L'homme d'affaires François Lambert a fait partie de l’émission « Dans l’œil du dragon » de 2012 à 2015.

Le dragon de la Petite-Nation

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Les gens de la Petite-Nation n’auront pas l’occasion de voter pour un ex-dragon lors des élections fédérales d’octobre prochain.

L’entrepreneur bien connu, François Lambert, avait laissé entendre il y a moins de cinq mois qu’il songeait sérieusement à poser sa candidature sous la bannière conservatrice dans la circonscription d’Argenteuil-Petite-Nation, là où se trouve sa « maison de campagne ». Une circonscription représentée à la Chambre des communes par le député libéral Stéphane Lauzon.

Mais après mûre réflexion, l’homme d’affaires qui a fait partie de l’émission Dans l’œil du dragon de 2012 à 2015 a décidé de passer son tour… cette fois-ci.

« Je suis un gars d’action, et lorsque ça (la politique fédérale) m’intéressait, je manquais d’action dans ma vie, a dit M. Lambert lorsque rencontré cette semaine à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) — son alma mater — où il donnait une conférence sur l’entrepreneuriat.

« Mais j’ai présentement une dizaine de compagnies, a repris l’entrepreneur. J’ai aussi mon sirop d’érable (sur sa terre à Notre-Dame-de-la-Paix), j’ai mes livres, la cour est pleine. Si je me lance en politique, il faut que je mette de côté mes compagnies. Et ce ne serait pas honnête envers mes associés et les employés. La politique va toujours m’intéresser. C’est comme l’entrepreneuriat. Mais c’est de trouver le bon moment pour être capable d’aller faire une différence et être capable de me libérer.

« Aujourd’hui, j’ai 51 ans, a ajouté M. Lambert. Et j’ai dit à tout le monde que je ne lancerai plus de nouvelles compagnies. J’en ai déjà dix actives, mais chacune d’entre elles sera éventuellement vendue. Et si je veux aller en politique dans quatre ans, je serai libéré de mon temps. »

Père monoparental de deux garçons âgés de 16 et 18 ans, François Lambert veut aussi attendre que ses fils quittent la maison avant de plonger en politique fédérale. « Si je vais en politique cette année, je ne les verrai presque plus », explique-t-il.

Mais si l’ex-dragon décide de se présenter en 2023, ce sera sous les couleurs conservatrices. Et ce, même si les électeurs d’Argenteuil-Petite-Nation n’ont pas élu de candidats conservateurs depuis 1988.

« J’ai déjà été libéral, laisse-t-il tomber. Mais un parti, c’est le chef. Et je regarde ce qui se passe en ce moment, et je suis bien content de ne pas être là. Je ne serais pas à l’aise d’avoir un chef (Justin Trudeau) qui se comporte comme ça.

« Je suis comme tout le monde, poursuit-il. Si je vois Justin Trudeau passer, je vais me garrocher pour avoir un selfie avec lui. (Rires). Il est sympathique. Mais je ne le considère pas comme un leader. Je ne pense pas qu’il se comporte comme un leader au niveau mondial ni au niveau national. Et je trouve irresponsable la façon dont il est en train d’endetter le Canada.

Et vous croyez que Andrew Scheer (le chef du Parti conservateur du Canada) ferait un bon premier ministre ?

« Il est un homme à l’écoute. Et la première qualité d’un bon leader, c’est d’être à l’écoute. J’ai passé quatre heures avec lui et j’ai pu voir qu’il est un gars sincèrement à l’écoute. Maintenant, on saura quel genre de leader il est s’il est élu premier ministre. Mais pour le moment, je crois qu’il a plus d’habilités que Justin Trudeau. Cela dit, je pense que les libéraux seront réélus au pouvoir en octobre. C’est assez rare qu’un gouvernement ne fasse pas deux mandats. La popularité de Justin Trudeau est encore trop forte. Et ce n’est pas le récent scandale (SNC-Lavalin) qui le fera tomber. Mais j’aimerais voir les conservateurs au pouvoir. »

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PAS LE MOUTON DE SON PÈRE

Né à Laval, François Lambert est déménagé à Notre-Dame-de-la-Paix, dans la Petite-Nation, à l’âge de six ans.

« C’était un traumatisme, lance-t-il. Je partais d’une école de Laval pour une école de rang à Saint-Émile-de-Suffolk. C’était comme tomber dans Le Temps d’une paix ! (Rires).

« Mon père était entrepreneur et il a suivi sa passion. Il a vendu son commerce pour venir élever des moutons en Outaouais et faire un retour à la terre. On était pauvre à la maison, mais on ne le savait pas. C’est plus tard que j’ai réalisé que mon père en arrachait. Mais il avait suivi sa passion. Alors que moi, j’utilise plus la raison. Je mets ma passion de côté parce que je me dis que ma raison est plus payante », ajoute-t-il dans un éclat de rire.

Plus payante, en effet. Après cinq années à œuvrer comme analyste financier à la fonction publique fédérale, François Lambert s’est lancé en affaires en 2000 en fondant Aheeva, une entreprise spécialisée dans les solutions technologiques pour centre d’appels.

Il mettra ensuite sur pied Atelka, une entreprise de gestion de contacts-clients, puis Impulse Capital, en 2011, une entreprise de capital de risque.

François Lambert a acquis la terre de son père en cours de route.

« Et j’ai acheté les terres autour, dit-il. Aujourd’hui, mon cousin habite à côté et nous avons un beau terrain de jeu d’à peu près cinq kilomètres. J’habite Outremont (à Montréal) avec mes fils, et j’ai ma maison de campagne à Notre-Dame-de-la-Paix. Et je suis tout le temps là (à Notre-Dame-de-la-Paix). J’ai ma cabane à sucre et je me lance dans l’élevage de lapins. Il faut que je produise 500 lapins par semaine. Et moi et mon frère, qui habite Chénéville et qui est enseignant à Saint-André-Avellin, élevons toujours les moutons. On travaille tout le temps. »