La chanteuse gatinoise Eva Avila n’habite plus vraiment nulle part. La route est un peu devenue sa vie et son chez-soi.

Eva Avila suit sa « voix »

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Il y a 12 ans, son nom était sur toutes les lèvres. La Gatinoise Eva Gougeon-Avila – « la Hulloise du secteur Mont-Bleu », précisera-t-elle – remportait la finale de la populaire émission de télé-réalité Canadian Idol du réseau CTV, la propulsant instantanément au top des palmarès de la chanson anglophone, et l’entraînant dans un tourbillon qui allait durer quatre années durant lesquelles elle a enregistré deux albums et donné d’innombrables spectacles au Canada et aux quatre coins de l’Amérique du Nord.

À l’âge de 19 ans, Eva Avila, de son nom de scène, vivait son rêve de devenir chanteuse. Ce rêve qu’elle caressait depuis l’âge de trois ans alors qu’elle chantait avec son père dans le marché By d’Ottawa au grand plaisir des touristes et des passants.

Mais la gloire est éphémère. Et elle en était bien consciente. « De 2006 à 2010, ça n’a pas arrêté, se souvient-elle. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner. C’était vraiment une expérience hors de l’ordinaire. Puis il y a eu l’après-choc où j’ai bifurqué pas mal. J’ai connu des échecs. Je me suis plantée, comme on dit. J’ai eu une grosse remise en question. Et je m’y attendais. Canadian Idol était une compétition de chant, un peu comme l’émission La Voix. Mais ça demeure une émission de télé. Ça demeure du divertissement. Et qu’on le veuille ou non, on est la saveur du jour. C’est comme ça dans tous les domaines. Et à un moment donné, les gens passent à autre chose. C’est normal et c’est inévitable. Donc je me répétais tout le temps : ‘Profites-en Eva, profites-en’. C’était génial tout ce qui m’arrivait. Mais je savais que j’allais devoir me retrousser les manches à un moment donné. »

Sa vie sur la route
Eva Avila s’est bel et bien retroussé les manches. Et à tous ceux qui se demandent : « que fait-elle maintenant ? Où est-elle passée et que devient-elle ? », elle leur répond de son sourire radieux : « il faut savoir où regarder ».

« Je fais partie de Brit Floyd, un spectacle hommage à Pink Floyd, dit-elle. Cette troupe originaire de Liverpool roule à l’international depuis huit ans et donne en moyenne 140 représentations par année. Ils sont venus cogner à ma porte en novembre dernier et je suis choriste avec eux depuis. Cette année, on a donné des spectacles en Grande-Bretagne, en Italie et on a fait deux tournées aux États-Unis. Nous sommes aussi passés à Ottawa, à la Place TD, en avril dernier, ainsi qu’à Québec et Toronto. Et on retourne en Italie le 8 septembre. J’ai mon propre solo dans le spectacle, j’interprète la chanson The Great Gig In the Sky de l’album Dark Side of the Moon, c’est un gros morceau du spectacle. (À voir sur YouTube). C’est vraiment un privilège.

«J’ai aussi fait une tournée avec Beyoncé, poursuit-elle. J’ai eu le premier rôle dans une comédie musicale à Toronto, ce qui m’a emmenée à développer une carrière de comédienne et je fais beaucoup de télé depuis quelques années. J’ai un petit rôle récurrent dans la série télévisée américaine The Bold Type, je joue une réceptionniste. Et j’ai fait un peu de publicité, de la radio et des voix pour des films d’animation pour enfants. Je ne chôme pas. Je vis de belles choses, je suis choyée.»

Bien qu’elle se dit Gatinoise (Hulloise, pardon) pure laine, Eva Avila, 31 ans, n’habite plus l’Outaouais. En fait, elle n’habite plus vraiment nulle part ! La route est un peu devenue sa vie et son chez-soi. L’autobus de tournée et les hôtels, sa demeure.

«Je n’ai pas de maison en ce moment, laisse-t-elle tomber. Je suis toujours partie ! Au cours de la dernière année, c’est-à-dire depuis le début de la tournée de Brit Floyd, je n’ai même pas passé un mois à Gatineau. Ma vie est sur l’autobus de tournée et dans les chambres d’hôtel. Mais mon courrier est livré chez ma mère, dans le Mont-Bleu.

— Une journée typique dans votre journée, ça ressemble à quoi ?

— Je me réveille dans l’autobus qui est déjà «stationné» à l’amphithéâtre où l’on donne le spectacle en soirée. Je me lève, je prends mon café. J’ai toute la journée pour faire ce que je veux puisque les tests de son se font en fin d’après-midi. Alors j’enfile mes espadrilles et je vais explorer la ville où je me trouve. Parfois, nous sommes un peu dans le milieu de nulle part. D’autres fois, nous sommes en plein cœur de l’action. Je suis très chanceuse. Être sur scène soir après soir, faire le tour du monde et rencontrer le public, je suis comblée. Et je suis très reconnaissante. Oui, il y a parfois des périodes de solitude. Mais avec les technologies d’aujourd’hui, nos proches ne sont jamais très loin.

— Et si vous aviez un conseil à donner aux jeunes qui rêvent d’une carrière dans le monde du spectacle, sur la scène ?

— Je leur dirais de ne pas ignorer leur intuition, leur gut feeling. La petite voix qui te parle, il faut l’écouter. Même dans les moments les plus sombres et les plus confus de notre vie, on a toujours cette petite voix qui nous parle. J’avoue que j’ai perdu la mienne pendant quelques années. J’étais très confuse, je cherchais mes repères. Mais il faut parfois trébucher et tomber dans la vie pour apprendre à se connaître et à connaître ses limites, ses forces et ses faiblesses. Puis j’ai retrouvé cette petite voix en moi et je l’ai écoutée. Et jamais, mais jamais n’ai-je entendu quelqu’un dire : ‘je regrette de m’être écouté’. On n’entend jamais ça. Il faut croire en soi.»