Lucienne Cyr fait danser les gens de la région depuis un demi-siècle.

La Reine de la danse [VIDÉO]

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Lucienne Cyr fait danser les gens depuis un demi-siècle.

Le 25 mai prochain, cette charmante dame de Hull célébrera ses 87 ans. Et ce jour-là, elle fêtera aussi ses 50 ans comme professeure de danse.

Pas besoin de lui demander comment elle soulignera cette journée spéciale. « En dansant ! », répondra-t-elle de son chaleureux sourire.

Parce que Mme Cyr enseigne toujours. Le fox trot, la samba, le swing, le jive, la valse, la rumba, le tango, cha cha cha ! Nommez-les, cette octogénaire les enseigne toutes et les danse toutes. À la perfection.

« J’ai commencé à danser avec mon mari Gaëtan qui est décédé il y a huit ans, dit-elle. Nos deux enfants étaient alors âgés de huit et 10 ans. On allait danser partout, Gaëtan et moi. Mais à un moment donné, on a eu le goût de danser plus que des ‘slows et des vites’. Alors on a pris des cours et, quelques années plus tard, en 1969, on ouvrait l’École de danse Lucienne et Gaëtan Cyr, ici à Hull, dans le sous-sol de l’église Saint-Benoît. On offrait des cours de trois heures à 50 cents l’heure. Et ces cours étaient toujours plein à craquer, jusqu’à 20 couples par cours. Les classes étaient tellement pleines que mon mari et moi devions nous diviser le groupe, c’était rendu trop gros », se souvient-elle.

Aujourd’hui, Mme Cyr donne des cours privés et enseigne une fois par semaine à l’École de danse Chantal Cyr du boulevard Saint-Raymond, secteur Hull. Chantal, c’est sa fille. Et son fils, Guylain, a lui aussi son école de danse dans le secteur Gatineau.

« Mes deux enfants sont danseurs professionnels, dit fièrement l’octogénaire. Mais mon mari et moi voulions qu’ils apprennent plus que la danse. Qu’ils apprennent aussi la gestion d’une école, la comptabilité et tout ça. Nous voulions qu’ils aient leur propre école plutôt que d’enseigner pour quelqu’un d’autre. Ils ont bien réussi. Je suis fière d’eux. Et aujourd’hui, ma petite-fille Nicole, la fille de Chantal, enseigne aussi. Nous sommes des professeures de danse de mère en fille depuis 50 ans. »

Les milliers de danseurs qui ont eu la chance d’avoir Lucienne Cyr comme professeure ont appris de la meilleure, elle qui jouit d’une réputation nationale et internationale. Elle est juge de compétitions de danse et enseignante certifiée au Québec, au Canada et aux États-Unis. Et elle est diplômée de la prestigieuse « Imperial Society of Teachers of Dancing », à Londres, en Angleterre. Elle est la Reine de la danse, quoi.

« Plusieurs de mes élèves sont devenus danseurs professionnels, dit-elle humblement. Et la plupart des profs qui enseignent maintenant sont passés par moi. Je suis examinatrice certifiée, je peux faire passer des examens aux professeurs du Québec et d’ailleurs au Canada, ainsi qu’aux États-Unis. »

La question se pose : comment fait-on pour garder la forme et enseigner la danse à l’âge de 86 ans, bientôt 87 ?

« C’est de l’entraînement, c’est l’exercice, répond Mme Cyr. La danse me garde jeune. C’est de l’exercice à tous les points, pour presque toutes les parties du corps. Même la tête puisqu’il faut pratiquer sa mémoire. Et j’étudie tout le temps. Je cherche toujours une façon de m’améliorer. À la maison, je suis comme une jeune élève, je fais mes devoirs. Je m’alimente bien aussi, j’ai un bon train de vie, je suis au lit à 20 h 30 et debout à 4 h ou 5 h le matin. Je n’ai pas toujours été comme ça. À l’époque, je finissais d’enseigner à minuit, donc je ne me levais pas avant 9 h. Mais aujourd’hui, j’enseigne seulement un cours le lundi soir ici, à l’école de ma fille. Et ce sont des groupes assez avancés, des anciens. Parce que ce n’est pas tout le monde qui accepterait de venir suivre un cours de danse enseigné par une vieille madame de 87 ans, ajoute-t-elle dans un éclat de rire.

— Et la retraite, Mme Cyr, vous y songez ?

(Elle me regarde longuement comme si je venais de lui poser la question la plus bizarre qui soit).

— Non, je ne pense pas à ça, répond-elle enfin. Je suis trop jeune !, lance-t-elle en souriant. Quand j’étais plus jeune, je disais que lorsque quelqu’un prend sa retraite, c’est parce qu’il est rendu trop vieux pour travailler. Et je ne suis pas trop vieille pour travailler. Et de toute façon, la danse n’est pas un travail pour moi, c’est une passion. Et cette passion ne me quittera jamais. »

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Une soirée spectacle et danse en l’honneur des 50 ans de carrière de Lucienne Cyr se tiendra à l’École de danse Chantal Cyr, le samedi 25 mai prochain. « J’ai invité tous les anciens élèves de ma mère que j’ai pu retracer, a dit sa fille Chantal. Je sais que plusieurs d’entre eux ne dansent plus, mais ils peuvent simplement passer faire un tour pour un morceau de gâteau et revoir ma mère ».

Pour des billets ou pour de plus amples renseignements : Chantal Cyr, 819-777-1768.