Martin Giroux fait partie de la revue musicale «Les Immortels» qui était de passage à la Maison de la culture vendredi.
Martin Giroux fait partie de la revue musicale «Les Immortels» qui était de passage à la Maison de la culture vendredi.

La bonne étoile de Martin Giroux

Denis Gratton
Denis Gratton
Le Droit
CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Les artistes qui ont roulé leur bosse dans les bars et les clubs de nuit avant de connaître du succès diront que les jeunes d’aujourd’hui qui participent à des émissions de télé comme «La Voix» et «Star Académie» sont choyés. Qu’ils passent immédiatement du petit écran au Centre Bell de Montréal sans avoir fait leurs classes. Bref, qu’on leur offre la gloire instantanée.

Martin Giroux leur répondra le contraire. Issu de la deuxième cuvée de Star Académie, en 2004, ce Gatinois aujourd’hui âgé de 40 ans avait bel et bien fait ses classes avant de se présenter aux auditions de cette populaire émission dominicale. Et son passage à Star Académie a été tout sauf facile, lui qui devait faire la navette entre le studio de télévision et l’hôpital pour recevoir des traitements de chimiothérapie contre le cancer.

« J’ai commencé à faire des shows à l’âge de 15 ans dans les corridors de mon école (la polyvalente Nicolas-Gatineau), se souvient-il. Mes amis et moi avons ensuite formé un band. On s’est loué une salle, on vendait nos billets. Puis, j’ai commencé à chanter dans les bars de Gatineau, notamment à la Boîte à chanson et au Raftsman, à l’âge de 16 ans. Oui, certains participants à Star Académie l’ont eu un peu plus facile et ç’a fonctionné pour eux. Tant mieux, je suis content pour eux, je n’ai aucune jalousie par rapport à ça. Mais ce ne fut pas mon cas. »

En septembre 2003, Martin Giroux a reçu un diagnostic de cancer.

Ses traitements de chimiothérapie ont débuté dans les jours qui ont suivi et ils allaient se poursuivre pendant un peu moins d’un an. En février 2004, lorsqu’il a débuté l’aventure Star Académie, il lui restait toujours six mois de traitements à recevoir contre la grave maladie. Quelqu’un a dit : « une année rock’n’roll » ?

« J’étais atteint d’un sarcome (tumeur maligne), un genre de cancer qui se situait entre la chair et la peau de mon poignet droit, dit-il. C’est sûr que j’étais assommé quand le médecin m’a appris ça. Mais curieusement, j’oublie des bouts de cet épisode de ma vie. Quand tu vis des moments très intenses, on dirait que t’en oublies des bouts. Mais je me souviens que c’était une période très difficile, surtout pour mes parents. C’est cliché ce que je vais dire, mais on dirait que je savais que j’allais m’en sortir, même si les chances n’étaient pas nécessairement bonnes. C’était un cancer très agressif. Mais j’étais jeune, en forme, et je voyais ça comme un défi.


« J’ai commencé à faire des shows à l’âge de 15 ans dans les corridors de mon école (la polyvalente Nicolas-Gatineau). Mes amis et moi avons ensuite formé un band. On s’est loué une salle, on vendait nos billets. Puis, j’ai commencé à chanter dans les bars de Gatineau, notamment à la Boîte à chanson et au Raftsman, à l’âge de 16 ans. »
Martin Giroux

«Donc de faire Star Académie tout en recevant des traitements de chimio n’était pas facile, c’est certain. Mais en même temps, j’étais tellement motivé d’apprendre et de présenter des spectacles tous les dimanches à la télé. C’était comme si je surfais sur une vague qui me gardait aller. Mais au terme de Star Académie, j’ai eu un gros crash, un gros down d’énergie. Je n’étais vraiment plus en forme lorsque Star Académie a pris fin. Mais je m’en suis sorti et le cancer est aujourd’hui chose du passé.»

Martin Giroux n’a pas chômé depuis.

Il a enregistré trois albums depuis son passage à Star Académie en 2004. Il a pris part à de nombreuses productions au fil des ans, dont Joe Dassin : La grande fête musicale, avec laquelle il a tourné un peu partout dans la francophonie mondiale pendant trois ans. En 2016, Martin Giroux s’est vu confier le rôle de Phœbus dans la reprise de la comédie musicale Notre-Dame de Paris.

«J’ai fait le tour de la France avec Notre-Dame de Paris, dit-il. Nous sommes aussi allés au Maroc, en Russie, au Liban, à Taïwan en Asie, à Londres et, évidemment, au Québec. J’ai vu des endroits que je ne pensais jamais voir dans ma vie. Mais j’ai arrêté en janvier 2019. C’était un gros trip et je suis bien content de l’avoir fait. Mais j’ai arrêté pour passer plus de temps avec Marine, ma fille de sept ans. Nous avions une tournée de six mois en Asie qui s’en venait. Ça ne me tentait pas de perdre ces mois-là avec elle. Donc j’ai choisi ma fille avant le travail. Et je ne regrette pas mon choix. J’aurais été parti pendant un an sans la voir grandir, sans être là pour son anniversaire, sans être là pour Noël. Déjà que j’avais manqué deux Noël avec elle, je n’allais pas en rater un troisième. C’est trop difficile. C’est bien beau Skype et tout ça, mais ce n’est pas pareil que de la tenir dans mes bras. »

***

Martin Giroux était de passage à la Maison de la culture de Gatineau, vendredi, avec la revue musicale Les Immortels, une production qui l’emmènera aux quatre coins du Québec au cours de la prochaine année.

Il sera de retour dans la région le 13 février prochain — sur La Scène des Galeries d’Aylmer, cette fois — pour y présenter son spectacle Hommage à Richard Desjardins, en duo avec le pianiste gatinois François Dubé.

«Ça faisait des années que j’avais cette idée en tête, dit Martin Giroux. C’est un peu grâce à Richard Desjardins si je fais carrière dans ce métier aujourd’hui. J’ai commencé à l’écouter à l’âge de 14 ou 15 ans, j’ai appris toutes ses chansons à la guitare. Donc ça me tournait dans la tête, j’ai appelé François Dubé avec qui j’ai travaillé dans le passé pour lui demander s’il voulait m’accompagner, et il a tout de suite accepté. C’est un show d’une heure et demie de guitare, voix et piano. On s’amuse et on fait découvrir ou redécouvrir aux gens les chansons de Richard Desjardins.

— Vous habitez aujourd’hui la région de Montréal, mais j’imagine que c’est toujours spécial de revenir chanter à Gatineau, à la maison ?

«Tout le temps. Ma famille et mes amis sont toujours présents dans la salle. Et c’est curieux, mais on dirait que je suis plus fébrile dans ces moments-là. C’est comme un stress supplémentaire. On veut tellement qu’ils soient fiers. Mais dans le fond, je sais que je pourrais me tromper 20 fois durant le spectacle et qu’ils seraient tout de même fiers de moi», conclut Martin Giroux en riant.