La ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances, Mona Fortier
La ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances, Mona Fortier

«Il faut vivre avec beaucoup d’inconnu», dit Mona Fortier

Denis Gratton
Denis Gratton
Le Droit
CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Mona Fortier a été élue députée fédérale d’Ottawa-Vanier en 2017 pour succéder au regretté Mauril Bélanger. Mme Fortier devenait ainsi la première femme à représenter cette circonscription historiquement libérale à la Chambre des communes.

En novembre 2019, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, nommait la députée franco-ontarienne à la tête d’un tout nouveau ministère ; celui de la Prospérité de la classe moyenne.

Ce qui semblait être un « ministère bidon » et insignifiant aux yeux de plusieurs observateurs de la scène politique est soudainement devenu plus que pertinent depuis la pandémie alors que près de deux millions de Canadiens — de la classe moyenne, en grande majorité — se retrouvent sans emploi, en confinement comme tout le monde, et sans même une lueur d’espoir au bout du tunnel.

Le Droit s’est entretenu — par téléphone, distanciation sociale oblige — avec la ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances.*

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LE DROIT : «Question qui était banale et de coutume il y a à peine un mois, mais qui est devenue plus que pertinente : comment allez-vous ?

MONA FORTIER : Ça va comme un peu tout le monde. Je pense que nous sommes tous inquiets. Nous ne sommes jamais passés à travers une crise comme celle-ci. C’est cependant beau de voir que la grande majorité des gens prennent les précautions nécessaires et écoutent les mesures que les gouvernements et l’Agence de la santé publique (du Canada) leur conseillent de prendre. Mes employés et moi continuons à répondre aux questions que nous recevons, et nous en recevons plusieurs. Mon objectif tous les jours est de faire connaître aux gens d’Ottawa-Vanier où nous en sommes rendus, de les informer, et de les encourager à prendre les mesures qui s’imposent.

LD : Des centaines de milliers de Canadiens de la classe moyenne ont temporairement perdu leur emploi. Le premier ministre Trudeau a parlé (jeudi) d’une crise qui pourrait durer jusqu’en juillet. Les gens ont peur, et pour certains, le « ça va bien aller » commence à passer de moins en moins bien. Quel est votre message à ces gens ?

MF : Les gens de la classe moyenne sont vraiment au cœur des actions et des mesures que nous prenons présentement. On veut protéger leur santé, on veut qu’ils soient en sécurité, c’est notre priorité. Et aussi qu’on puisse soulager leur situation financière afin qu’ils aient les ressources nécessaires pour subvenir à leurs besoins. Il y a une très grande pression, on le sait. Et nous avons établi des mesures, dont la prestation d’urgence, la subvention salariale pour les entreprises et l’accès au crédit. Nous allons également augmenter jusqu’à 300 $ par enfant l’Allocation canadienne pour enfants, au mois de mai. Et on sait qu’il y a 3,5 millions de familles qui en bénéficieront. Nous avons aussi une interruption des intérêts sur les prêts étudiants ce qui permettra à ceux-ci d’économiser environ 160 $ par mois pour environ six mois.

Il faut vivre avec beaucoup d’inconnu. L’anxiété est là, mais je pense qu’il faut vraiment mettre l’accent sur nos priorités, soit la santé et la sécurité des Canadiens, et aplatir la courbe afin de s’assurer que notre système de santé ait tout ce qu’il faut pour répondre à la demande. Évidemment, c’est inquiétant. Parce qu’on sait qu’on prévoit que ça (le nombre de cas) va continuer à augmenter cette semaine et la semaine prochaine. On voit vraiment les chiffres monter. Ce qu’on tente de faire, c’est de mettre en place toutes les mesures possibles pour aplatir la courbe. Et c’est lorsque ce sera fini qu’on pourra dire si oui ou non on a réussi à le faire. Si on arrive tous à réaliser que nous sommes à un point critique présentement, qu’on pratique tous la distanciation sociale et qu’on applique tous les mesures nécessaires, on va y arriver, je pense.

LD : Croyez-vous que Revenu Canada parviendra à répondre à toutes les nouvelles demandes d’aide financière ? Le système ne risque-t-il pas de s’engorger et de flancher ?

MF : Nous n’avons jamais reçu autant de demandes, surtout avec l’assurance emploi, et le système tient bon. On a confiance que notre système sera capable de livrer ce qu’on dit qu’on va livrer. On nous a partagé le fait que nous avons la capacité de le faire de cette façon et je suis confiante que nous y arriverons. Personne ne savait qu’on serait dans cette situation-là. Ordinairement, des programmes comme ceux-là peuvent prendre jusqu’à six mois pour les mettre en place de façon optimale. Là, on est en train de créer un programme en même temps qu’on le livre, et ce ne sera pas parfait.

LD : Vous avez des enfants à la maison qui sont, comme vous et comme tout le monde, en confinement.

MF : Oui, trois enfants âgés de 18, 16 et 12 ans.

LD : Comment ça se passe chez vous ?

MF : Nous nous sommes organisé une petite routine. On n’a pas juste du temps d’écran. Le conseil scolaire et les écoles ont déjà envoyé certains travaux, les enseignants sont vraiment connectés avec les élèves et les étudiants et ces derniers reçoivent des devoirs à faire. Donc chez nous, chaque jour, c’est de deux à trois heures de travaux scolaires. Et ce qu’il y a de bien, c’est que je travaille de la maison et que mes enfants préparent le souper. (Rires). Ils sont très bons ! Ils cherchent des recettes amusantes qui leur permettent d’être créatifs. Donc la partie de la journée qui me fait le plus plaisir, c’est lorsque nous nous retrouvons autour de la table pour souper, et c’est là que j’ai le privilège de découvrir leurs créations culinaires.

LD : Et quel sera le premier geste que vous poserez lorsqu’on annoncera enfin que c’est fini et que le virus n’est plus ?

MF : Bonne question. Ce que je souhaite quand ce sera terminé, c’est qu’on mette de l’avant les mesures nécessaires pour la relance, tant au niveau économique que social. Il faudra commencer à penser à la reprise. Comment repart-on dans notre nouvelle réalité ? Parce qu’on ne pourra pas retourner à la normale, comme avant. Il faudra vivre avec une nouvelle réalité. »

*Entrevue réalisée jeudi en après-midi