Jacques Demers

Le coach Demers

On peut bien sortir Jacques Demers du hockey, mais on ne peut pas sortir le hockey de Jacques Demers...
Il a beau être sénateur canadien depuis quatre ans et demi, le coach sera toujours le coach. Selon lui, le chef libéral Justin Trudeau a un plan de match. Les sénateurs conservateurs forment une équipe. Être sénateur est beaucoup moins exigeant au niveau du temps que d'être entraîneur d'une équipe de la Ligue nationale de hockey (LNH). Un peu plus et il ajoute qu'il donne quotidiennement son 110%, que la puck roule pour lui ou non.
Mercredi dernier, Justin Trudeau a surpris le monde politique en expulsant du caucus de son parti les 32 sénateurs libéraux nommés au Sénat par les anciens premiers ministres Jean Chrétien, Paul Martin et même son père, Pierre Trudeau. Un geste sans précédent.
Qu'en a pensé Jacques Demers, le sénateur conservateur?
«Il y a deux équipes au Sénat, répond-il. L'équipe des libéraux et l'équipe des conservateurs. M. Trudeau est le chef des libéraux et il peut bien faire ce qu'il veut avec son équipe. Nous, dans l'équipe des sénateurs conservateurs, notre plan de match est de battre les libéraux dans les votes et ainsi de suite. Donc, si M. Trudeau se lève un matin et il pense que c'est l'affaire à faire avec son équipe, je ne peux pas questionner ça. Moi, je dois maintenir le respect que j'ai envers mes coéquipiers au Sénat et on doit continuer à travailler fort.
«Quand je préparais mon équipe contre Gretzky et compagnie, j'avais un plan de match. Et ce plan de match, tu n'y penses pas le matin d'un soir de match. Tu dois y penser pendant quelques jours. Je ne connais pas le plan de match de M. Trudeau, mais le temps dira s'il a pris une bonne décision.»
Jacques Demers, 69 ans, a l'air de plus en plus confortable dans sa «nouvelle vie». Après avoir été entraîneur dans la LNH pendant 14 ans et avoir gagné une coupe Stanley en 1993 alors qu'il dirigeait le Canadien de Montréal (la dernière du CH), il ne s'attendait jamais à recevoir un appel du premier ministre du Canada lui demandant de passer de la chambre des joueurs à la Chambre rouge.
Il a accepté l'offre de Stephen Harper en cette journée d'août 2009. Mais en sachant fort bien qu'il se lançait pour les prochains huit ans dans une tout autre game, qu'il connaissait très peu, même pas du tout.
«Dans ma carrière, dit-il, il y a eu deux tapis rouges sur lesquels j'étais très nerveux de marcher. Le tapis rouge du Canadien de Montréal et le tapis rouge du Sénat. Ici, au Sénat, je me demandais bien ce qui allait m'arriver. J'étais timide, j'avais peu d'éducation et c'était difficile; certains journalistes disaient que je n'avais pas d'affaire ici. Je n'ai pas à critiquer ces gens-là, ils ont droit à leur opinion. Mais j'ai voulu leur prouver le contraire et tout va bien jusqu'à maintenant.
- Et vous n'avez pas de difficulté à suivre la ligne du parti?, que je lui demande.
- Quand j'ai été assermenté, on m'a dit que je devais voter pour le parti lorsqu'il y a un vote. Mais il y a eu deux ou trois occasions où je n'ai pas voté avec mon parti. Quand (l'ancien sénateur libéral) Jean Lapointe voulait sortir les machines de vidéopoker des bars et restaurants, j'étais dans son camp et j'ai voté contre la ligne de mon parti dans ce dossier. Je m'attendais évidemment à recevoir un appel du bureau de M. Harper. Mais cet appel n'est jamais venu.
«Quelques jours plus tard, au caucus, je suis allé voir M. Harper pour lui expliquer pourquoi j'avais voté contre le parti. Il m'a dit: «T'as voté avec ta conscience, c'est ce qui est important.»
«J'ai été nommé par M. Harper et j'ai voté à 98% pour le parti. Mais quand ma conscience me dit non, c'est non. Et les mots de M. Harper m'ont donné confiance, j'ai réalisé que je pouvais être moi-même ici.
«Dans ma carrière d'entraîneur, j'ai toujours pensé à l'équipe d'abord et avant tout. Mais ça ne voulait pas dire que je devais être d'accord avec le directeur général de l'équipe quand il me demandait de faire jouer un joueur dont je ne voulais pas sur mon banc.»
Le coach Demers sur...
Les rumeurs de congédiement de Michel Therrien:
«Je trouve ça tellement injuste. À Montréal, il faut commencer à regarder ailleurs que l'entraîneur. Ils ont congédié de très bons coachs depuis que je suis parti et ils ne sont pas plus avancés. Marc Bergevin (le directeur général du CH) sait ce qu'il faut pour gagner. Et je suis convaincu qu'il n'est pas satisfait de son équipe. Il veut la grossir. Le Canadien a encore trop de petits joueurs. Et je suis convaincu que Bergevin sait ce qu'il lui faut comme joueurs. Mais il ne peut pas y arriver en un an ou deux. Et en même temps, il n'a pas le droit à Montréal de dire que son équipe est en reconstruction. On a les meilleurs partisans au monde, mais aussi les plus exigeants.»
Subban ou Karlsson?
«Si je devais choisir entre les deux, je prendrais Karlsson. Ce gars-là apporte une dimension unique à son équipe. Il contrôle le jeu. Mais je prendrais Subban dans mon équipe n'importe quand.»
Le meilleur joueur qu'il a coaché?
«Steve Yzerman. Et le meilleur gardien: Patrick Roy.»
Le Canadien participera-t-il aux séries éliminatoires?
«Je crois que oui. Ça commence devant le filet et, selon moi, Carey Price est parmi les cinq meilleurs gardiens de la ligue. Il mérite d'être avec l'équipe du Canada aux Jeux olympiques. Tout comme Subban le mérite.»
Et les Sénateurs?
«Il va falloir qu'ils élèvent leur jeu d'un cran. Et si Anderson revient au niveau qu'il était l'an dernier, ils feront les séries.»
L'équipe de hockey qui gagnera la médaille d'or aux Jeux olympiques.
«Il y a énormément de pression sur les Russes et ils ont toute une machine de hockey, mais avec Crosby en tête, je pense que le Canada répétera l'exploit.»
Et les gagnants de la Coupe Stanley.
«Les Ducks d'Anaheim.»
Un retour possible comme commentateur sportif à RDS, une fois sa carrière de sénateur terminée:
«Si je prenais ma retraite du Sénat, tu peux être certain que je retournerais à RDS. Mais pas à temps plein. Peut-être deux fois par semaine. D'ailleurs, RDS m'a récemment demandé de participer à L'Antichambre à l'occasion, quand le Sénat ne siège pas. Et je vais bientôt le faire.»