Charles Masse, surtout connu à Gatineau pour son rôle au sein du Groupe Heafey, est un touche-à-tout. Mais une chose est sûre, l'homme d'affaires a à coeur le développement du centre-ville de Gatineau.

La mission de Charles Masse

Il est copropriétaire de l'école de musique Sonart, du secteur Aylmer. Copropriétaire aussi de la firme Les traductions Caron-Masse, située sur la promenade du Portage. Le Lounge 426, un bar autrefois fort populaire qui se trouvait sur le boulevard Saint-Joseph, mais qui a fermé ses portes il y a trois ans, c'était aussi à lui.
Mais l'homme d'affaires originaire de Rouyn-Noranda, Charles Masse, 52 ans, est surtout connu à Gatineau pour son rôle au sein du Groupe Heafey, une société privée d'investissement immobilier qui brasse des affaires en Outaouais, à Miami, à Ottawa et au Nouveau-Brunswick, et qui, au cours des dernières années, s'est donnée comme objectif - pour ne pas dire comme mission - de revitaliser le centre-ville de Gatineau.
Vice-président aux opérations et développement du Groupe Heafey, Charles Masse est devenu ni plus ni moins le porte-parole de cette entreprise qui compte bientôt ériger des tours de 33 étages,pouvant accueillir 2500 personnes, au coeur de l'Île de Hull.
Et ce ne serait que le début...
«La revitalisation et la densification du centre-ville, c'est mon bébé, lance-t-il. Et j'ai bien l'intention de voir le centre-ville grandir, et grandir fort.»
Et comment voit-il cette revitalisation et cette densification?
«On a un problème qui est aussi un avantage, répond-il. L'avantage, c'est qu'on a près de 25000 fonctionnaires qui travaillent au centre-ville. Mais Hull a eu deux grands malheurs. Le premier, c'est en 1900, lorsque les feux ont ravagé 80% de l'Île de Hull. Donc quand les gens ont rebâti à l'époque, ils l'ont fait rapidement parce que l'hiver approchait et il fallait des toits. Ils n'ont pas rebâti en pensant au patrimoine qu'on conserverait pendant les 300 prochaines années. Ils ont reconstruit rapidement, le mieux qu'ils le pouvaient, pour subvenir à leurs besoins immédiats. De là pourquoi Hull n'a pas de caractère patrimonial intéressant, à part quelques petits éléments. Mais certainement pas comme à Québec, Trois-Rivières ou Montréal. Donc c'est très difficile de créer une âme autour de ce qu'était Hull au niveau immobilier.
«Puis en 1970, il y a eu les ravages causés par l'expropriation et la construction de grosses tours de béton pas nécessairement jolies. Donc, ce sont les deux grosses cicatrices que Hull a toujours. Et même des plaies béantes, selon moi.
«L'avantage, par contre, c'est qu'il y a beaucoup de grands terrains de stationnement au centre-ville qui sont disponibles pour développer. C'est très rare qu'on retrouve de grands espaces comme ceux-là dans un centre-ville. Et en plus, il y a 25000 personnes qui travaillent là et qui font de l'argent. Et ce qu'on veut offrir à ces gens, c'est la possibilité de se rendre au travail en marchant, à trois minutes de marche. Et ainsi sauver une heure et demie, parfois deux heures de trafic par jour.»
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C'est bien beau, des édifices à condos. Mais encore faut-il qu'il y ait de la vie tout autour, des commerces, des boutiques, des restaurants, des bistros et le reste. Un centre-ville, quoi. Un vrai.
Charles Masse est d'accord. Et selon lui, tout débute par le ruisseau de la Brasserie et la Place Aubry.
«Je suis bien content que le maire Maxime Pedneaud-Jobin ait mis de côté Destination Gatineau dans toute sa grandeur pour s'occuper du ruisseau de la Brasserie qui est un cours d'eau extraordinaire, dit-il. On a un diamant entre les mains. Un diamant pas poli. Et on va s'occuper de notre diamant avant d'essayer de se payer la bijouterie au grand complet.
«Je vois le ruisseau à une extrémité où il y aurait du kayak, du canot, du patin et des installations intéressantes où les artistes pourraient se produire. Et l'autre extrémité serait la Place Aubry et sa dynamique qu'on connaît. Et entre les deux, on veut mettre beaucoup de résidents et on croit que c'est possible.»
Questions en rafale
La différence, M. Masse, entre l'administration Pedneaud-Jobin et l'administration précédente de Marc Bureau?
«Maxime Pedneaud-Jobin me surprend agréablement. Il a une bonne vision de ce qu'est la politique. Une vision au niveau des médias, de l'économie, de la population et le reste. Et il semble avoir du cran.
«Et M. Bureau, en ce qui concerne le Groupe Heafey, a livré la marchandise. Il nous a apporté les outils pour densifier le centre-ville en éliminant des critères restrictifs qui n'avaient pas de bon sens, en augmentant le nombre d'étages permis, et, surtout, en offrant des crédits de taxe.»
Pour ou contre l'ouverture des bars jusqu'à 3h du matin?
«Au niveau du centre-ville, ça n'apporterait rien de plus. J'ai été propriétaire de bar et je sais qu'on attire la rapace entre 2h et 3h. Ce n'est pas ce qui revitaliserait le centre-ville. Ce n'est pas un outil de la sorte qui aiderait. Le Lounge 426 était l'un des plus beaux bars de la région à ses débuts. La clientèle se composait d'avocats, de médecins, de professionnels. Mais dès qu'on a eu du succès, la rapace et les gangs de rue sont arrivés. Et ce sera toujours comme ça. La seconde que t'as du succès dans ce domaine, la rapace arrive et ferme éventuellement la place. C'est triste.»
Avez-vous l'intention de faire de la politique un jour?
«La politique m'a toujours intéressé et fasciné. Mais pour faire le saut, il faudrait que je me départisse de tout ce qui touche l'immobilier. Je ne pense pas que je serais en conflit d'intérêt avec l'école de musique et mon bureau de traduction, mais je serais obligé de lâcher ce qui touche l'immobilier. Donc oui, la politique pourrait m'intéresser. Mais je ne pense pas faire le saut un jour. Disons que je serais le premier surpris!»
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Et à bien y penser, pourquoi se lancer en politique quand on a un centre-ville à construire...