Éric Lavoie est copropriétaire du Fire & Flower, un commerce de vente de cannabis sur la rue York dans le marché By, à Ottawa.

Éric Lavoie, le pionnier du «pot»

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Éric Lavoie a eu la surprise de sa vie le vendredi 11 janvier dernier. Une agréable surprise. « Je venais d’arriver à la maison, il était 20 h 30 ou 21 h lorsque j’ai reçu le courriel », se souvient-il.

Le courriel en question ? Un avis de la Commission des alcools et des jeux de l’Ontario (CAJO) qui lui annonçait que lui et son partenaire en affaires, Michael Patterson, avaient remporté la loterie du cannabis, leur donnant ainsi une licence d’exploitation pour l’un des cinq magasins de vente au détail de cannabis d’Ottawa.

« On ne pensait jamais remporter cette loterie, avoue le Franco-Ontarien d’Orléans âgé de 37 ans. Michael et moi avions investi 75 $, c’était le coût pour participer à cette loterie. On a payé cette somme en se disant qu’on aurait plus de chances de gagner quelque chose en achetant un billet de la loterie 6-49. Notre candidature a été tirée au sort parmi 17 000 autres d’Ottawa. En Ontario, ce sont 55 000 personnes qui ont participé à cette loterie.

«Mentalement, on était prêt, poursuit-il. On avait fait nos recherches. En terme, d’argent, on était bien préparé. On avait aussi consulté des gens dans le milieu, des gens comme Sébastien Saint-Louis, le cofondateur de l’entreprise Hexo, un gars d’Orléans aussi. Mais on n’était pas prêt à investir de l’argent sans savoir si nous allions être les chanceux. Mais là, c’était vrai. Et nous avions une semaine pour obtenir d’une banque une lettre de crédit de 50 000 $ que nous devions ensuite présenter au gouvernement de l’Ontario. C’était le bout le plus difficile. Quelle banque allait donner une lettre de crédit de 50 000 $ pour un magasin de cannabis ? Certaines banques étaient prêtes à le faire, mais elles exigeaient des frais de 3 000 $ à 4 000 $. Mais on a finalement trouvé une banque prête à nous appuyer», d’ajouter le diplômé de La Cité et de l’école secondaire publique Louis-Riel.

Le 1er avril dernier, le magasin Fire and Flower York Street Cannabis ouvrait ses portes dans le marché By d’Ottawa. «Et ça va très bien, ça roule, affirme Éric Lavoie.

— Aviez-vous déjà fumé du cannabis ?

— Jamais de ma vie, répond-il. C’était illégal. Et j’ai toujours été une personne respectueuse des lois. Mais lorsqu’on a remporté la loterie, je me suis dit «je vais l’essayer». Mais c’est difficile quand t’as deux enfants âgés de cinq et deux ans. Tu ne veux pas fumer dans la cour arrière ou devant ta maison, et surtout pas dans la maison. Mais je l’ai essayé à quelques reprises récemment et je trouve ça beaucoup moins nocif et dangereux que l’alcool.

— Lorsque vous avez ouvert votre magasin en avril dernier, on a remarqué que le français était plutôt absent dans la boutique et que vos employés étaient en grande majorité unilingues anglophones.

— Lorsqu’on a rencontré Le Droit lors de l’ouverture du magasin, nous comptions 20 employés. Nous en avons embauché 10 autres depuis, et ils sont tous francophones. On voit aussi plus de français dans le magasin et nous avons plus de descriptions des produits en français. On s’améliore chaque jour à ce niveau. Je suis francophone et, pour moi, le français est très important.

— Quel est l’âge moyen de votre clientèle ?

— Ce qui est plutôt étonnant, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de jeunes dans la vingtaine ou la trentaine. Nos clients sont surtout des gens âgés entre 40 et 50 ans. Ce groupe d’âge représente au moins trois quarts de notre clientèle. C’est très surprenant.

— Et si vos deux enfants décident à l’âge adulte de fumer du cannabis ?

— Je voudrais qu’ils m’en parlent. Je ne voudrais pas qu’ils se cachent. Qu’ils viennent me voir et qu’on en discute. S’ils font tout selon les règles et la loi, je n’aurai aucun problème avec ça. Comme je disais plus tôt, je trouve ça moins dangereux que l’alcool.»

Enfant et adolescent, Éric Lavoie rêvait de faire carrière dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Il y est presque parvenu, lui qui a joué jusqu’au niveau Junior A. Mais, comme il dit, il lui «manquait un petit quelque chose».

«Le coup de patin était là, le talent aussi, affirme-t-il. Mais dans la LNH à l’époque, on voulait des joueurs gros, grands et forts. J’aurais peut-être eu une chance d’atteindre la LNH dans le hockey d’aujourd’hui. Mais à l’époque, j’avais l’un des plus petits gabarits, comme on dit dans le jargon sportif.»

Il avait cependant un plan B. Un diplôme collégial en administration des affaires. Et depuis une dizaine d’années, il est gérant des ventes pour le territoire d’Ottawa et de Barrie de l’entreprise Daikin, le leader canadien en air climatisé et en thermopompe. «Je travaille encore pour cette compagnie, dit-il.

— En plus du magasin de cannabis ?

— Oui. Et je suis aussi dans l’immobilier. J’ai quelques propriétés à Ottawa et à Gatineau.

— Et pour décrocher, vous faites quoi ? Avez-vous le temps de décrocher ?

— Je le prends, le temps. Et je décroche quand je suis avec ma famille, avec mon épouse et mes deux enfants que j’adore. Passer du temps avec ma famille est ma priorité numéro un. Le plus de temps que je peux passer avec eux, le plus heureux que je suis.»