Le ministre de la Famille et ministre responsable de l'Outaouais, Mathieu Lacombe, s'est entretenu avec notre chroniqueur Denis Gratton dans le cadre d'une grande entrevue.

La nouvelle vie de Mathieu Lacombe

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Il y a un an, l’ancien chef d’antenne du bulletin d’information de 18 h à TVA Gatineau-Ottawa devenu candidat caquiste dans la circonscription de Papineau, Mathieu Lacombe, était élu par une majorité écrasante aux élections provinciales.

Moins de trois semaines plus tard, le nouveau premier ministre du Québec, François Legault, nommait ce père de deux garçons âgés de six et de deux ans : ministre de la Famille et ministre responsable de l’Outaouais.

Un tel changement de carrière cause inévitablement de grands bouleversements, tant au niveau familial qu’au niveau professionnel. Mais le ministre Lacombe se dit heureux comme un poisson dans l’eau dans ses nouvelles fonctions. « Étrangement, j’ai l’impression d’avoir déjà fait ça (la politique) dans le passé, laisse-t-il tomber. J’ai beaucoup à apprendre, je suis un jeune politicien, mais je me sens à l’aise et je ne me sens pas intimidé par mes fonctions. On dit "faites un travail que vous aimez et vous ne travaillerez pas un jour de votre vie". J’ai un peu cette impression-là. »

Du côté familial, par contre, M. Lacombe avoue que les choses étaient beaucoup plus difficiles en début de mandat. Si bien que son épouse et lui ont décidé de quitter l’Outaouais pour s’établir à Terrebonne, à mi-chemin entre Québec et la circonscription que le ministre Lacombe représente à l’Assemblée nationale.

« On a pris cette décision en famille très tôt dans le mandat parce qu’on a rapidement constaté que la situation serait intenable étant donné que nous n’avons pas de famille en Outaouais qui pouvait nous donner un coup de main, explique-t-il. Donc on a pris la décision de se rapprocher de mes beaux-parents pour que ma conjointe puisse compter sur leur aide quand je suis à Québec. D’avoir mon domicile à mi-chemin entre l’Outaouais et Québec me permet d’avoir davantage de moments avec mes enfants, d’être plus présent et d’être plus efficace dans mes fonctions.

«C’est certain que c’est plus difficile pour ma conjointe puisqu’elle se retrouve avec la responsabilité de la famille sur ses épaules, affirme-t-il. Au moins, avec le choix qu’on a fait, elle peut avoir de l’aide de ses parents. Mais c’est certain que ce n’est pas facile. Je dirais même que c’est surtout difficile pour les enfants parce qu’on est passé d’un horaire où ils me voyaient tous les matins et tous les soirs, ainsi que les fins de semaine, à un horaire où on essaie d’attraper quelques heures à gauche, quelques heures à droite. Ce n’est pas évident, mais on essaie de maximiser les moments qu’on passe ensemble. Quand on est élu, on a un horaire exigeant. Mes journées à Québec débutent à 6 h 15 et se terminent rarement avant 21 h ou 22 h. Mais je pense qu’il faut être là (pour la famille) quand ça compte. C’était, par exemple, l’entrée à l’école de mon grand cette année. Donc j’ai pris les journées de congé nécessaires pour m’assurer d’être là lorsqu’il a pris l’autobus le matin et lorsqu’il est revenu de l’école. Même si ce n’est pas toujours facile, il faut s’assurer d’être là aux moments qui sont importants», d’ajouter le ministre de la Famille.

— Les gens de Papineau vous reprochent-ils ce déménagement à Terrebonne ?

— Non. Mes adversaires politiques me le reprochent. Par contre, sur le terrain, quand je rencontre les gens, ils me demandent comment va ma famille. «Vous êtes à Terrebonne maintenant, me disent-ils. C’est une bonne solution, on aurait fait la même chose». C’est ce que j’entends sur le terrain et ça me rassure beaucoup de savoir que les gens comprennent la raison derrière cette décision-là. Les gens me disent que j’ai fait le bon choix. Et j’ai tourné la page.»

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MATHIEU LACOMBE SUR…

… Sur l’installation d’une glissière à câble au milieu d’un tronçon de sept kilomètres de l’autoroute 50 entre Gatineau et L’Ange-Gardien, et le fait que certains experts ne recommandent pas une telle clôture sur ce segment de route. Ce qui a poussé l’opposition libérale à qualifier cette solution de «clôture de broche à foin» :

— «On a trouvé une solution innovante qui ne se faisait nulle part ailleurs au Québec et qui a été recommandée par les ingénieurs du ministère des Transports du Québec. On a fait ça en moins d’un an alors que le précédent gouvernement libéral n’a rien fait durant toutes les années qu’il a été au pouvoir. Et maintenant, on se fait critiquer par l’opposition. Si on n’avait rien fait, on se ferait aussi critiquer. Moi, je préfère me faire critiquer parce qu’on essaie quelque chose que de me faire critiquer parce qu’on reste les bras croisés. Cette solution (glissière à câbles) est un projet-pilote temporaire. On n’a pas la prétention de dire que ce sera parfait. Mais ça va améliorer la sécurité et réduire les face-à-face. Et nous allons élargir ce tronçon de l’autoroute 50 pendant notre mandat. »

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… Sur la survie des médias écrits, notamment celle du quotidien Le Droit :

— «Comme j’ai déjà dit, je ne peux m’imaginer l’Outaouais sans le quotidien Le Droit. C’est un outil essentiel pour notre communauté et pour notre démocratie, et un outil qu’on doit conserver. Le Droit a cette particularité qui lance souvent une journée. Qui peut influencer l’agenda politique du jour. Qui peut influencer les questions qu’on recevra comme élu. C’est certain qu’il faut qu’on fasse en sorte qu’il puisse survivre, mais surtout qu’il puisse s’adapter.

Les gouvernements ne pourront pas toujours porter à bout de bras les médias. Mais on a une responsabilité collective de les aider à survivre en ce moment, et ensuite de les aider à s’adapter.

— Est-ce que le fait que le siège social du Droit se trouve en Ontario peut remettre en cause l’aide financière aux médias écrits annoncée cette semaine par votre gouvernement ?

— J’ai posé la question à mes collègues (le ministre des Finances, Éric Girard, et la ministre de la Culture, Nathalie Roy), et on m’a assuré que ce ne serait pas le cas. Il n’y a pas eu d’ambiguïté, c’était clair. Le fait que le siège social du Droit se trouve à Ottawa n’est pas un enjeu. Le Droit aura droit à la même aide financière que tous les autres quotidiens. Selon moi, que le siège social soit à Ottawa ou à Gatineau, les journalistes vont continuer à faire le même travail. »