Pierre Samson est le fondateur du cabinet de comptables Samson et Associés.

Le comptable du Vieux-Hull

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Cadet d’une famille de 14 enfants, né et élevé dans le Vieux-Hull des années 1950 et 1960, Pierre Samson croyait faire carrière au moulin à bois, chez E.B. Eddy, comme ses cousins et ses oncles avant lui.

« J’ai décroché de l’école à l’âge de 17 ans, se souvient-il, et j’ai été embauché chez E.B. Eddy. C’était LE job dans le temps. Quand t’entrais là, tu ne quittais plus. C’était impensable de quitter. Donc j’ai travaillé là pendant six ans, j’étais rendu assistant contremaître, j’avais 23 ans et deux enfants à la maison. Puis j’ai décidé de quitter et de retourner aux études. Mon père était contre ça. Il m’a dit que j’étais complètement fou de tourner le dos à cet emploi. Mais je regardais mes cousins et mes oncles qui travaillaient au moulin et ils étaient tous en train de mourir du cœur ou de maladies pulmonaires. La poussière de papier, c’est terrible pour les poumons. Alors je me suis dit : «moi, je ne reste pas ici». Et je suis retourné aux études à l’UQO (Université du Québec en Outaouais) où j’ai fait un baccalauréat en comptabilité et une maîtrise en gestion. Tout ça avec deux enfants et une femme très compréhensible. Et de quitter E.B. Eddy a été la meilleure décision que j’ai prise dans ma vie. »

Une sage décision, en effet. Car après dix ans à l’emploi du gouvernement fédéral, Pierre Samson a fondé en 1990 son propre cabinet comptable, et la réputation de Samson et Associés n’est plus à faire.

La politique

Mais on connaît aussi Pierre Samson le politicien. Ou plutôt celui qui aurait bien aimé être politicien.

Il a cependant été défait à l’investiture libérale dans Gatineau, en 2014, par Steven MacKinnon. « Par 30 voix », se rappelle-t-il. Et il n’a pu convaincre la majorité des Gatinois du Vieux-Hull de voter pour lui aux élections municipales de novembre dernier, alors qu’il a été défait par le conseiller municipal Cédric Tessier dans le district de Hull-Wright.

« Je me suis présenté au poste de conseiller pour aider les résidents et les gens d’affaires du Vieux-Hull, dit-il. Je suis un p’tit gars du Vieux-Hull. C’est mon secteur, mon chez-nous, ma cour. J’ai été élevé sur la rue Notre-Dame. Je voulais aider les miens et c’est la raison pour laquelle je me suis présenté. Mais les gens m’ont étiqueté comme étant un méchant entrepreneur.

— Ou comme le candidat de Gilles Desjardins, que je lui lance.

«Mais je ne travaille pas pour Gilles Desjardins. Il n’est même pas mon client et je n’ai jamais fait affaire avec Brigil. Oui, je le connais, on se rencontre dans les 5 à 7 et Gilles est présent partout. Mais suis-je pour les deux tours Brigil de la façon dont elles ont été présentées ? Gilles se dit prêt à financer la rénovation de certaines maisons. Il négocie et c’est ce qu’il faut faire. Et quelque part, il faut améliorer le centre-ville parce que présentement, il fait pitié. Mais à écouter certaines personnes, on n’aurait pas de Place du Portage, on n’aurait pas de Terrasses de la Chaudière et on serait encore dans les années 1950. Oui, il faut protéger le Vieux-Hull. Mes bureaux sont d’ailleurs situés dans la maison Carrière (rue Victoria), une maison patrimoniale construite en 1888. Et jamais je ne voudrais qu’on la démolisse. Mais si quelqu’un voudrait l’intégrer à quelque chose de moderne, pourquoi pas ? Ça se fait couramment partout dans le monde.

— Avez-vous tracé une croix sur la politique ?

«On ne dit jamais non, mais j’ai 64 ans. Et je vais maintenant me concentrer sur la Chambre de commerce de Gatineau (où il sera élu par acclamation à la présidence le 5 juin prochain, à moins qu’une autre personne pose sa candidature avant la date limite du 27 mai). Et à titre de président, reprend M. Samson, je compte faire revivre le Conseil économique régional de l’Outaouais, que j’ai fondé en 2009. Et je pense que je peux faire un bon bout de chemin pour aider les gens d’affaires. »

Les bouchées doubles

Il y a quatre ans, l’organisme Entraide familiale de l’Outaouais (EFO) était au bord du gouffre.

Dix mille dollars devaient être trouvés dans les plus brefs délais ou l’endroit fermait ses portes, privant de nombreuses familles défavorisées de Gatineau d’une aide essentielle.

« Quand j’ai lu ça dans Le Droit à l’époque, je me suis dit que ça ne se pouvait pas, qu’on ne pouvait pas laisser ça fermer, raconte M. Samson. Alors j’ai envoyé une lettre à tous les gens d’affaires et un seul m’a répondu. C’était Ernest Lafortune, un chic monsieur. J’ai donné 5 000 $ à EFO, et M. Lafortune a donné 5 000 $. Puis peu après, j’ai décidé d’organiser une activité de financement en tenant la première édition des «Bouchées doubles». Et là, les gens d’affaires ont répondu, nous étions environ 300 personnes et on a amassé 65 000 $ ce soir-là pour EFO.

— Mais pourquoi teniez-vous à aider cet organisme ?

«Je viens d’une famille de 14 enfants. Quand j’étais jeune — et je n’ai pas honte de le dire — ma mère m’emmenait à la Saint-Vincent-de-Paul de la rue Eddy pour m’habiller. On n’était pas une famille riche et on faisait ce qu’on pouvait. Et beaucoup de gens nous ont aidés. J’ai encore ça à cœur et je tente d’aider à mon tour le plus que je peux. »

La quatrième édition des « Bouchées doubles » s’est tenue la semaine dernière, 150 personnes y ont pris part et tout près de 30 000 $ ont été amassés pour EFO.