Melina Leroux est la nouvelle directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne.

La voix des jeunes Francos

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Il y a 10 ans, alors que l’ACFO de Prescott-Russell venait de lui décerner le prix jeunesse Thomas-Godefroy pour son engagement actif dans la promotion de la langue française et de la culture franco-ontarienne, Mélina Leroux déclarait au Droit qu’elle aimerait se lancer en politique dans le but de devenir, un jour, première ministre du Canada. Ou encore première ministre de l’Ontario. Rien de moins.

Lundi dernier, la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) la nommait directrice générale de cet organisme. Un bon choix. Titulaire d’un baccalauréat en sciences sociales spécialisé approfondi en sciences politiques avec une mineure en études des francophonies, cette jeune femme de 28 ans de Rockland a toujours été impliquée dans la francophonie ontarienne. Elle a travaillé pendant trois ans comme coordonnatrice des grands événements au bureau de la FESFO. Elle a donné des cours de formation en leadership organisés par le ministère de l’Éducation de l’Ontario. Et elle était jusqu’en février dernier agente, communications et relations communautaires au Commissariat aux services en français, à Toronto.

Mais la politique dans tout ça ? Mélina Leroux a-t-elle tracé une croix sur la Chambre des communes et/ou sur Queen’s Park ?

« La politique m’intéresse toujours, répond-elle. Encore aujourd’hui, j’écoute la période des questions à l’Assemblée législative (de l’Ontario) pendant que je travaille. Je trouve ça tellement intéressant. Donc peut-être un jour. Mais depuis que je suis revenue à la FESFO, j’ai développé un intérêt marqué pour le communautaire. Le communautaire a éveillé quelque chose en moi. T’apprends tellement, t’es sur le terrain, tu touches les gens, tu vois les gens s’impliquer, tu vois des résultats concrets.

«Oui, la politique est toujours là, en arrière. Mais je pense que je vais être à la FESFO pour un bon bout de temps. Je veux travailler avec les jeunes et m’assurer que notre organisme représente vraiment la jeunesse d’aujourd’hui et non la jeunesse d’il y a 40 ans.

Avez-vous l’impression que les plus «vieux» laissent une place aux jeunes ? Ou est-ce plutôt le contraire ?

«Les choses changent beaucoup depuis quelques années. Il y a de plus en plus d’organismes qui insistent pour avoir un représentant de la jeunesse à leur table. Ce réflexe est de plus en plus présent. Mais ça dépend aussi qui est autour de la table. Certains veulent des experts et ils ne considèrent pas les jeunes comme des experts. Même s’ils cherchent des experts sur la jeunesse. (Rires) Il y a des moments où les jeunes se sentent moins interpellés par ce qui se passe dans l’actualité. Donc on les sent moins impliqués. Mais ce n’est pas qu’ils soient moins impliqués, c’est que les sujets ne les interpellent pas. Si on parle d’environnement, ce sont souvent les jeunes qui se lèvent pour parler. Si on parle d’inclusion, ce sont souvent les jeunes qui diront «voici ce qu’on a besoin, voici ce qu’on doit faire». Beaucoup de sujets les interpellent. Et quand on leur donne la place, ils ont des choses intéressantes à dire. Prenez le temps de les écouter. Il faut arrêter de dire : ‘les jeunes sont l’avenir’. Non. Les jeunes sont le présent. Et si on ne leur donne pas la place maintenant et qu’on ne les laisse pas se prononcer sur des enjeux qui les touchent, ils n’auront pas plus de place dans l’avenir. Ils vont se décourager. La jeunesse est le présent. Ils sont là. Et les experts sur la jeunesse, ce sont les jeunes. Ce n’est pas moi, l’adulte de 28 ans. Ce n’est pas un directeur d’éducation. Ce sont eux, les jeunes. Posez-leur des questions et ils vous diront les vraies affaires. Et ils n’auront pas peur de le faire.» (Rires)

Son jeudi noir

Mélina Leroux était à l’emploi du Commissariat aux services en français de l’Ontario, le 15 novembre dernier, lorsque le ciel est tombé sur la tête des Franco-Ontariens. Non seulement voyait-elle l’Université de l’Ontario français — le projet phare de la FESFO — être remise aux calendes grecques par le gouvernement Ford, mais elle croyait qu’elle venait de perdre son emploi ! Quand on parle d’un «jeudi noir»…

«Le commissaire (François Boileau) a appris que ces coupes allaient se faire 30 minutes avant qu’elles soient annoncées, se souvient-elle. Mais nous, les employés, n’avons pas eu ce message-là. On l’a donc appris comme tout le monde. Dans les médias et sur les réseaux sociaux. C’était un choc pour tous. On ne connaissait pas les détails et on se disait qu’on venait de perdre notre emploi. C’est après qu’on a obtenu les détails et qu’on a su que nous serions transférés au bureau de l’ombudsman. On ne s’attendait pas à perdre notre bureau au complet.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez quitté cet emploi il y a trois mois ?

«Non. Il y avait une opportunité pour moi de revenir travailler à la FESFO. Et le fait de revenir dans la région (d’Ottawa) a joué beaucoup dans ma décision.»

C’est chez vous ici ?

«Absolument. Ma famille et mes proches ont toujours habité l’Est ontarien et ils y sont toujours.»

Et la Chambre des communes n’est pas très loin, si jamais…

(Rires)

«On verra. Mais comme je disais, je suis ici à la FESFO pour un bon bout de temps», conclut sa nouvelle directrice générale.