Philippe Wouters, chroniqueur et éditeur de Bières et Plaisirs, est arrivé au Québec en 2000... pour une fille de Papineauville.

Le biérologue venu de loin

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Le Gatinois Philippe Wouters est l’un des rares biérologues professionnels indépendants au Québec. Comme disait le comédien Olivier Guimond dans les publicités de la Labatt 50 des années 1960 : La bière, « lui, y connaît ça ! ».

Éditeur de Bières et Plaisirs, le plus important média francophone spécialisé dans le monde de la bière, Philippe Wouters est également auteur de trois ouvrages sur la bière (bientôt quatre). qui sont devenus des succès d’édition. Il anime plus d’une soixantaine de conférences par année au Québec et dans la francophonie internationale, et il a créé les Capsules Sensations, un système d’aide à l’achat utilisé par plus de 300 magasins dans la Belle Province. Philippe Wouters signe de plus une chronique hebdomadaire dans Le Droit et dans les cinq autres quotidiens du Groupe Capitales Médias, et il est chroniqueur radio et personne-ressource pour différents médias.

Notre ancien collègue journaliste, Jean-François Dugas, l’avait surnommé le « Obélix de la bière ». Car comme ce Gaulois des bandes dessinées, Philippe Wouters est tombé dedans quand il était petit.

« Je suis né et j’ai grandi en Belgique, là où la bière fait partie de la culture, explique-t-il. Et en Belgique, il existe de la bière de table que l’on donne aux enfants. J’ai toujours eu un verre de bière à Noël. À l’école primaire, quand j’avais sept ans, je me souviens d’avoir visité une brasserie avec la classe. Et le professeur avait le droit de choisir ou non s’il y avait une dégustation pour les enfants, lance-t-il en riant.

«À l’âge de 14 ans, reprend-il, je devais présenter un livre devant ma classe à l’école. Alors j’ai présenté un livre de Michael Jackson. Tout le monde connaît le chanteur. Mais ce Michael Jackson était un biérologue anglais qui faisait deux fois et demie le poids du chanteur, et qui avait sorti un livre qui s’appelait Les grandes bières de la Belgique. Et j’ai eu une révélation. Je ne savais pas quand je voulais le faire (devenir biérologue), je ne savais pas avec qui j’allais le faire, mais je me suis dit : ‘un jour, je vais parler de bière’. Et ce qui m’a toujours allumé, c’est l’humain derrière la bière. C’est le gars qui la produit. C’est l’histoire derrière le nom de la bière, etc.».

De Paris à Papineauville

Philippe Wouters, 39 ans, a quitté sa Belgique natale à l’âge de 22 ans pour immigrer au Québec, en Outaouais, plus précisément. 

«Sur un coup de cœur et un coup de tête, lance-t-il. J’ai rencontré une fille à Paris qui m’a dit qu’elle habitait Papineauville. Il a donc fallu que je trouve Papineauville sur une carte et j’ai décidé de suivre cette fille et d’aller m’installer là-bas dans la Petite-Nation. Je suis arrivé à Papineauville le 25 juillet 2000 avec un baccalauréat en génie mécanique avec une option en informatique industrielle, et de venir m’établir ici a été la meilleure décision de toute ma vie parce que j’ai pu découvrir le Québec. Mais j’avoue que de partir d’une ville de six millions d’habitants (Paris) pour aller vivre dans un village de 600 habitants a nécessité une certaine période d’adaptation. Un jour, par exemple, j’ai demandé où se trouvait le métro et on m’a dirigé vers l’épicerie Métro. (Rires). Mais j’ai été très vite accepté par les gens de Papineauville. Je suis un peu devenu la mascotte du village, laisse-t-il tomber avec une pointe d’autodérision. Et je me suis très vite senti chez moi au Québec. Et lorsque moi et cette fille rencontrée à Paris nous sommes séparés, à peu près un an après mon arrivée, j’ai décidé de rester ici. J’étais rendu professeur d’informatique à La Cité (à Ottawa) et je me suis rapproché en déménageant à Gatineau où j’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme et la mère de nos deux enfants âgés de 12 et 10 ans.»

Philippe Wouters a lancé en 2009 la revue Bières et Plaisirs, qui est publiée en 75 000 exemplaires six fois par année et disponible dans plus de 1 500 points de distribution au Québec et en Europe. Il vit de sa passion depuis.

«Si je devais résumer mon travail en une phrase, dit-il, je dirais : ‘augmenter la culture bière au Québec’. Qu’on cesse de voir la bière comme un produit d’alcoolique qu’on boit à la bouteille, debout». » 

— Et quelle est la meilleure bière sur le marché ?

— Il n’y en a pas, répond-il, il y en a plusieurs. Mais ma bière fétiche vient de la brasserie Dupont, en Belgique. Il s’agit d’une bière que cette brasserie sort dans le temps des Fêtes et qui s’appelle Avec les bons vœux de la Brasserie Dupont. C’est une blonde, ronde, avec une superbe signature et une finale incroyable. C’est une bière magique que la LCBO offre tous les ans dans le temps des Fêtes. Je la connais depuis que je suis enfant. »