantable. Mais il ne veut pas prendre la relève. Quand je lui ai offert, il m’a répondu : «Je ne veux pas vivre ce que tu nous as fait vivre». Ce n’était pas méchant de sa part. Vraiment pas. Il m’a dit : «J’ai un enfant. On ne t’a pratiquement jamais vu. Si on voulait te voir, il fallait venir au théâtre. Tu n’étais jamais là pour les fêtes parce que tu devais donner des spectacles. J’ai adoré la vie avec toi, Papa. Mais je veux vivre ma vie avec mon garçon». Comme artiste, on ne peut pas regretter toutes ces années sur les planches. Mais il y a un prix à payer.»

C’est le centre apostolique Le Chemin qui occupera les locaux du Café Théâtre Markalou à compter de cet été. «C’est une église qui s’en vient ici, de dire Denis Blondin en levant les yeux au ciel. Ils sont bien mieux de prier fort, parce qu’il y en a eu des sacres ici !», lance-t-il dans un éclat de rire.

Auteur, comédien et metteur en scène, Denis Blondin a écrit sa première pièce de théâtre à l’âge de 10 ans dans le cadre d’un carnaval qui se tenait dans le quartier Saint-Jean-Bosco.

Vingt ans plus tard, après une courte carrière en administration, il reprenait sa plume dans le but de faire carrière dans le théâtre. Dans le vaudeville, plus précisément.

«J’ai écrit une pièce juste pour le plaisir d’écrire, raconte-t-il. Je l’ai présentée devant des amis et ils ont aimé. Donc j’en ai essayé une autre. Toujours pour le plaisir. Et cette fois-là, il y avait mes amis dans la salle, mais aussi des étrangers. Et plus j’écrivais, plus les salles se remplissaient. À un moment donné, mon père m’a demandé : «C’est bien beau tout ça, mais que vas-tu faire après ?». Je lui ai répondu qu’il n’y aurait pas «d’après». Que c’était ça que je voulais faire dans la vie. Il était très inquiet pour moi. Mais aujourd’hui, il me présente fièrement comme son fils, le propriétaire du Markalou.»

Denis Blondin a fondé la troupe de théâtre Markalou (nommée ainsi pour ses deux enfants, Marc-André et Marilou) en 1986. Pendant ses dix premières années d’existence, cette troupe a parcouru le Québec et l’Ontario français de Fort-Coulonge à Montréal, en passant par Maniwaki, Cornwall et tout l’Est ontarien.

«Puis en janvier 1998, se souvient Denis Blondin, en revenant de Joliette dans LA tempête de verglas, j’ai dit c’est assez. On va finir par se péter la gueule sur la route.»

Et c’est à l’automne 1998 qu’il a inauguré le Café Théâtre Markalou dans les locaux du boulevard Maloney qu’il occupe depuis. Là où des centaines de comédiens en herbe ont fait leurs débuts sur les planches. Et là où des milliers de personnes ont ri aux éclats au fil des années sur les mots et les gags des dizaines de pièces écrites par l’auteur et comédien Blondin, notamment sa pièce Last Call, sa plus populaire. «Et de loin !» dira-t-il.

Non, on n’a jamais joué Molière, Racine ou Corneille au Théâtre Markalou. Du Michel Tremblay non plus. Ici, c’est du vaudeville à la Gilles Latulippe et Olivier Guimond.

«Pour les gens qui aiment le grand théâtre, on n’est pas de la crotte, mais on n’est pas loin, de laisser tomber Denis Blondin. Mais on remplit la salle chaque soir. On a souvent dit de nous qu’on écrivait du pipi, caca, cucul, du simple vaudeville. Mais bof ! L’émission La petite vie était du vaudeville et elle était regardée chaque semaine par près de trois millions de téléspectateurs. Le Bye Bye est du vaudeville et tout le monde regarde ça. Et que dire de la pièce Broue ? C’est du grand vaudeville, cette pièce-là.

«Et les gens aiment le vaudeville. C’est un langage qui leur est familier. Ici, on a fait rire les gens pendant 32 ans. Et ils ont aimé ça, ils se sont reconnus sur scène, parfois sans même le savoir. Les gens se sont amusés et ils ont passé de belles soirées ici avec nous. Notre mission était de divertir. De simplement divertir. Et je pense qu’on l’a accomplie.»

Encan

À souligner qu’un encan se tiendra au Café Théâtre Markalou le 12 mai prochain.

«On vendra tout ce qui se trouve ici, de dire Denis Blondin. Les tables, les chaises, le décor, les accessoires de cuisine et le reste.»

L’encan sera ouvert à tous.