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Grande entrevue franco: portrait de Diane Pacom
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Grande entrevue franco: portrait de Diane Pacom
Comme cadeau d’été, Le Droit a décidé d’aller, chaque semaine, à la rencontre de personnages fascinants de toutes sortes de sphères de la vie, qui ont en commun d’avoir accompli de grandes choses et d’être Franco-Ontariens. Le Droit discute cette semaine avec Diane Pacom, professeure émérite de l'Université d'Ottawa en sociologie et intellectuelle hors norme.
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Pour l’amour des pensées profondes et du simple quotidien

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Pour l’amour des pensées profondes et du simple quotidien

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
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La Grande entrevue Franco / Comme cadeau d’été, Le Droit a décidé d’aller, chaque semaine, à la rencontre de personnages fascinants de toutes sortes de sphères de la vie, qui ont en commun d’avoir accompli de grandes choses et d’être Franco-Ontariens. Le Droit discute cette semaine avec Diane Pacom, professeure émérite de l'Université d'Ottawa en sociologie et intellectuelle hors norme.

«Je n’ai pas eu le temps de réfléchir à ma carrière, je suis tombée dedans », confie Diane Pacom. Ironique, diront certains, pour cette sociologue et professeure émérite de l’Université d’Ottawa qui aura finalement passé toute sa carrière à réfléchir. 

Chaque jour, Diane Pacom passe son temps à analyser la création des idées et des pensées, mais aussi son quotidien, la culture pop et tout ce qu’elle croise sur son passage. Elle peut parler autant de Marx que de Kim Kardashian ou de Marie-Mai.

« Socialiser », c’est le mot qui vient à l’esprit de cette professeure, aujourd’hui à la retraite, quand on lui demande ce qui la passionne.

« L’enseignement, c’est bien sûr la plus grande passion de ma vie. La capacité d’entrer en contact, d’explorer l’humain sous toutes ses formes. »

Le rapport avec son prochain, c’est ce qui la propulse. « Je suis une personne sociable, une personne de parole. Je n’ai pas nécessairement choisi mon métier, je suis tombée dedans. Toute petite, j’aimais parler, j’aimais discuter, certains disaient que je parlais trop. »

Un parcours hors du commun

Ayant grandi en Grèce, Diane Pacom est polyglotte. 

Elle a habité en Égypte et en Suisse, notamment. Elle a aussi résidé à New York, à Montréal, à Ottawa. 

Aujourd’hui, elle habite au cœur de la Ville Reine, Toronto.

« J’ai été exposée depuis la petite enfance à toutes sortes de situations. Ma mère aimait beaucoup explorer des pays montagneux. Moi, je détestais tout ça. Les montagnes, voyager, je détestais. Elle voulait nous exposer, mon frère et moi, à toutes sortes de situations sociales. C’est là où j’ai compris la vie, le fonctionnement de la société. »

Ne voulant pas « vivre une vie dictée par les traditions », elle a quitté le nid familial à 17 ans pour commencer son aventure universitaire en Suisse.

Après y avoir obtenu son baccalauréat, elle est débarquée au Québec pour compléter sa maîtrise. 

C’est à l’Université de Montréal que sa passion pour la transmission des connaissances fait son prélude, à l’âge de 25 ans, lorsque son directeur de thèse, qu’elle considère comme son « ange-gardien », lui offre des opportunités en enseignement des cours d’Introduction à la sociologie. 

« J’enseignais à des gens qui avaient mon âge. Je suis verbomotrice, j’aime parler, j’aime discuter, j’aime explorer mes idées plutôt verbalement que par écrit. »

Vient ensuite une offre de l’Université d’Ottawa.

Diane Pacom se fait promettre que si elle termine sa thèse de doctorat en deux ans, elle aura un poste de professeure à vie. « Je me souviens, j’allais m’asseoir sur un banc dans un petit parc, avec mon stylo et ma paperasse, et je rédigeais. J’apportais les bouts de thèse à l’agente administrative, elle les tapait et me les refilait. »

C’est finalement une thèse de 1000 pages écrite à la main dans laquelle elle déconstruit et analyse les théories marxistes que Diane Pacom a produite et présentée avant d’obtenir ce poste qu’elle conservera de façon permanente.

Pas aventurière ? 

« Advienne que pourra », c’est un mantra « sage » auquel adhère Diane Pacom. 

« J’ai appris quelque chose qui m’a toujours propulsée ; malgré ce qu’on peut penser, on est dans un paradigme. On peut planifier sa vie, mais je crois que la vie est un concours de circonstances. Ça arrive, ou ça n’arrive pas. »

Elle cite le philosophe grec Cornelius Castoriadis, qui lui aussi préconisait que la vie est indéterminée.

« Je suis méditerranéenne d’origine. Ma mère était grecque. Les Grecs ont une vision tragique de la vie. Dans ce milieu, on ne vivait pas les choses de la façon anglo-saxonne, où l’on planifie tout. »

Ainsi, le parcours de Mme Pacom, que l’on peut qualifier d’inouï, lui a été offert « comme ça, par l’existence », juge-t-elle.

Mais malgré les apparences, « je ne suis pas du tout aventurière », assure Diane Pacom.

Celle-ci avoue ne pas aimer le risque. « Je prends des risques, mais ils sont toujours calculés. »

Les contrastes

La sociologue se considère comme une personne de contrastes. D’un côté, elle est passionnée par les concepts théoriques et par les mouvements de pensée. De l’autre, elle est passionnée par la culture pop. 

Dans les médias, on a pu voir Diane Pacom commenter des sujets d’actualité extrêmement variés.

« J’ai toujours eu un grand intérêt, sur le plan de mes recherches, envers les choses très théoriques. Mais en même temps, je suis très intéressée par le vedettariat, les sports, la musique, la mode. (...) Quand je marche dans la rue, je fais de la socio. Je regarde les coupes de cheveux, les looks, ce que mangent les gens. Je suis comme ça. Si c’est trop abstrait, je ne suis pas heureuse. Si c’est trop trivial, je ne suis pas heureuse. J’aime le mélange entre les deux. »