Alexandre Pampalon et Isabelle Regout se penchent depuis trois ans sur la création d’un musée national des draveurs et des cageux, ou le Musée fluvial national Philemon-Wright.

L’art de créer un musée

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / La réputation de l’artiste-peintre gatinoise Isabelle Regout n’est plus à faire.

Ses œuvres ornent les murs et les pièces de nombreux édifices et de nombreuses galeries et institutions de la région, du pays et d’ailleurs dans le monde.

L’an dernier, la Ville de Gatineau a ajouté son œuvre Dompteur d’écueil à sa collection permanente du Musée de l’auberge Symmes. Il s’agit d’une imposante mosaïque formée de 350 kilos de pierre qui a nécessité deux ans de travail et qui rend hommage aux draveurs et aux cageux de la rivière des Outaouais.

Et c’est cette imposante œuvre qui a un peu été l’élément déclencheur pour le nouveau projet sur lequel Isabelle Regout et son conjoint, le musicien et poète, Alexandre Pampalon, se penchent depuis trois ans : la création d’un musée national des draveurs et des cageux. Ou le Musée fluvial national Philemon-Wright. C’est le nom que les deux artistes ont donné à leur projet, ou plutôt à leur « mission de vie », comme ils disent en souriant.

« On veut redonner à ces gens qui ont travaillé au péril de leur vie la noblesse et le regard historique dont ils ont droit, a dit Mme Regout. Et on veut rappeler aux nouvelles générations d’où l’on vient. »

Leur plan de développement pour ce nouveau musée compte 220 pages et il est abondamment illustré de photos de cageux et de draveurs recueillies un peu partout au pays et dans le monde. Leur collection compte à ce jour 600 photos, images et gravures, 500 livres, et plus d’une centaine d’artefacts. « Tout ça sera remis au musée », souligne M. Pampalon.

« Nous avons trouvé et acheté pratiquement tout ce matériel en ligne et sur les réseaux sociaux, reprend Mme Regout. Nous avons des photos et des œuvres qui proviennent de l’Australie, de la France, de l’Angleterre, des États-Unis et d’ailleurs dans le monde. On nous voit à l’étranger. Ils ont mis des mots et des images sur notre patrimoine, alors que nous sommes trop souvent portés à le banaliser. Mais tout est parti de l’Outaouais. La région d’ici était le plus grand chantier forestier au monde. Et l’industrie forestière constituait, jusqu’au milieu du XIXe siècle, la première source de revenus du Canada. »

« Les cageux fabriquaient d’immenses radeaux qui étaient de véritables villages flottants, enchaîne M. Pampalon. Ils remplissaient ces radeaux de milliers de billots de bois et ils partaient pendant deux mois sur la rivière jusqu’à Québec. Ils vivaient sur ces radeaux pendant deux mois. Près de 90 % du bois qui arrivait à Québec provenait de l’Outaouais. Et à Québec, 1500 navires attendaient pour embarquer ce bois et le transporter jusqu’en Angleterre. »

Les deux artistes prévoient de 7 à 10 ans de travail avant de concrétiser leur projet.

« On entame cette année le plan d’affaires, dit Mme Regout. L’échafaudage financier, nous sommes rendus là. »

Mais où prévoient-ils construire ce « musée des cageux et des draveurs » ? À Ottawa ? À Gatineau ?

« Les deux, répond M. Pampalon. Nous aurons deux pavillons. Un du côté Nord, à Gatineau, sur les terrains de Zibi. Et un autre du côté Sud, à Ottawa, sur les plaines LeBreton. »

« Il y a un bâtiment patrimonial sur le terrain de Zibi qui doit être conservé, renchérit Mme Regout. Nous leur avons présenté notre idée d’un musée qui remet en valeur le site et, pour eux, c’est une aubaine extraordinaire. L’idée les enchante. Mais ils ont un plan de développement de 10 à 15 ans pour monter leur projet. C’est par phases. C’est la même chose du côté des plaines LeBreton, c’est par phases que la Commission de la capitale nationale (CCN) compte procéder. Et nous sommes en lien avec les gens de la CCN pour parler de notre projet de musée. On veut être là au point de départ. Nous avons une vision d’un magnifique projet rassembleur pour les deux rives.

— Et votre carrière d’artiste à travers tout ça, Mme Regout, l’avez-vous mise sur la glace, comme on dit ?

— Une œuvre d’art, pour moi, c’est de prendre le temps d’exprimer quelque chose. Et pour l’instant, je suis en train d’apprendre un volet de mon histoire. Tout ça est en train de se traduire en œuvre. Ma prochaine œuvre (sur verre renversé) portera justement sur les cageux et sur le grand Jos Montferrand, le géant des géants. Mais il y avait des milliers de cageux et de draveurs sur la rivière qui réalisaient des exploits tous les jours. Ce n’était pas des gens ordinaires qui pouvaient faire ce métier-là. Ces gens sont devenus à leur façon des Jos Montferrand. Ce sont tous des héros. Des héros nationaux. »