Tina Desabrais.

Faire rayonner la francophonie

La nouvelle présidente de l'ACFO de Prescott et Russell, Tina Desabrais, entend faire de l'affichage bilingue une priorité», pouvait-on lire dans LeDroit du 18 juin.
La jeune femme de 33 ans de Hawkesbury n'a pas trop apprécié ce passage qui pouvait laisser entendre que l'affichage bilingue dans les huit municipalités de Prescott-Russell était la seule et unique priorité de l'ACFO.
«D'abord, ce n'est pas la priorité, c'est l'un des objectifs, a-t-elle précisé, quand LeDroit l'a rencontrée jeudi. Et ça ne se fera pas du jour au lendemain. Ça prendra des consultations publiques. Je veux aussi consulter les quatre municipalités de Prescott-Russell qui ont déjà un règlement sur l'affichage bilingue pour savoir comment les choses se passent depuis que ce règlement est en vigueur. Est-ce que des tensions se sont créées? Est-ce bénéfique pour les francophones? Je suis quelqu'un d'assez réfléchi et je veux tâter le pouls avant de faire quoi que ce soit. Je n'arriverai pas avec les yeux fermés. Je veux vraiment sonder la population, et tout ça pour le bien-être des francophones. Mais je ne veux surtout pas créer un problème où il n'y en a pas.»
Certains diront qu'un règlement sur l'affichage bilingue obligerait les commerçants francophones à s'afficher en anglais. «Je sais, c'est délicat, convient Tina Desabrais. Mais je pense à long terme. Je n'ai pas le nez collé sur l'arbre. Je vois la forêt, je pense à long terme. Nous ne sommes pas différents de Rockland, Vanier et d'autres municipalités dans le Nord de l'Ontario qui étaient majoritairement francophones, et où c'est le contraire aujourd'hui. En quoi serions-nous plus protégés que ces régions-là dans Prescott-Russell? 80% de la population de Hawkesbury est francophone. Et je veux préserver nos acquis et éviter que ça s'anglicise.
«Ceci étant dit, l'affichage bilingue n'est pas LA priorité de l'ACFO de Prescott-Russell, c'est un projet parmi tant d'autres.»
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Donc la question se pose: quelle est la priorité de la nouvelle présidente de cet organisme?
«C'est d'abord de faire connaître l'ACFO au sein de la communauté, répond-elle. L'ACFO de Prescott et Russell existe depuis 40 ans, mais plusieurs personnes ne savent même pas ce qu'est l'ACFO. Oui, les francophiles et les francophones engagés dans la francophonie ontarienne savent tous c'est quoi. Mais j'ai constaté que Monsieur et Madame Tout-le-monde ne savent pas c'est quoi. Notre rôle est de desservir cette communauté. Mon premier objectif est donc de sensibiliser la communauté sur le rôle et la place de l'ACFO dans Prescott-Russell. Nous avons le banquet de la francophonie annuel qui est très populaire. Mais je veux qu'on vive ça à l'année. Je veux que ça se vive au quotidien. J'aimerais avoir au moins une activité communautaire mensuelle organisée par l'ACFO. Ne serait-ce, par exemple, qu'une sortie à la cabane à sucre au printemps. Ou des concours de dessin et d'écriture dans les écoles. Je veux que les gens se rendent compte que c'est l'ACFO qui a organisé ça. On est là, on est parmi vous, on est ensemble.»
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Tina Desabrais est enseignante de français à La Cité depuis 2005. Elle est issue d'une famille de Hawkesbury «très modeste», dira-t-elle, d'un père mécanicien et d'une mère qui a travaillé toute sa vie comme serveuse et qui est décédée subitement d'un arrêt cardiaque à 46 ans.
«Comme ma mère, j'ai aussi été serveuse au restaurant Carole à Hawkesbury, dit-elle. C'était mon premier emploi et il m'a permis de payer mon baccalauréat. Mes parents ne pouvaient pas se permettre ça. J'aimais cet emploi, j'aimais le contact avec les gens.
«Un jour, j'ai dit à ma mère: "Ce n'est pas grave si je suis serveuse toute ma vie. Mais j'aimerais aller à l'université faire un bac. J'aimerais aller voir et essayer ça." Ma mère m'a répondu: "Essaye-toi, Toune." Elle m'appelait toujours "toune". Donc j'ai pris un prêt étudiant et j'y suis allée. Et je vois aujourd'hui ce prêt étudiant comme un investissement», raconte la détentrice d'un doctorat en éducation avec spécialisation en études canadiennes et d'une maîtrise en lettres françaises de l'Université d'Ottawa.
Tina Desabrais sur...
- La création d'une université franco-ontarienne: «Je suis entièrement pour. Si l'Université de Moncton peut être francophone alors que les francophones là-bas sont moins nombreux que nous, pourquoi aurions-nous un problème avec une université franco-ontarienne? Les anglophones du Québec ont McGill et Concordia. Mais nous, on s'attarde, c'est compliqué, c'est politique. Et je comprends que ce ne se fera pas du jour au lendemain. Mais pourquoi est-ce que ce serait plus difficile pour nous, Franco-Ontariens?»
- Le bilinguisme officiel à la Ville d'Ottawa: «Le pays est officiellement bilingue! répond-elle en riant. Je pense que de poser la question est y répondre. La capitale d'un pays officiellement bilingue devrait être elle aussi officiellement bilingue.»