Âgé de 62 ans, Luc Lavoie est revenu à ses premiers amours en 2016 en retrouvant le journalisme comme commentateur politique à l’émission La Joute, à TVA et LCN.

La longue joute de Luc Lavoie

CHRONIQUE / Certains le disent arrogant, agressif, et même un peu « baveux ». Luc Lavoie a entendu tous ces commentaires à son sujet, et plus d’une fois. Et cela l’indiffère.

Et ceux qui le connaissent bien diront tout le contraire. Ils parleront de lui comme d’un homme juste, courageux, brillant et d’une loyauté indéfectible.

« Je suis un gars qui dit ce qu’il pense et qui pense ce qu’il dit, explique-t-il. Et je suis surtout un gars — et ça m’a beaucoup servi dans ma carrière — qui n’aime pas entrer dans la parade. L’unanimisme dans une société me rebute. J’aime entendre l’argument inverse. J’aime challenger. »

On ne peut le contredire, puisque son côté fonceur et son style bulldozer l’a effectivement bien servi au cours des 40 dernières années. Son parcours est phénoménal.

De jeune journaliste inexpérimenté dans une radio locale de Matane « où quiconque avait une voix le moindrement agréable à entendre pouvait être embauché », dira-t-il sur une pointe d’autodérision, Luc Lavoie a oeuvré tour à tour comme correspondant parlementaire à Ottawa pour le réseau TVA, conseiller politique de l’ancien premier ministre Brian Mulroney, commissaire du Canada à l’Exposition universelle de Séville en 1992, gestionnaire de crise au cabinet de relations publiques National, et vice-président exécutif de Québecor.

Aujourd’hui âgé de 62 ans, ce natif de Rimouski est revenu à ses premiers amours en 2016 en retrouvant le journalisme comme commentateur politique à l’émission « La Joute », à TVA et LCN.

Et mercredi dernier, Luc Lavoie lançait son autobiographie intitulée « En première ligne — Le parcours atypique d’un communicateur ». Un livre de 300 pages préfacé par Brian Mulroney qui se lit comme un roman et qui nous replonge dans l’histoire politique du Canada des 40 dernières années, mais vu de l’intérieur et des coulisses.

« J’ai écrit ce livre pour que mes (deux) petits-enfants — à qui je dédicace ce livre — sachent qui était leur Papi, dit-il. Mais il y a aussi le fait que beaucoup de monde me demandait depuis plusieurs années de le faire. Mais à l’âge de 52 ou de 53 ans, je trouvais que ça faisait prétentieux. Mais là j’ai 62, c’est le temps. »

Dans son ouvrage, Luc Lavoie revient sur l’échec de l’Accord du lac Meech, son amitié avec Brian Mulroney et Lucien Bouchard, la douloureuse rupture entre ces deux hommes, l’affaire Airbus, la transaction Québecor-Vidéotron et tant d’autres événements qui ont défrayé les manchettes au cours des dernières décennies et dont il a été à la fois témoin et acteur privilégié. Et oui, il revient aussi sur son commentaire d’octobre dernier (« chasser les séparatistes ») qui lui a valu un court retrait des ondes de TVA, ainsi que « des milliers de messages haineux et des dizaines de menaces de mort ».

On apprendra aussi dans son livre que Brian Mulroney a frôlé la mort en 2005, atteint était-il d’une rare infection. « Le Secrétariat d’État (aujourd’hui Patrimoine canadien) avait même commencé à planifier des funérailles d’État », se souvient Luc Lavoie.

Et dans un passage a faire rire aux larmes, l’auteur raconte une visite au Sénégal durant laquelle, après une soirée très, TRÈS arrosée, il a par pure naïveté adopté un bébé ! Une histoire abracadabrante qui aurait pu lui causer de graves ennuis, et même lui coûter la vie.

« J’ai eu beaucoup de chance », dira-t-il sur cet épisode, mais aussi sur sa longue carrière et son parcours tout sauf banal.

Trudeau, Mulroney, Trump

Mais passons de sa biographie à son rôle de commentateur politique. Justin Trudeau est-il, selon Luc Lavoie, un bon premier ministre ?

« Il est moins pire que certains veulent le décrire, répond-il. Il n’a pas l’envergure de son père. Mais il est quelqu’un qui a su mettre à son service la machine de la fonction publique fédérale. Les hauts fonctionnaires à Ottawa ne sont pas des deux de pique. Et Trudeau a su les faire travailler avec lui. Évidemment, il joue beaucoup sur son image, parfois jusqu’à la caricature. Mais bon ou pas bon ? Je dirais qu’il est plutôt bon. »

Voyez-vous Caroline Mulroney (qu’il a bien connue) à la tête du Parti conservateur de l’Ontario ?

« Oui, je la vois là. Mais lorsque j’ai entendu parler, il y a quelques années, de son désir de se lancer en politique, j’étais un peu surpris. Caroline est très brillante, elle a une formation exceptionnelle, elle parle quatre langues. Mais j’ai été étonné parce qu’elle est une jeune femme qui a toujours préféré l’ombre à la lumière. Ce n’est pas quelqu’un qui court après les Kodak. Donc j’étais surpris. Mais pour le reste, c’est une femme extrêmement brillante. »

— La voyez-vous comme première ministre de l’Ontario ?

« Absolument. »

— Et avez-vous été surpris par l’élection de Donald Trump ?

« Complètement. Je n’en revenais pas. Je trouve que l’ignorance n’est pas une vertu. La vulgarité non plus. Et le narcissisme non plus. Je me disais que le bon sens allait prévaloir et qu’ils ne pouvaient pas élire un pareil con qui ment comme il parle. Alors non, je ne l’ai pas vue venir. Et espérons que sa présidence ne durera que quatre ans, et même moins. »