Fondée en 1974 par Gilles Julien, la chorale Les Chansonniers d'Ottawa s'est taillé une place de choix dans la région par ses spectacles dynamiques et son professionnalisme.

La vie en chansons de Gilles Julien

«De Feuille de gui jusqu'au Petit roiJean-Pierre a donné aux gens de chez moiL'espoir d'arriver juste Un peu plus loinOn y s'ra demain en quelques refrainsEt tous les Bozos, Bozos-les-culottesAuront bien grandi grâce à quelques notes...»
Cet extrait de la chanson C'est dans les chansons, de Jean Lapointe, résume bien les 40 ans d'existence de la troupe Les Chansonniers d'Ottawa.
Fondée en 1974 par Gilles Julien, cette chorale franco-ontarienne, qui a accueilli près de 600 choristes au cours de ses quatre décennies d'existence, s'est taillé une place de choix dans la région de la capitale nationale par ses spectacles dynamiques, son professionnalisme et son répertoire inépuisable, mais aussi par le rayonnement qu'elle a toujours donné à la langue française et à la culture franco-ontarienne.
Avec cette chorale, ce sont tous les francophones en province qui, en 40 ans, « auront bien grandi grâce à quelques notes ».
La rencontre entre Les Chansonniers et l'artiste Gregory Charles démontre bien la persévérance de cette chorale et la fierté de l'Ontario français qui l'habite et qu'elle propage aux quatre vents depuis si longtemps. Gilles Julien raconte.
« C'était en 2005. Gregory Charles avait créé le Mondial choral dans le but de réunir à Montréal des chorales de partout au monde pour prendre part à un festival d'une durée de cinq jours. Il y avait évidemment une sélection qui se faisait et les chorales intéressées à y participer devaient faire parvenir un disque compact de leurs performances.
« Mais moi, étant un peu baveux, j'ai décidé d'appeler Gregory Charles. Il a pris l'appel et je lui ai dit : "On va vous faire un disque, pas de problème. Mais je voudrais que vous teniez compte du fait que nous sommes une chorale francophone dans un milieu anglophone, et qu'on se débat en maudit pour être capable de travailler dans notre langue et de promouvoir le fait français. Ce serait une belle reconnaissance si vous teniez compte de ça parmi vos critères de sélection." Puis je lui ai demandé - si on était choisi - si on pouvait aller le voir à notre arrivée à Montréal afin qu'il nous donne un court discours et des conseils qui pourraient nous aider.
« Nous avons été sélectionnés et Gregory Charles est venu nous visiter à notre hôtel pendant que nous répétions. On lui a chanté trois chansons de notre répertoire et, après ces trois chansons, il a pris place au piano et a joué avec nous pendant près d'une heure. Il était censé rester une quinzaine de minutes ! »
Franco-Ontarien d'adoption
Chevalier de l'Ordre de la Pléiade et membre de l'Ordre des francophones d'Amérique, Gilles Julien, 79 ans, est originaire de Sillery, en banlieue de Québec. « Mais je suis Franco-Ontarien d'adoption, précise-t-il. J'ai vécu plus d'années en Ontario français qu'au Québec. »
Détenteur d'un doctorat en pharmacologie de l'Université Laval, il a enseigné pendant 11 ans à la faculté de médecine de cette même université.
En 1971, il a été recruté par le Centre national de recherches (CNR), à Ottawa, pour une période d'un an. Puis on lui a offert un autre contrat qui devait le garder dans la capitale nationale pendant une autre année. Il a cependant poursuivi sa carrière professionnelle au CNR au terme de ce deuxième contrat, et sa femme (feue) Françoise, ses quatre enfants et lui ne sont jamais retournés vivre au Québec.
Voulant s'établir dans un secteur francophone, il a choisi Blackburn Hamlet, un secteur voisin d'Orléans, dans l'est d'Ottawa. Et c'est là qu'il a fondé Les Chansonniers de Blackburn Hamlet, qui allaient éventuellement être rebaptisés Les Chansonniers de Gloucester, puis enfin Les Chansonniers d'Ottawa.
« Je m'étais joint à la chorale de l'église, se souvient-il. Nous étions 15 choristes et nous chantions des chants liturgiques. Et ces 15 personnes venaient d'un peu partout au Canada. Ils étaient tous des francophones du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de la Saskatchewan, du Manitoba, du Québec et de l'Ontario.
« Un jour, je leur ai demandé s'ils seraient intéressés à se regrouper les mercredis soirs pour chanter des chansons plus populaires. Des chansons, par exemple, de Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Gilles Vigneault et les autres. Ils ont tous accepté. Et après quelques rencontres, ils m'ont dit comment ils aimaient ces mercredis soirs parce que ça leur permettait de se réunir entre francophones et de parler français, eux qui étaient en majorité fonctionnaires fédéraux et qui ne travaillaient qu'en anglais. Alors je leur ai dit : "Dites-le à vos amis." Et à la prochaine rencontre, nous étions passés à 50 choristes ! Et Les Chansonniers n'ont jamais compté moins de 50 choristes depuis.
« Nous étions devenus un regroupement de francophones qui venaient de partout au Canada, mais qui se disaient tous Franco-Ontariens d'adoption. Et comme moi, ils ne demandaient rien de mieux que de promouvoir le fait français. »
Aux côtés de Vigneault
Les Chansonniers d'Ottawa ont partagé la scène, au fil des ans, avec de nombreux artistes tels Isabelle Boulay, Zachary Richard, Paul Demers, Kevin Parent, Daniel Lavoie, Édith Butler et j'en passe.
Mais c'est un spectacle au Centre national des arts (CNA) d'Ottawa avec le grand Gilles Vigneault que Gilles Julien se souvient le plus.
Un peu pour le privilège et l'honneur de chanter avec cette légende de la musique québécoise, mais surtout pour la méthode qu'il a utilisée pour inviter Gilles Vigneault à se joindre à sa chorale.
« Le Richelieu International fêtait ses 50 ans et on m'avait demandé d'être consultant sur le plan culturel, raconte-t-il. J'ai accepté et j'ai suggéré qu'on invite un grand nom de la musique francophone au spectacle du 50e anniversaire au CNA. Mais ils n'arrivaient pas à trouver qui que ce soit.
« Mon travail m'amenait souvent à Paris et, cette fois-là, j'ai décidé de séjourner à un hôtel qui était, m'avait-on dit, l'hôtel parisien préféré de Gilles Vigneault. Or, en arrivant à la réception et en regardant mes pièces d'identité, l'homme derrière le comptoir m'a dit : "Ah ! Vous êtes Canadiens ! Connaissez-vous Gilles Vigneault ?" Je lui ai répondu : "Oui, bien sûr." Et lui de répliquer : "Il est ici en ce moment." Le lendemain matin, je prenais mon petit-déjeuner avec lui. Et quand je l'ai invité à Ottawa pour notre spectacle, il a accepté. Quand je suis retourné au Richelieu International, je leur ai dit que j'avais trouvé un grand nom de la chanson. Et j'ai ajouté : "Il ne vous reste plus qu'à le payer !" », de conclure M. Julien en riant.
Les Chansonniers d'Ottawa présenteront un spectacle 40e anniversaire les 5, 6 et 7 juin prochain, au Centre des arts Shenkman, dans le secteur Orléans.
Pour se procurer des billets, téléphonez au 613-580-2700 ou visitez le shenkmanarts.ca.