Audrey Bureau, 30 ans, a été élue conseillère municipale du district d’Aylmer, à Gatineau.

La politique dans le sang

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Elle a été technicienne en santé animale pendant plusieurs années dans des cliniques vétérinaires de la région. Elle est retournée aux études en techniques policières. Elle a découvert une passion pour le droit dans le cadre de ses études pour devenir policière et elle est aujourd’hui titulaire d’un baccalauréat en droit de l’Université d’Ottawa et diplômée de l’École du Barreau. Avocate, elle a occupé le poste d’attachée politique du député fédéral du Pontiac, William Amos. Et dimanche dernier, Audrey Bureau, 30 ans, a été élue conseillère municipale du district d’Aylmer, à Gatineau.

Mais malgré son expérience et son impressionnant parcours, les Gatinois la connaissent d’abord et avant tout comme la fille de l’ancien maire de Gatineau, Marc Bureau, et de l’ancienne conseillère municipale de Hull, Christiane Gourde-Bureau.

« Je m’attendais à ce que les gens m’identifient comme la fille de l’ancien maire, dit-elle. Et c’est normal, c’est bien correct. Et au cours des prochaines années, je devrai faire mon nom afin que les gens apprennent à me connaître. Ceci étant dit, ce n’est pas parce que je veux faire mon nom que je ne suis pas fière de ce que mes parents ont accompli et des valeurs qu’ils m’ont transmises. Bien au contraire. »

Audrey Bureau, à l’instar de ses parents, est mordue de politique municipale. Et comme Obélix le Gaulois, elle est « tombée dedans quand elle était petite ».

« Quand j’ai accepté le poste d’attachée politique au fédéral, dit-elle, c’était clair que j’allais poser ma candidature aux élections municipales (de novembre 2017). Dès mon embauche en avril 2016, j’ai averti mes patrons que je quitterais à la prochaine campagne électorale. Et pour moi, ce n’est pas tant la politique qui me passionne, mais bien l’engagement social. Ce n’est pas de faire de la politique, c’est d’aider la communauté. Je suis assez directe, je dis ce que je pense et ce n’est pas une game pour moi. Pour moi, la politique, c’est aider les gens.

“Tout ça vient clairement de la façon dont j’ai été élevée, poursuit-elle. J’avais cinq ou six ans quand ma mère a été élue. Et je me souviens d’avoir travaillé durant sa campagne, d’avoir distribué des dépliants et tout ça. Et je l’accompagnais souvent aux réunions du conseil municipal. Et ensuite, ce que j’aimais quand mon père était maire, c’est que sa secrétaire imprimait son agenda pour la semaine et elle nous en remettait une copie. De cette façon, mes deux sœurs, mon frère et moi pouvions identifier les activités qui nous intéressaient cette semaine-là et on accompagnait notre père à ces activités. J’adorais ça. Et c’était la façon qu’on pouvait passer du temps avec lui parce que mon père travaillait tout le temps. Il était à son bureau à la Maison du citoyen dès 5 h le matin, tous les matins, et il rentrait tard le soir.”

Marc Bureau était certes un bourreau de travail. Mais il a essuyé son lot de critiques durant ses huit années à la mairie de Gatineau. Et Audrey Bureau avoue que c’était parfois très difficile pour la famille d’entendre et de lire certains commentaires émis à l’endroit de son père.

“C’était extrêmement difficile, laisse-t-elle tomber. Tellement que nous nous sommes désabonnés du Droit à un moment donné. Ma mère ne voulait pas qu’on commence nos journées en lisant des choses comme ‘votre père est un cave’ et ‘votre père ne sait pas de quoi il parle’. C’était trop dur pour la famille. Je ne pense pas que ce l’était pour mon père, mais il ne voulait pas nous faire vivre ça. Et c’était la même chose quand il arrivait à la maison le soir, nous n’écoutions pas les nouvelles. Et de toute façon, mon père détestait se voir à la télé et s’entendre à la radio”, ajoute-t-elle en souriant.

Audrey Bureau sera assermentée mardi à titre de conseillère municipale du district d’Aylmer pour succéder à Josée Lacasse, une conseillère qui a été plutôt discrète et effacée durant son seul et unique terme. 

Audrey Bureau sera conseillère indépendante, faut-il souligner, car elle se dit contre la présence de partis politiques au niveau municipal.

“Ce n’est pas nécessaire au municipal, dit-elle. Et dans mon district d’Aylmer, ça ne passe pas, un parti politique. Ça ne passe absolument pas. Je le sais, ça fait un an que je fais du porte à porte, les gens me l’ont dit et j’ai obtenu 77 % des voix.

‘Les gens d’Aylmer attendaient un candidat qui allait démontrer qu’il allait être présent. Et je pense que j’ai répondu à cette crainte que les gens avaient, cette crainte d’élire quelqu’un qui allait les sous-représenter à nouveau. Et je pense que le travail de terrain que j’ai fait pendant un an a rassuré les gens.

— Comptez-vous siéger à la table du conseil municipal pendant plus d’un mandat ?

‘Si les électeurs de mon quartier le veulent, oui.’

— Puis ensuite, la mairie ?

‘Je me remets à peine de mon élection. Une chose à la fois !’, conclut-elle d’un éclat de rire.