Yvon Malette est à la tête des Éditions David depuis 25 ans.

Le beau rêve d’Yvon Malette

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Son autobiographie s’intitule Entre le risque et le rêve. Un titre bien choisi, puisque c’est son histoire. Yvon Malette a rêvé, il a risqué le tout pour le tout, et son « rêve un peu fou », dira-t-il, s’est concrétisé. Cette année, la maison d’édition franco-ontarienne d’Ottawa les Éditions David — son risque et son rêve — fête ses 25 années d’existence.

Yvon Malette, 75 ans, de Lefaivre dans l’Est ontarien, a été professeur de littérature à l’Université d’Ottawa et au Cégep de l’Outaouais pendant plus de 30 ans. Titulaire d’un doctorat en littérature, père de quatre enfants et grand-père de six petits-enfants, il a aussi été entrepreneur, auteur et, bien entendu, éditeur.

C’est justement ce titre d’éditeur qui le caractérise le mieux. « C’est ce qui m’a marqué le plus. C’est peut-être là où je me suis épanoui le plus », affirme-t-il.

En 1993, Yvon Malette attendait impatiemment le feu vert d’une maison d’édition pour publier deux œuvres qu’il avait écrit : L’autoportrait mythique de Gabrielle Roy (sa thèse de doctorat) et Grand-mère racontait….

« Ça faisait deux ou trois ans que je patientais, se souvient-il. Une maison d’édition de Montréal attendait de recevoir une subvention, mais rien ne débloquait. Puis enfin, j’ai dit à mon épouse Kathy : ‘Je fonde une maison d’édition. Laisse-moi rêver’. Et j’ai foncé. »

Et de son sous-sol de sa maison d’Ottawa, les Éditions David voyaient le jour.

« C’était d’une grande naïveté, laisse-t-il tomber. Mais je pense qu’il faut risquer et oser pour réussir. Ç’a été pénible au début. J’avais épuisé pas mal toutes mes économies et mon comptable m’a dit un jour : «‘Ça suffit Yvon, tu vas bientôt frapper un mur’. Mais je lui ai répondu : ‘Laisse-moi rêver encore un peu’.

«J’avais de bons amis dans la communauté franco-ontarienne qui avaient des sous, poursuit-il. J’ai appelé six de ces copains, je leur ai demandé 2 500 $ chacun et, en après-midi, j’avais amassé 10 000 $. Ce qui aidait beaucoup. Il y avait aussi des subventions (gouvernementales) qui entraient ici et là à coups de 2000 $ ou 3000 $. Mais je dois souligner l’appui que j’ai obtenu de l’avocat André Champagne (originaire de Vanier) du cabinet Emond Harnden. Si André et ce cabinet d’avocats n’avaient pas été là durant les premières années où il y avait beaucoup de turbulence, je ne suis pas sûr que la maison les Éditions David aurait fêté ses 25 ans cette année. Je ne suis pas sûr du tout. Ces gens m’ont appuyé financièrement. Emond Harnden m’a donné plus de 25 000 $, ce qui est beaucoup ! Mais au-delà de l’aide financière, j’ai toujours senti d’André et d’eux une main sur l’épaule. Un encouragement. Un ‘lâche pas, tu vas y arriver’.»

Fort de cet appui inconditionnel, Yvon Malette a persévéré et sa maison d’édition a pris son envol. Et de 1993 jusqu’en 2008, année de sa retraite, les Éditions David ont publié près de 200 titres.

«C’est un succès d’équipe, dit-il humblement. Dès le début, j’ai eu l’appui de gens passionnés comme Réjean Robidoux, Yvan Lepage, Françoise Lepage, Roger Lemoine et Marc Pelletier. Ces gens m’ont donné la main dès la fondation. Marc (Pelletier) est là depuis 25 ans, mais les quatre autres sont décédés. Mais ces gens m’ont tenu la main jusqu’à leur décès. Les Éditions David, c’est beaucoup moins moi, qu’eux.

— Quel rôle ont joué les Éditions David dans l’avancement et l’épanouissement de la communauté franco-ontarienne ?

«Je pense qu’on a participé, avec d’autres maisons d’éditions et d’autres organismes culturels d’ici, à construire un patrimoine littéraire et à donner une place aux auteurs franco-ontariens. Mais on a aussi réussi à lever le drapeau en quelque sorte d’une fierté franco-ontarienne. C’est ce que j’ai essayé de faire. Ça ne suffit pas d’être Franco-Ontarien d’origine. Il faut le devenir de cœur. Et à partir de ce moment-là, on est fier de parler notre langue et de parler de notre culture.»

— Pourquoi avez-vous quitté votre maison d’édition en 2008 ?

«Il faut savoir partir, répond-il. C’est peut-être la meilleure façon d’assurer la pérennité d’une entreprise, surtout d’un organisme culturel. Partir, ça fait mal, il y a des deuils. Mais vient un moment où il faut qu’il y ait du renouveau. Et rendu à 65 ans, j’avais donné de mon meilleur, je pense. Et je crois que mon grand mérite dans ma vie, c’est que j’ai toujours su quand partir, préparer une succession et identifier un successeur. En 2008, j’ai trouvé en Marc Haentjens (son successeur aux Éditons David qui assumes depuis la direction de cette maison d’édition) un excellent gestionnaire et administrateur, et un être profondément humain. Lui et son équipe sont des gens attachés aux Éditions David. Ils forment une équipe qui sait donner la main aux auteurs.»

Son rêve est entre de bonnes mains, quoi.