Nancy Béliveau

La surprenante Nancy Béliveau

CHRONIQUE - LES GRANDES ENTREVUES / « Votre parcours est assez exceptionnel, lui ai-je lancé en entamant notre entretien.

— Je ne sais pas s’il est exceptionnel, a-t-elle répliqué. Mais il est atypique, c’est le moins qu’on puisse dire ! », a-t-elle ajouté dans un éclat de rire.

Nancy Béliveau est depuis 2014 présidente du conseil d’administration du Festival du film de l’Outaouais (FFO). Elle est aussi secrétaire de direction au département des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Mais dans une autre vie, comme on dit, elle a été militaire, policière, puis recherchiste, réalisatrice et productrice de nombreuses émissions de télé au Québec et en France, notamment de l’une des émissions les plus populaires des années 1990, Surprise sur prise. Un succès télévisuel créé, animé et réalisé par son père, le regretté Marcel Béliveau.

À l’âge de 18 ans, au moment où elle est couronnée Miss Teen Montréal 1980, se rappelle-t-elle en levant les yeux au ciel, Nancy Béliveau délaisse son « trône » pour se joindre aux Forces armées canadiennes.

« Je ne trouvais pas d’emploi et, comme tous les jeunes, je devais travailler chaque été, explique-t-elle.

Un jour, un ami m’a dit : «entre dans l’armée, tu vas trouver du travail là». Puis je me suis retrouvée avec lui dans l’armée, les deux parachutés dans un milieu qui ne nous convenait vraiment pas. Alors lui a lâché, mais moi j’ai persévéré. C’était d’abord un travail d’été, je gagnais 27 $ par jour. J’ai ensuite travaillé pour les Forces armées canadiennes pendant un an. Du travail de bureau principalement. »

De retour chez les civils, Nancy Béliveau a réalisé un rêve d’enfance en devenant policière pour la municipalité de Saint-Hubert. « Plus jeune, j’avais vu le film The French Connection, dit-elle. Et en regardant ce film, je me suis dit : «un jour, je serai policière». Et je le suis devenue. Je suis restée trois ans au sein de la force policière de Saint-Hubert. Puis une rencontre amoureuse a fait que j’ai quitté la police et que je suis partie vivre à l’étranger. »

Elle a quitté le Québec pendant trois ans pour vivre d’abord à Daytona Beach, en Floride. Puis son « amoureux » a été promu à un poste sur l’île paradisiaque de Maui de l’archipel d’Hawaï, là où elle a vécu un peu plus de deux ans.

SURPRISE SUR PRISE

Mais on est un peu coupé de la civilisation lorsqu’on habite le paradis. Et Nancy Béliveau ne savait pas à l’époque que son père créait au même moment une émission de télé qui allait devenir fort populaire et obtenir des cotes d’écoute… surprenantes.

Elle l’a cependant vite réalisé en rentrant à Montréal après une rupture amoureuse.

« Quand je suis revenue de mon île magique pas mal désenchantée, dit-elle, je suis arrivée au Québec et je me suis dit «mon Dieu !». Je n’avais pas de notion de l’ampleur de l’émission de mon père. Et tout à coup, je le réalisais. Un jour, je suis allée le visiter à ses immenses bureaux sur la rue d’Iberville. En attendant qu’il se libère, j’ai échangé avec l’un des directeurs techniques et celui-ci m’a dit que l’équipe était à la recherche un deuxième recherchiste pour l’émission. «Est-ce que ça t’intéresse ?», m’a-t-il demandé. En moi-même je me demandais : «ça fait quoi, une recherchiste ?». Mais je n’ai jamais eu froid aux yeux alors je lui ai répondu : «oui, pourquoi pas ?». Puis j’ai été embauchée comme recherchiste à Surprise sur prise. Sans même que mon père ne le sache ! ». Surprise Papa !

Nancy Béliveau a gravi les échelons au sein de l’entreprise paternelle. De recherchiste à productrice, en passant par les postes de scénariste et de réalisatrice. Elle se souvient d’avoir piégé Robert Charlebois, Jean-Pierre Ferland, Paul Buissonneau, Céline Dion, les Canadiens de Montréal et plusieurs autres vedettes québécoises. Puis elle a été transférée en France pour réaliser l’adaptation française de l’émission.

« J’ai quitté Surprise sur prise en 1995, se souvient-elle. Et j’ai continué là-bas où j’ai travaillé dans l’industrie de la télévision française pour de nombreuses émissions. Je suis restée 15 ans en France. Puis je suis rentrée à Montréal en 2005 en tenant ma valise d’une main et ma jeune fille de six ans de l’autre ».

C’est par un concours de circonstances que Nancy Béliveau s’est retrouvée en Outaouais, il y a un peu plus de dix ans. « Mais je suis ici pour rester, lance-t-elle en souriant. J’aime mon travail à l’UQO, j’aime mon rôle au FFO, je suis bien ici et je ne pars plus !». À souligner qu’elle s’est associée à Annie Coutu d’Aïsha Productions, il y a trois ans, pour la scénarisation d’un premier long métrage. « Le script est maintenant entre les mains d’un acteur québécois très connu et on attend sa réponse pour savoir s’il embarque », a-t-elle dit sans en dévoiler davantage.

Nancy Béliveau a offert hier une conférence — une causerie, plus précisément — dans le cadre de la 21e édition du FFO et de la Journée internationale de la femme.

« La Journée de la femme représente quoi pour vous ?, lui ai-je demandé.

— C’est d’être capable d’avoir sa propre identité, a-t-elle répondu. De se faire accepter, peu importe les différences. J’ai fait pas mal de métiers dans ma carrière qu’on appelle des métiers d’hommes. Quand j’ai commencé dans la police (en 1983), on comptait sept femmes pour 83 hommes. Et j’ai vécu des situations qui n’étaient pas toujours agréables. Je crois que — et je le dis très humblement — mais je crois que je fais partie des pionnières qui ont défoncé des portes pour que ce soit plus facile pour les jeunes femmes d’aujourd’hui. »