Premier astronaute canadien à s’envoler dans l’espace, Marc Garneau est aujourd’hui ministre fédéral des Transports.

L’astronaute politicien

LA GRANDE ENTREVUE / « De là-haut, on voit vraiment que la Terre est le berceau de l’humanité, qu’elle est le seul endroit où nous pouvons coexister ensemble et qu’il n’y pas d’autres places où nous pouvons aller. C’est notre demeure. »

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a vu la Terre de l’espace. Premier astronaute canadien à s’envoler dans l’espace, il a effectué une première mission en octobre 1984 à bord de la navette spatiale Challenger. Et il s’est qualifié pour deux autres vols en 1996 et en 2000 vers la station spatiale internationale.

Il retient de merveilleux souvenirs de ses trois missions et il a vécu des expériences extraordinaires, affirme-t-il, durant ses 677 heures dans l’espace. Et il n’oubliera jamais le 28 janvier 1986. Ce jour-là, la navette spatiale Challenger — dans laquelle il avait pris place deux ans plus tôt — a explosé et s’est désintégrée 73 secondes après son décollage, provoquant la mort des sept membres de l’équipage, dont l’enseignante Christa McAuliffe, la première « passagère » de l’espace.

« C’était un choc, se souvient M. Garneau. J’étais au Johnson Space Centre, là où on s’entraîne, et nous nous nous étions tous arrêtés ce jour-là pour regarder le lancement. Mais 73 secondes après le décollage, on a vu quelque chose qui était complètement inattendu. D’un certain angle, on comprenait tout de suite qu’il s’agissait d’une explosion. Mais quelque chose dans notre tête nous disait : “non, ce n’est pas possible”. Nous étions incrédules. J’étais avec une quarantaine de personnes. On a entendu des soupirs. Puis on a entendu des gens pleurer au fur et à mesure qu’ils réalisaient ce qui venait de se passer. Et personne ne voulait se regarder. Parce que si nous nous regardions dans les yeux, nous admettions ce qui venait de se passer. C’était un moment très pénible et surréel. Je connaissais tous les astronautes à bord. Et j’avais rencontré Christa McAuliffe. Elle avait une personnalité rayonnante et elle était prête pour sa mission. »

LA POLITIQUE

Marc Garneau a été nommé vice-président exécutif de l’Agence spatiale canadienne en février 2001, et il est devenu son président en novembre de la même année. Et de 2003 à 2008, cet ingénieur de profession et officier de l’Ordre du Canada a occupé le poste de chancelier de l’Université Carleton, à Ottawa. 

En octobre 2008, Marc Garneau a été élu à la Chambre des communes comme député libéral pour Westmount–Ville-Marie et réélu dans cette circonscription en 2011. Puis en 2015, il a obtenu un troisième mandat, mais à titre de député de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount, cette fois.

Mais pourquoi passer de l’espace à la politique ? D’astronaute à politicien ?

« Il n’y a pas beaucoup d’ingénieurs et de scientifiques à la Chambre des communes et je me suis dit que je pourrais peut-être apporter quelque chose de ce côté-là, répond-il. J’ai une certaine sécurité dans la vie, mes enfants sont adultes, je pouvais prendre ce risque-là. Et je suis content d’avoir pris cette décision-là », assure le ministre des Transports. 

LES PETITS COUTEAUX

Marc Garneau en a surpris plusieurs, le mois dernier, en autorisant les petits couteaux munis d’une lame de 6 cm ou moins dans les avions. Certains députés du Bloc québécois et du Parti conservateur du Canada l’ont accusé de sacrifier la sécurité des passagers au profit d’un accommodement religieux. Et sa décision a été contestée de toutes parts, notamment par l’Assemblée nationale du Québec et les agents de bord du pays.

Mais le ministre Garneau n’a pas bronché et les lames de 6 cm ou moins sont permises à bord des avions depuis le 27 novembre dernier, comme elles sont permises par plusieurs autres pays depuis des années.

« Je trouve ça un peu réducteur que des gens puissent penser que c’est pour des raisons de religion, dit-il. Ça n’a rien à voir avec ça. C’est simplement pour des raisons de sécurité. En 2013, la dernière année qu’on a calculé ça, on a confisqué 75 000 petites lames (dans les aéroports canadiens). Les gens aiment avoir des objets qu’ils utilisent pour différentes raisons. Et pour moi, ce qui est important, c’est d’évaluer ce qui représente un risque. »

« Ma responsabilité en tant que ministre des Transports, ce qui important, c’est d’abord que personne ne puisse pénétrer dans la cabine d’un avion et en prendre le contrôle, poursuit-il. Et deuxièmement, qu’il n’y ait pas de possibilité d’explosion avec des explosifs qui seraient amenés à bord. (...) On a pris des mesures sévères après le 11 septembre 2001 et on veut le moins incommoder les gens dans la mesure du possible. Alors, des experts font l’analyse. Est-ce que ça représente un risque pour la sécurité ? Et ce n’est pas une petite lame qui va faire descendre un avion. »

« Je viens d’une carrière où la sécurité primait. Avant d’aller dans le programme spatial, j’étais dans la marine. La sécurité a toujours été une partie importante dans ma vie, dans toutes les occupations que j’ai eues. Et je prends ça extrêmement au sérieux. Je reçois des avis de beaucoup d’experts sur le sujet, et je crois que la majorité des gens sont très satisfaits de cette décision. »