Le conseiller municipal Marc Carrière, qui représente Masson-Angers, fait ses premières armes en politique.

En politique «par accident»

Certains choisissent de se lancer en politique municipale pour améliorer la qualité de vie de leurs concitoyens. D'autres le font pour redonner un peu à la société. Pour d'autres, c'est un choix de carrière. Chacun a ses raisons valables.
Et pour le conseiller municipal du secteur Masson-Angers à Gatineau, Marc Carrière - élu pour la première fois en novembre -, la raison était fort simple. Il voulait simplement se sauver de la maison!
Il explique en riant: «J'ai deux filles. Vicky et Véronique, des jumelles âgées de 15 ans. Les deux font du karaté. Vicky est la championne canadienne en combat dans la catégorie 14 et 15 ans, moins de 47 kilos. Tandis que Véronique est deuxième au pays dans la catégorie moins de 54 kilos. Elle est double médaillée d'argent dans deux disciplines du Championnat canadien de karaté qui a eu lieu à Vancouver en janvier dernier. Tout ça pour dire que je suis le seul gars à la maison. Ma femme Nicole fait du karaté, mes filles en font, et moi, je suis le seul gars et je n'ai pas un mot à dire à la maison. Je n'ai aucun pouvoir. Donc c'est pour ça que je fais de la politique municipale. C'est pour essayer de me trouver un certain pouvoir!»
L'accident
Il blaguait, évidemment.
Si ce machiniste de profession âgé de 45 ans a quitté le secteur privé, où son expertise était requise par plusieurs entreprises et entrepreneurs, c'est par accident. Littéralement.
Sa vie a changé «boutte pour boutte» à la suite d'un grave et terrible accident qui lui a presque coûté la vie.
C'est arrivé le 13 avril 2000, à Maniwaki. Marc Carrière s'affairait à changer les boyaux d'huile thermique sur une presse dans une usine quand l'appareil a explosé. «Une valve sur la machine qui n'était pas cadenassée s'est ouverte et tout a sauté. Et moi aussi», de lancer le conseiller.
Résultats: brûlures au deuxième et troisième degré sur 30% de son corps, fracture de la colonne vertébrale, une vertèbre lombaire éclatée, quatre interventions chirurgicales et un coma qui s'est étiré pendant presqu'un mois. «Je suis tombé dans le coma le 13 avril, le lendemain d'une tempête de neige. Et quand je suis revenu à moi, il y avait des feuilles dans les arbres», d'illustrer M. Carrière.
«Je suis chanceux d'être toujours en vie, poursuit-il. Durant les deux premières semaines de mon hospitalisation, mon épouse a été appelée d'urgence à cinq ou six reprises. Les médecins de l'hôpital Hôtel-Dieu, au Centre des grands brûlés, à Montréal, croyaient que mes heures étaient comptées. Donc mon épouse se rendait d'urgence à Montréal, ne sachant pas dans quel état elle allait me trouver. On a passé proche.»
Des moments plus que difficiles pour une famille, il va sans dire. Dieu merci que ses filles n'étaient âgées que de 17 mois à l'époque et qu'elles n'étaient pas vraiment conscientes de la gravité et de l'ampleur de la situation.
«Vrai, dit M. Carrière. Mais en même temps, mon retour à la maison auprès de mes filles a été le moment le plus difficile de toute cette terrible expérience. Parce que mes filles s'ennuyaient de moi et elles demandaient souvent à leur mère quand j'allais revenir. Mais quand je suis revenu, elles ont eu peur de moi. Ce qui était tout à fait normal pour des enfants de leur âge puisque je n'avais plus un cheveu sur la tête et j'étais défiguré. Papa avait quitté la maison debout et en forme, et c'est ce monstre qui revenait à la maison des mois plus tard. C'était un bout très difficile. Et je pourrais le maudire longtemps, cet accident, mais il m'a permis de voir autre chose.
- C'est-à-dire...?
- Chaque événement nous propulse vers autre chose. Après cet accident, j'ai profité du temps que j'avais en récupération pour m'occuper de mes enfants. Avant, c'était go, go, go! tout le temps, les deux parents travaillent, il faut faire de l'argent. Mais après l'accident, mes filles sont venues dîner à la maison tous les jours. Je les accompagnais à l'école tous les matins. Nicole arrivait de travailler le soir et il y avait toujours un repas chaud qui l'attendait. J'ai finalement appris à apprécier la vie. Physiquement, j'ai mes limites. Je suis pas mal magané, surtout au dos. Mais j'ai eu le temps de prendre soins de mes filles et de m'impliquer, après ma réadaptation, dans le monde scolaire comme bénévole et plus tard en étant élu, en 2007, commissaire scolaire. Et dès 2008, j'avais l'intention de me lancer en politique municipale. Ce que j'ai fait en 2013 et j'ai battu le conseiller sortant.»
Sans affiche
Marc Carrière a battu Luc Montreuil par environ 400 voix, ce dernier prenant la dernière place, derrière le candidat d'Action Gatineau, Roland Frenette.
Et si M. Carrière a prouvé une chose durant cette campagne, c'est qu'un candidat n'a pas besoin d'affiches électorales pour se faire élire.
«Une affiche électorale, je trouve ça laitte et inutile, lance-t-il. Je disais à mon épouse: "Ça ne me tente pas de sortir de chez-moi et de voir ma face sur un poteau. J'ai assez de me regarder la face dans le miroir tous les matins, ça ne me tente pas de la revoir dans les rues.»Selon moi, pour inciter les gens à venir voter pour toi, il s'agit simplement d'aller les voir. Tout politicien le dira. Chaque rencontre avec un citoyen est du temps de qualité qu'on partage avec lui. Du porte-à-porte et une plate-forme électorale solide et défendable, c'est tout ce que ça prend. Une affiche, c'est inutile et c'est carrément laitte.
- Et pour l'avenir, M. Carrière, avez-vous des aspirations politiques aux niveaux provincial ou fédéral?
- Je n'ai pas d'agenda politique. Mon travail présentement est de représenter les citoyens de Masson-Angers à la table du conseil municipal. Est-ce que je poserai ma candidature pour un deuxième mandat en 2017? L'avenir le dira.
- Arrive-t-il qu'on vous méprenne pour le député provincial de Chapleau, Marc Carrière?
- De temps en temps, oui. Disons que lui et moi nous transférons parfois des courriels mal adressés.»