Jasmin Roy parle ouvertement des années pendant lesquelles il a été victime d'intimidation en raison de son orientation sexuelle.

Le combat de Jasmin Roy

Comédien, animateur, journaliste, auteur, conférencier et metteur en scène... il porte tous ces chapeaux. Mais Jasmin Roy, 48 ans, se dit d'abord et avant tout comédien.
Vous l'avez peut-être vu dans son rôle de Mathias Bélanger dans Chambre en ville. Ou encore dans celui de Philippe Graton dans Caméra café. Il a aussi été chroniqueur à l'émission Salut Bonjour et animateur de l'émission De bouche à oreille au réseau TVA. Et il assure la mise en scène d'innombrables spectacles d'humour et de pièces de théâtre.
En 2010, Jasmin Roy a ajouté une autre corde à son arc en devenant auteur du best-seller Osti de fif!, une autobiographie dans laquelle il raconte comment il a été victime dans sa jeunesse d'harcèlement, d'intimidation et de violence en raison de son homosexualité.
Le succès phénoménal de ce premier livre a mené à la création de la Fondation Jasmin Roy qui a comme mandat principal de soutenir les écoles dans leur lutte pour contrer l'intimidation, mais aussi de sensibiliser la population à cette injustice qu'est l'homophobie.
Et l'an dernier, il signait un deuxième ouvrage intitulé La quête du p'tit Roy, dans lequel il explique son cheminement et sa quête spirituels.
Jasmin Roy était de passage à Gatineau la semaine dernière pour donner une conférence, à l'Université du Québec en Outaouais (UQO), sur l'intimidation.
LeDroit l'a rencontré.
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LeDROIT : Quand et comment a débuté l'intimidation à votre endroit ?
JASMIN ROY : Quand j'avais 10 ou 11 ans, en sixième année. Quand mes parents sont déménagés de Montréal pour aller vivre sur une ferme près de Warwick, dans le Centre-du-Québec. Je suis venu au monde avec des problèmes aux jambes, j'ai fait de la physiothérapie à l'âge de deux ans pour apprendre à marcher. Donc à l'école, je ne pouvais pas courir aussi vite que les autres, je ne pouvais pas faire les mêmes activités physiques à cause de mon léger handicap. Et aussitôt que je suis arrivé en milieu rural, où les garçons sont plus forts physiquement, c'est là que j'ai été ciblé comme un fif, une tapette. Et ce, avant même que je sache que j'étais homosexuel. Et l'intimidation verbale, physique, mentale et répétée a duré jusqu'au secondaire V.
LD : Et les conséquences de cette intimidation incessante ?
JR : J'ai eu des troubles d'anxiété qui ont commencé à se manifester au secondaire II. À l'époque on ne parlait pas beaucoup d'anxiété. Je me réveillais la nuit de deux à trois fois par semaine. Je tremblais pendant une heure ou deux, et ensuite je vomissais. C'était mon quotidien jusqu'au secondaire V. J'ai recommencé à avoir des troubles d'anxiété à l'âge de 27 ans. Je n'ai pas eu de pensées suicidaires, contrairement à la moitié des gens qui sont victimes d'intimidation de façon prolongée, mais j'ai traversé un désespoir profond. J'ai eu des troubles d'anxiété et de dépression et il a fallu que je me fasse soigner. J'ai fait de la psychanalyse pendant un an et demi.
LD : Vous ne pouviez pas en parler à vos parents quand vous étiez étudiant au secondaire ?
JR : Je leur en ai parlé. Ils sont allés à l'école à un moment donné mais la direction n'est intervenue qu'une seule fois. Et il n'y a jamais eu de suivi. Et pourtant, comme je dis dans mes conférences, un enfant victime d'intimidation doit être pris en charge. Il ne faut pas l'abandonner. Parce que si on l'abandonne, il se referme sur lui-même. Encore aujourd'hui, le tiers des jeunes sont convaincus que les adultes sont inaptes à les sortir de ce problème.
LD : Mais vos parents ne voyaient pas que ça n'allait pas ? Un enfant n'est pas censé se réveiller durant la nuit en tremblant et en vomissant.
JR : Ma mère m'a emmené chez le médecin. J'ai passé des tests. Et je me rappellerai toute ma vie de ce que le médecin a conclu. Il a dit à ma mère : « Il n'a rien physiquement, cet enfant-là. Ce doit être les hormones d'adolescence et il a l'estomac nerveux. Faites-lui manger du riz et de la salade et ça va passer. » Mais je n'en veux pas à ce médecin. Il était le seul médecin de famille à Warwick et des enfants dépressifs, à l'époque, ça ne se pouvait quasiment pas.
LD : Vous donnez beaucoup de conférences dans les écoles et les universités. Remarquez-vous une amélioration en ce qui a trait à la lutte contre l'intimidation ?
JR : Je pense que oui. Je pense qu'on a avancé beaucoup. Mais il y a encore énormément de chemin à faire.
LD : Je pourrais vous nommer quelques personnalités connues de l'Outaouais et de la région d'Ottawa issues du monde politique, culturel et des affaires qui sont homosexuelles, mais qui, pour des raisons qui leur appartiennent, refusent de le dire publiquement. Votre opinion sur ces gens ?
JR : Je trouve ça triste. Je trouve ça injuste pour les jeunes parce qu'ils sont en pénurie de modèles. Surtout des modèles immédiats. Je vais dans des écoles et j'ai des profs qui s'approchent de moi pour me chuchoter à l'oreille : « Moi aussi, je suis gai. » Mais arrête ! T'es gai, les jeunes se traitent de tapettes autour de toi et tu ne dis rien ! ? Je trouve qu'il y a un problème. Le modèle immédiat est encore plus fort que le modèle public. Quand tu vois des ministres, des députés, des chefs d'entreprises ou des avocats dire ouvertement qu'ils sont gais, c'est bon. Ça donne aux jeunes l'impression qu'il y a une place de choix pour eux aussi. Je connais des personnalités qui ne le disent pas publiquement, mais qui sont vues par des jeunes l'été dans le village gai. Donc les adolescents se posent la question : a-t-il honte ?
LD : En terminant, M. Roy, que faites-vous pour décrocher ?
JR : Rien ! (Rires.) Honnêtement, je suis très casanier. Mon conjoint aussi. On est pas mal pantouflards. Je suis tellement dans le monde qu'à un moment donné, j'ai le besoin d'être à la maison, me reposer, faire un bon pâté chinois, allumer un feu. C'est surtout ça que j'ai besoin pour décrocher.