Samantha Mongeon, sœur de Sabryna, a décidé de soutenir sa cadette jusqu’au bout.

L’amour d’une sœur

Samantha Mongeon, 21 ans, passait la veille de Noël chez elle avec son conjoint et les parents de ce dernier, à Buckingham. Sa sœur cadette, Sabryna, 18 ans, était chez sa mère, à Luskville. Les deux sœurs s’étaient parlées au courant de la journée pour planifier le souper de Noël du lendemain. Elles avaient bien hâte de se revoir et Sabryna ne pouvait attendre de remettre son cadeau à son filleul de quatre mois, Lucas, le fils de Samantha.

Vers 8 h le matin de Noël, le téléphone chez Samantha sonne. C’est sa mère au bout du fil. « Samantha, lui dit-elle, Sabryna a eu un grave accident et elle est à l’Hôpital de Hull ».

« J’ai paniqué, se souvient Samantha. Je pleurais, je ne pouvais plus parler, je pouvais à peine respirer. Sabryna est ma petite sœur, je l’ai toujours protégée. Ma belle-mère m’a dit qu’elle s’occuperait de mon fils. Alors mon conjoint et moi avons quitté pour l’hôpital, mais après une heure de déblayage puisqu’il avait beaucoup neigé cette nuit-là. Entre-temps, mon beau-père, le conjoint de ma mère, m’a rappelée pour me dire : «Sam, il faut que je te prépare. Ta sœur... il lui manque un pied». Là, c’était le summum de l’hystérie. Et lorsque je suis enfin arrivée à l’hôpital, je me suis effondrée dans les bras de ma mère. Je suis ensuite allée voir Sabryna, elle était dans un coma artificiel. Elle avait l’air morte. Ma sœur n’était plus là. J’ai dû sortir de la chambre, c’était trop. Puis vers 17 h, les médecins ont pris la décision de transférer Sabryna à l’unité des grands brûlés du CHUM (Centre hospitalier de l’Université de Montréal). Et c’est là-bas qu’on a su qu’elle devait être amputée des quatre membres. Et c’est Sabryna, une fois sortie de son coma artificiel, qui a donné le feu vert aux médecins pour qu’ils aillent de l’avant avec les amputations. »

On sait que Sabryna Mongeon a quitté sa mère vers 1 h 30 le matin pour rentrer à Gatineau. Elle a emprunté une route secondaire, elle a perdu le contrôle de son véhicule et elle a percuté un poteau d’électricité.

« Quand Sabryna s’est réveillée à l’hôpital de Montréal, de reprendre Samantha, elle nous a expliqué l’accident en détail. Lorsque le coussin gonflable s’est déployé, Sabryna a vu un peu de fumée. Elle a eu peur que l’auto prenne en feu, alors elle en est sortie. Et c’est probablement en mettant la main sur la portière qu’elle a été électrocutée. Elle nous a raconté que son corps s’est crispé, qu’elle a tremblé, puis qu’elle a perdu conscience. On pense qu’elle est restée inconsciente dans la neige pendant à peu près deux heures. Sabryna nous a expliqué qu’elle a repris connaissance, qu’elle a rampé jusqu’à l’auto et qu’elle a réussi à s’appuyer sur le capot. Elle avait déjà perdu son pied gauche à ce point-là et ses membres étaient gelés. Elle est restée appuyée sur le capot pendant environ une heure avant de trouver la force pour se redresser, puis elle a ensuite réussi à ramper jusqu’à la portière et rentrer dans l’auto. Elle a essayé de démarrer la voiture, mais ses doigts et ses mains étaient complètement gelés. Et elle ne pouvait pas utiliser son cellulaire pour les mêmes raisons. Elle est donc restée dans l’auto pendant une autre heure, consciente, en attendant que quelqu’un la trouve. Et elle nous a raconté que lorsqu’elle a vu les phares d’un véhicule qui approchait (vers 6 h), elle a crié «Help !». Mais ma sœur est francophone à 100 %. Elle aurait dû crier «à l’aide». Et quand l’homme qui l’a trouvée s’est approché, elle a réalisé qu’il était anglophone. Et depuis, ma sœur appelle cet homme son ange. Parce qu’elle ne sait toujours pas pourquoi elle a crié en anglais plutôt qu’en français. »

Le soir du Jour de l’an, Samantha a décidé de lancer une campagne de sociofinancement pour tenter d’amasser l’argent nécessaire pour la « nouvelle » vie de sa sœur et pour que sa mère puisse être au chevet de sa fille en tout temps. « Je ne savais même pas comment fonctionnaient ces campagnes et je ne croyais pas obtenir un seul sou, dit-elle. La première journée (le 2 janvier), on a amassé tout près de 1000 $ en dons offerts par des amis et des proches. Mais le matin du 3 janvier, soit le matin de la publication de l’histoire de Sabryna dans Le Droit («Le miracle de Noël»), l’argent s’est mis à entrer. À midi, on avait déjà dépassé l’objectif de 10 000 $. Et c’était rendu à plus de 30 000 $ à 18 h. Je ne le croyais pas. J’étais renversée. Puis les autres médias se sont mis à m’appeler, j’ai donné des dizaines d’entrevues, et on a reçu des dons de partout au Canada. Mais là, j’ai pris une pause des médias et des réseaux sociaux. J’étais épuisée. Je ne pouvais plus prendre tout ce stress. Le stress de voir ma sœur hospitalisée, le stress de donner des entrevues, le stress de prendre soin de ma famille, le stress de mes études. C’était trop. En l’espace d’un moment, je suis passée de l’anonymat aux nouvelles nationales. C’est très stressant tout ça. 

— Et comment va Sabryna ? Crois-tu qu’elle est assez forte pour passer à travers toutes les épreuves qui l’attendent ?

— Sa force me surpasse. Je n’aurais jamais pu imaginer ça. Ma sœur est une combattante. C’est ma petite sœur qu’on avait avant, mais en version 2.0. Comme une version améliorée puisque la force et le courage qu’elle avait déjà se sont amplifiés. Et au lieu de s’apitoyer sur son sort, elle tente de nous faire rire et de nous changer les idées. Sabryna a toujours dit ce qu’elle pensait, et elle le fait encore. Et avec les médicaments, c’est encore pire ! (Rires). Mais c’est correct ! C’est ma sœur comme je la connais et comme je l’aime. Et l’autre jour, elle m’a dit qu’elle a bien hâte de célébrer sa fête le 24 janvier prochain. Elle ne veut rien faire de spécial. Mais juste le fait de passer sa fête avec nous, c’est gros pour elle. Elle a un amour pour la vie incroyable. »