Edith Dumont quitte le CEPEO après une carrière de 32 ans pour se lancer dans un autre défi, celui de vice-rectrice à l’Université de l’Ontario français.
Edith Dumont quitte le CEPEO après une carrière de 32 ans pour se lancer dans un autre défi, celui de vice-rectrice à l’Université de l’Ontario français.

La « graduation » d’Édith Dumont

Denis Gratton
Denis Gratton
Le Droit
CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / « J’ai le cœur gros, avoue Édith Dumont. Je quitte une famille. Et une famille, ça ne s’oublie pas. »

Sa famille, c’est le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO). Là où Mme Dumont a œuvré pendant 32 années, dont les huit dernières à titre de directrice de l’éducation.

Elle quitte pour une autre « famille » : l’Université de l’Ontario français. Une toute nouvelle famille qui ouvrira les portes de son établissement à Toronto en septembre 2021 après d’innombrables années de lutte de la communauté francophone pour l’obtention d’une université créée et dirigée par et pour les Franco-Ontariens.

Le 15 avril prochain, Édith Dumont débutera sa nouvelle aventure à titre de vice-rectrice aux partenariats, aux collectivités et à l’international de l’Université de l’Ontario français (UOF).

Le Droit l’a rencontrée.

Malgré la profonde tristesse ressentie par ce départ prochain de « son » conseil scolaire, Mme Dumont est rayonnante, bouillante d’énergie et confiante devant ce nouveau défi qui l’attend dans la Ville-Reine.

« J’ai comme un coup de foudre, laisse-t-elle tomber. Avoir un coup de foudre, c’est comme un alignement parfait de tes valeurs, de ta passion et de ce que tu veux vivre dans la vie de tous les jours. Cet état-là, celui d’avoir un coup de foudre dans la vie, j’ai l’impression de l’avoir en ce moment. L’autre jour, mon conjoint Tony m’a dit : « Édith, c’est fou le bonheur que tu dégages. L’énergie, l’enthousiasme, je n’ai jamais vu autant de lumière dans tes yeux. On dirait que t’es en amour !». Il a raison. Parce que présentement, je vis un magnifique coup de foudre.

LE DROIT : Pour l’Université de l’Ontario français ?

EDITH DUMONT : Oui. Je me sens privilégiée d’être au cœur du début de quelque chose. Et je me sens déjà bien accueillie. Je sens déjà la collégialité du monde universitaire vis-à-vis ma contribution qui vient d’un autre univers, soit celui des conseils scolaires. Par contre, c’est moi qui connais le mieux la clientèle (de l’UOF). Nous accueillerons nos élèves de la 12e année. Je les ai vus grandir.

LD : Vous semblez convaincue que cette nouvelle université est vouée à un grand succès.

ED : J’en suis profondément convaincue ! Parce que ça rend encore plus vrai le discours que l’on tient aux parents qui choisissent une éducation en français pour leurs enfants. En Ontario, nous sommes assez nombreux comme francophones pour avoir un continuum, c’est-à-dire de pouvoir étudier en français de la maternelle jusqu’au niveau postsecondaire et universitaire. Et une université donne à la classe intellectuelle de l’Ontario français toute la légitimité de vraiment affirmer qu’elle contribue à l’économie de la province. Les francophones ne sont plus du folklore. Nous sommes une force économique pour l’Ontario et nous contribuons au positionnement international de la province.

LD : Sans les manifestations historiques de la communauté franco-ontarienne du 1er décembre 2018, croyez-vous que l’UFO aurait tout de même pu voir le jour ?

ED : Je pense que nous n’aurions pas notre université maintenant. Je pense que ces manifs ont éclairé un gouvernement qui ne savait pas à qui il avait affaire. Comme francophones, ça nous a secoués dans le bon sens. Et comme adulte, on prend un coup de jeunesse puisqu’on se revoit dans la cour d’école en se disant : «vient-en, on va régler ça tout de suite». (Rires).

LD : Quelle est votre plus grande fierté à titre de directrice de l’éducation du CEPEO ?

ED : C’est d’avoir un conseil scolaire qui est présent dans sa communauté. Je ne sais trop comment on a réussi à faire ça, mais tout le monde en province connaît le CEPEO. Lorsque nous participons à des événements communautaires, les gens reconnaissent les directions d’école, ils reconnaissent nos profs, nos concierges, nos secrétaires. D’avoir un conseil qui est si proche de sa communauté me gonfle de fierté.

LD : Si vous aviez un message à laisser aux employés du CEPEO ?

ED : De ne pas perdre de vue le cœur de notre mission. Et que cette mission repose essentiellement sur une question qui doit constamment demeurer au cœur de nos décisions, à savoir : est-ce que les enfants vont bien ? L’autre jour, j’ai dit au personnel du CEPEO que j’ai décidé de graduer moi aussi cette année et de suivre nos étudiants de 12e année vers le postsecondaire. (Rires). J’ai ajouté : «ce qui me rend triste, c’est le fait de quitter ce qui a rendu ma vie absolument lumineuse au CEPEO : vous». Je me sens profondément honorée d’avoir pu travailler avec tous ces gens qui nous ont permis, ensemble, de continuellement nous améliorer pour offrir les meilleures perspectives d’avenir à tous nos élèves.

LD : Et un message aux élèves du CEPEO ?

ED : Continuez à nous pousser dans le dos. Ils nous poussent sur les questions environnementales, sur les questions d’équité, de diversité. Continuez à nous pousser. Allez-y. Ce sont nos élèves qui nous ont fait le plus avancer. Et le plus beau cadeau qu’ils peuvent donner à leur communauté, c’est d’être eux-mêmes dans le plus profond de leur être sans jamais se laisser influencer par les autres. Il faut qu’ils restent connectés avec leur voix intérieure. Cette voix qui leur dit que le bonheur est à la portée de leurs mains, de leurs efforts, de leur travail. Ils doivent faire confiance à cette voix intérieure. »