La sommelière Véronique Rivest a été nommée sommelière de l'année au Gala de la gastronomie québécoise le 29 avril dernier.

La Sommelière du peuple

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / La sommelière Véronique Rivest est comme le bon vin. Elle se bonifie avec l’âge.

Le 29 avril dernier, Mme Rivest a été nommée sommelière de l’année au prestigieux Gala de la gastronomie québécoise. Ce n’était certes pas le premier honneur qu’elle méritait, elle qui a acquis au fil des ans une réputation internationale dans sa profession.

On se souviendra qu’elle est devenue la première femme à faire un podium en obtenant la deuxième place au Concours du meilleur sommelier du monde à Tokyo, en 2013. Auparavant, la propriétaire du bar à vin Soif de la rue Montcalm à Gatineau avait remporté à deux reprises le titre de meilleur sommelier du Canada, en 2006 et 2012, nommée Femme du Vin 2007 à Paris, puis décroché le titre convoité de Meilleur sommelier des Amériques en 2012. Qui dit mieux ?

Mais que représentent tous ces honneurs et ces prix pour cette Hulloise diplômée du Collège Saint-Joseph qui a grandi dans le quartier Val-Tétreau ?

« Ça fait toujours plaisir, répond-elle. C’est touchant et gratifiant. Les concours, j’y participe surtout par envie de dépassement et de formation continue. J’ai toujours dit que de m’inscrire à un concours est pour moi comme un coup de pied au derrière pour me forcer à me mettre à jour et m’assurer que je ne tombe pas en arrière. C’est comme ça dans toutes les professions aujourd’hui. Ceux qui excellent sont ceux qui cherchent toujours à s’améliorer. On n’est jamais parfait, on passe notre vie à apprendre. C’est surtout ça les concours.

«Ensuite, poursuit-elle, les concours m’ont permis d’acquérir une certaine notoriété. Les gens me demandent parfois : «qu’est-ce que ça t’a donné d’arriver deuxième au monde ?». Je leur réponds que je fais la même chose que je faisais il y a 10 ans, sauf que maintenant, je le fais à l’international. J’ai commencé par le faire à Hull, puis à Ottawa, puis à Montréal. Je me suis fait connaître au Québec, puis au Canada. Et là, c’est l’international. Il y trois ans, Air Canada m’a invitée à être leur sommelière officielle. Je fais la sélection de la carte des vins pour la classe affaires. Les gens chez Air Canada m’ont approchée parce qu’ils voulaient s’associer avec une personnalité connue internationalement. Donc ces concours créent aussi des opportunités.

«Le Laurier de la gastronomie québécoise, par contre, est un prix remis par l’industrie. Et lorsqu’on est reconnu par nos pairs, c’est quelque chose de très valorisant», ajoute-t-elle en souriant.

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Véronique Rivest

Véronique Rivest, 53 ans, a fait ses études universitaires en littérature moderne et en commerce international. Deux domaines qui ont très peu à voir avec le monde du vin. Elle payait cependant ses études postsecondaires en travaillant comme hôtesse et serveuse dans des restaurants de la région de Gatineau et d’Ottawa. Et c’est dans ce milieu qu’elle s’est découvert une passion pour le service à la clientèle, pour la gastronomie et, bien entendu, pour le vin.

En 2014, cette mère de deux enfants âgés de 21 et 19 ans a réalisé l’un de ses rêves les plus chers. Soit celui d’ouvrir son bar à vin. Et au cours des cinq dernières années, le bar à vin Soif, à Gatineau, a acquis une réputation enviable et une clientèle fidèle.

Mais pourquoi à Gatineau ? Pourquoi pas Montréal, ou encore Québec, ou même New York ? Lorsqu’on est sommelière de calibre mondial et qu’on jouit d’une réputation internationale, on serait chaudement accueillie par les plus grandes villes au monde, non ?

«La réponse la plus simple, c’est parce que Gatineau est chez moi, répond-elle. J’ai passé ma vie à voyager, je voyage toujours beaucoup et j’adore ça. Mais ça fait du bien de se poser à la maison.

«Ma deuxième place à Tokyo en 2013 a été beaucoup médiatisée. Et c’est tout de même drôle parce que j’avais fait trois fois le meilleur sommelier du monde entre 2007 et 2013 et je m’étais classée parmi le top-15 chaque fois. La différence, c’est qu’il n’y avait pas les réseaux sociaux en 2007. On n’a pas parlé de ma 6e place cette année-là. Mais en 2013, tout le monde parlait de ma 2e position. Tout d’un coup, je donnais plein d’entrevues et plein de gens me connaissaient au Québec et au Canada. Mais pendant toutes ces années avant 2013, il y avait juste les gens de la région qui me connaissaient. J’ai fait des chroniques à Radio-Canada (Ottawa-Gatineau) pendant près de 20 ans. J’écrivais une chronique dans Le Droit. J’enseignais au Collège Algonquin et à l’Amicale des sommeliers du Québec en Outaouais. J’étais très impliquée localement et les gens me connaissaient. Et j’ai toujours eu beaucoup de soutien des gens d’ici. Pendant les dix années avant ce concours de 2013, il y avait juste les gens d’ici qui m’encourageaient et me soutenaient financièrement. Donc d’établir mon bar à vin ici, à Gatineau, c’est un peu redonner à ma région.

– En terminant, Mme Rivest, si vous aviez à recommander un vin à moins de 20 $ ?

– Dans le blanc, il y a un vin grec qui s’appelle Paranga. Il se vend 13 $ ou 14 $ à la SAQ. Ce vin sent le printemps. Et dans le rouge, je suggérerais aussi un vin grec, le Thymiopoulos. Il est à peu près 18 $. Il sent la confiture aux fraises. C’est un vin dans l’esprit d’un Beaujolais. Il est léger, frais. Ce sont deux très bons vins pour le printemps, si le printemps peut arriver.

«Et si vous me demandez quel est le meilleur vin, je vous répondrai : le prochain que je vais boire, lance-t-elle. Lorsque les gens me demandent quel est le meilleur vin, je leur réponds : «mettez toutes les bouteilles sur la table et la première qui sera vide, c’est lui le meilleur vin». (Rires). Ça dépend du moment, ça dépend avec qui vous êtes, ce que vous mangez. Ça change tout le temps. Il n’y a pas de meilleur vin. Moi, j’adore le partage. Et il n’y a pas de plus beaux moments que les moments qu’on passe à la table. Et pour moi, c’est ça un bon vin. C’est rassembleur. C’est d’être ensemble.»