Nathalie Lemieux est conseillère municipale du district de Touraine, à Gatineau.

La marchande de bonheur

CHRONIQUE / «J’ai trouvé ma place ici », affirme Nathalie Lemieux.

Sa place, c’est l’hôtel de ville de Gatineau. Et d’être la conseillère municipale du district de Touraine était, selon elle, son destin après une longue route tortueuse parsemée d’embûches et d’épreuves.

Élue en novembre dernier pour succéder à Denis Tassé, cette ancienne fonctionnaire fédérale et mère monoparentale d’une fille de huit ans affirme être comme un poisson dans l’eau à la table du conseil municipal. « J’ai eu une enfance extrêmement difficile, confie-t-elle. Et à un moment donné, je me suis dit : “Qu’est-ce que ça me sert d’avoir vécu toutes ces choses-là si je ne les mets pas à profit pour aider les autres ?” Mais je me suis toujours demandé où était ma place. Et quand je suis arrivée en politique municipale, j’ai tout de suite su que c’était ma place. Je n’avais plus aucun doute. »

Nathalie Lemieux préfère ne pas trop parler de son « enfance extrêmement difficile » par crainte de blesser des proches concernés. « Un jour, j’écrirai ce que j’ai à dire. J’ai le devoir de le faire », dit-elle.

Elle confie cependant que son père a quitté alors qu’elle était âgée de trois ans. Qu’elle a vécu son adolescence en familles d’accueil, et parfois dans la rue. « Et ces choses-là mènent à d’autres choses qui, elles, mènent à d’autres choses, laisse-t-elle tomber. Mais je n’ai pas fait de prostitution ou rien comme ça. Mais une nuit dans la rue est une nuit de trop. Et si vous étiez à ma place, vous vous diriez que c’est sûr qu’il y a un Dieu. Parce que c’est un miracle que je sois aujourd’hui qui je suis. Disons que les choses auraient pu bien mal virer. Mais j’ai travaillé fort pour me rendre ici. J’ai réussi à surmonter les obstacles parce que je me suis guérie et parce que j’ai fait ce que j’avais à faire pour ne pas laisser mes boulets du passé me suivre dans le futur. Et là, c’est le temps que tout ça serve à quelqu’un d’autre. »

Souriante et débordante d’énergie, la conseillère indépendante Nathalie Lemieux a, selon toute évidence, laissé ses démons du passé derrière elle. Si bien qu’elle se dit aujourd’hui marchande de bonheur. Rien de moins.

« Oui, une marchande de bonheur, répète-t-elle dans un éclat de rire. Ce que les gens m’ont mentionné le plus durant mon porte-à-porte, explique-t-elle plus sérieusement, c’est qu’ils sont tannés de la chicane à Gatineau. On m’a parlé de ça beaucoup plus que des taxes ou des nids-de-poule. Et ça m’a frappée.

« Moi, j’ai une façon de voir la vie, poursuit-elle. Et je me suis toujours dit qu’après tout ce que j’ai vécu, que je n’ai pas le droit de ne pas l’apprécier, cette vie. J’essaie d’être la personne la plus positive que je connaisse. Il n’y a jamais de problèmes, il y a juste des solutions. Je vois toujours le bon côté des choses. Et je suis certaine que c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai été nommée au comité exécutif. Pour ma capacité de voir le bon côté des choses et de trouver des solutions.

« Quand j’écoutais les débats du conseil municipal de Gatineau à la télé, je me disais toujours : “Si les élus passaient autant de temps à travailler ensemble qu’ils passent à se critiquer et à s’engueuler, ça ferait longtemps que le monde irait beaucoup mieux.” »

— Croyez-vous, lui ai-je demandé, que la présence d’un parti politique à la table du conseil est à la source de ces conflits ?

— Un parti politique, c’est durant les élections, répond-elle. Là, on n’est pas un parti politique, on est un conseil. Et on a le devoir de travailler ensemble pour que le citoyen ait confiance en nous. »


Nathalie Lemieux, 39 ans, a obtenu l’appui de son prédécesseur, le candidat défait à la mairie Denis Tassé, lors de la campagne électorale de novembre dernier. Et elle se dit reconnaissante envers lui. Mais elle a tout de même tenu à préciser cette semaine qu’elle n’est pas la dauphine de M. Tassé, comme elle a parfois été qualifiée par les médias au cours des derniers mois.

Pourquoi a-t-elle tenu à clarifier ce point ?

« Parce que, premièrement, je ne suis pas une dauphine, je suis une femme, répond-elle. Et deuxièmement, parce que j’ai travaillé tellement fort pour me rendre où je suis aujourd’hui. C’est moi qui ai passé toutes ces années à bûcher pour devenir la femme que je suis aujourd’hui. Et s’il y a un mérite, je le donne au Bon Dieu. Parce que sans lui, je ne serais pas là. Et je veux que les gens me reconnaissent pour qui je suis. Je ne suis pas là pour faire le travail de quelqu’un d’autre. Je suis là pour faire mon travail avec mes idées à moi. Et je trouvais important que la population le sache. »

— Vous êtes croyante ?

— Oui. Je ne vais pas à la messe tous les dimanches et je ne crois pas aux religions. Mais je crois en Dieu. Je crois en « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Mais le problème aujourd’hui, c’est que les gens ne s’aiment pas. C’est un grave problème de société. De là la drogue et tout ça. C’est parce que les gens ne sont pas capables de s’aimer. Et si tu ne t’aimes pas, comment peux-tu aimer ton voisin ? Moi, je m’aime. Et j’aime les gens autour de moi. C’est la raison pour laquelle je suis toujours de bonne humeur », conclut-elle en souriant.