Un des problèmes à Gatineau, c'est que les citoyens n'ont pas d'identité, croit le conseiller Daniel Champagne.

La fierté gatinoise de Daniel Champagne

Les Gatinois qui habitent le district du Versant font mieux de s'habituer à leur nouveau conseiller municipal Daniel Champagne, celui qui a succédé en novembre dernier au très populaire Joseph De Sylva.
Parce qu'une fois que M. Champagne s'accroche, il ne lâche pas le morceau.
Âgé de 44 ans et père d'une fille de 19 ans et de jumelles de 15 ans, il a débuté sa carrière au gouvernement fédéral à l'âge de 18 ans. Et il y travaille toujours à titre d'expert-conseil en ressources humaines.
« Mais à des heures flexibles, précise-t-il, qui me permettent de donner tout le temps nécessaire à mon poste de conseiller municipal et à celui de président du conseil. »
Il était âgé de 14 ans quand il a rencontré celle qui allait devenir son épouse. Et ils sont ensemble depuis 30 ans.
Donc si la tendance se maintient, Daniel Champagne devrait représenter les gens du district du Versant jusqu'en 2044, minimum. Ce qui ferait très bien son affaire...
« J'adore mon nouveau rôle, lance-t-il. Et là où j'ai pris conscience que j'étais pour aimer la politique municipale, c'est lorsqu'une bonne amie m'a demandé : "Vraiment, Daniel ? Vas-tu vraiment vouloir que les gens t'appellent pour te dire que leur banc de neige est trop gros ?"  Je lui ai répondu : "Oui, c'est ce que je veux ! Mais pas parce que le banc de neige est trop gros ou parce qu'il y a des nids-de-poule, mais parce que ça me donnera l'opportunité de connaître les gens et de travailler avec eux." Ce qui me fait tripper dans la politique municipale, c'est de rencontrer et d'échanger avec les gens. Je pense que c'est la base de cette profession. »
(Et il est tellement fier de son titre de président du conseil municipal qu'il a demandé à notre photographe de le prendre en photo assis dans son fauteuil de président à la table des élus. La piqûre, quoi.)
Le « poulain » de De Sylva
Quand l'ancien conseiller du Versant, Joseph De Sylva, a annoncé sa retraite de la politique municipale l'été dernier, il a immédiatement donné son appui à Daniel Champagne pour lui succéder. Il a même agi comme directeur de la campagne électorale de son « poulain ».
Un geste que le conseiller Champagne a bien apprécié. Mais il avoue toutefois qu'il avait bien hâte de sortir de l'ombre du coloré Joseph De Sylva.
« Je dois avouer que ça m'agaçait au début quand les gens m'appelaient le poulain ou le dauphin de Joseph. J'avais hâte de remporter mes élections pour démontrer que lui et moi sommes deux personnes différentes. J'ai beaucoup appris de Joseph et j'ai un énorme respect pour ce qu'il a accompli. Mais je pense que la politique municipale est en train d'évoluer à Gatineau et je n'ai pas le même style que lui. »
« C'est quoi, un Gatinois ? »
Daniel Champagne a vu le jour dans le Vieux-Hull. Et il a habité, avec ses parents, chez sa grand-mère qui avait converti sa maison de la rue Taylor en maison de pension.
« La rue Taylor longe le ruisseau de la Brasserie, raconte-t-il. Le ruisseau était en construction quand ma grand-mère a décidé d'ouvrir une maison de pension. Donc les hommes qui construisaient le ruisseau habitaient chez elle, avec nous. Puis mes parents ont fait construire une maison dans le secteur Le Baron, à Gatineau, où nous sommes déménagés. Mes parents y vivent toujours. »
Daniel Champagne est donc un Gatinois à 100 %. Et fier de l'être. Et il aimerait bien que l'ensemble des Gatinois partagent avec lui sa fierté de vivre ici. Ce qui, selon lui, n'est pas le cas présentement.
« Un des problèmes qu'on a à Gatineau, dit-il, c'est qu'on n'a pas d'identité. C'est quoi, un Gatinois ? Il y a des gens qui se sont établis ici et qui habitent ici depuis 20 ans. Mais quand on leur demande d'où ils viennent, ils répondent encore : "de Trois-Rivières", "de Gaspé" ou d'ailleurs. Les gens ne s'associent pas à la Ville de Gatineau. Les gens qui déménagent à Montréal se disent Montréalais au bout de six mois. On a vraiment un problème d'identité ici.
- Pourquoi, selon vous ?
- Je ne sais pas. Je me pose la question. Et pourtant, la Ville de Gatineau a le parc de la Gatineau dans sa cour. Et je pense que notre identité devrait passer par ce parc, par le plein air, par nos pistes cyclables. C'est là-dessus qu'il faut se concentrer. J'en ai marre d'entendre certains dirent : "On ne sait pas où sortir à Gatineau." Je vais te le dire où sortir, moi. Prends ton vélo en été, prends tes skis de fond en hiver, et va te promener dans le parc de la Gatineau. Va voir les infrastructures naturelles qu'on a ici et qui sont absolument magnifiques. On devrait capitaliser là-dessus. Parce que selon moi, notre identité passe avant tout par notre proximité avec le parc de la Gatineau.
- Vous me faites penser à l'ancien maire de Hull, Michel Légère, que je lui lance.
- M. Légère est pour moi une source d'inspiration extraordinaire. Il est le fondateur de la Route Verte. On devrait aussi utiliser ça. Est-ce que les gens savent que la Route Verte a commencé ici, à Gatineau ?
- En terminant, M. Champagne, un mot sur l'administration du maire Maxime Pedneaud-Jobin ?
- C'est parti du bon pied. Maxime est un bon leader. Un gars qui est capable de rassembler les conseillers et un gars qui est capable de grandes choses. Marc Bureau a laissé un legs de proximité avec les gens, ainsi qu'un legs environnemental. Maxime a quant à lui une approche plus intellectuelle, plus axée sur une réflexion collective autour de la table. Et j'ai confiance que nous bâtirons des choses intéressantes ensemble. Parce que je crois que si nous, les conseillers, sommes capables de travailler dans un esprit de collaboration où c'est le fun de travailler ensemble, et qu'il y a un respect autour de la table, tout est possible. »