Lucille Collard a été élue, cette semaine, sous la bannière libérale dans la circonscription provinciale de Ottawa-Vanier.

Elle a choisi Vanier ; Vanier l’a choisie

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Lucille Collard est née en France en 1965, là où son père militaire avait été affecté. De retour au Canada deux ans plus tard, sa famille a habité un peu partout au Québec. De Gatineau au Saguenay, en passant par Longueuil et Québec.

Une fois ses études au Cégep de Jonquière complétée, Lucille Collard, alors âgée de 19 ans, a décidé de déménager à Ottawa. « Je voulais apprendre l’anglais, dit-elle. Je ne parlais pas du tout l’anglais à l’époque et je trouvais qu’Ottawa était attirant parce qu’il y avait un côté bilingue à cette ville. Sauf que j’avoue que lorsque je suis arrivée, je me suis rendu compte que, pour les francophones, il y avait quand même des défis. Alors je me suis établie à Vanier, c’est là que je me sentais vraiment le mieux à cause de ses racines francophones. J’y vis depuis maintenant 35 ans et c’est ici que j’ai décidé d’élever mes enfants », ajoute la mère de trois filles et un garçon âgés de 19, 18, 15 et 12 ans.

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Avocate de profession à la fonction publique fédérale, conseillère scolaire pendant 10 ans et présidente du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) pendant une année, Mme Collard a été élue, jeudi, députée provinciale d’Ottawa-Vanier, poursuivant la tradition libérale dans cette circonscription pour une 49e année consécutive.

Mme Collard n’en était pas à sa première tentative en politique provinciale. Elle a été défaite par Nathalie Des Rosiers, en 2016, à la course à l’investiture libérale dans Ottawa-Vanier. Une élection plutôt controversée alors qu’une centaine de ses partisans n’ont pu voter à cause d’une « confusion » au niveau de leur adhésion. D’autres à sa place auraient tourné le dos au parti, mais Lucille Collard a persisté et la deuxième occasion s’est avérée la bonne.

Le Droit l’a rencontrée.

LUCILLE COLLARD : Un journaliste m’a demandé si l’élection de jeudi était ma revanche. Je ne le vois pas comme ça. Je le vois plutôt comme un cheminement. Entre 2016 et aujourd’hui, ça m’a permis de compléter ma carrière comme avocate au fédéral, de devenir président du CEPEO et de développer encore plus mon expertise. Et je pense que je suis aujourd’hui où je dois être. C’est sûr que j’ai eu un goût amer en 2016. Une défaite, ce n’est pas toujours facile à avaler. Mais pour moi, quand je regarde le Parti libéral (de l’Ontario), c’est le parti qui rejoint mes valeurs. Nous sommes un parti en reconstruction et c’est une bonne opportunité de pouvoir participer à cet exercice-là, de pouvoir apporter ma voix et ma vision, et de m’assurer que les valeurs qui sont importantes pour les gens d’Ottawa-Vanier soient bien représentées.

LE DROIT : Quelles seront vos priorités à Queen’s Park ?

LC : La francophonie, bien entendu. Je vais toujours défendre les Franco-Ontariens et je vais me battre pour qu’on retrouve notre Commissariat aux services en français qui était très utile pour notre communauté. Et l’éducation, pour moi, demeure l’enjeu principal. L’éducation, selon moi, est le véhicule par lequel on peut régler tous les maux de notre société. Il faut y investir le plus de ressources possible. Il faut attirer des gens de qualité, des gens passionnés. Et ça, on ne peut pas le faire si les conditions de travail sont exécrables. Et je pense que c’est quelque chose présentement que le gouvernement ne comprend pas. Je valorise beaucoup les enseignants, le travail qu’ils font est probablement le rôle le plus important dans notre société. L’éducation est la racine de notre société. Et si tu veux voir un arbre grandir, tu ne coupes pas les racines. Il y a aussi la question de la pauvreté et du logement abordable. Je veux aussi m’assurer que les jeunes aient une voix. Nos jeunes sont allumés, ils ont de bonnes idées. Il faut les écouter et les impliquer. Et, bien entendu, l’environnement demeure une priorité. Mes quatre enfants me le rappellent chaque jour. (Rires).

LD : Quelle est votre position sur la construction possible d’un mégarefuge de l’Armée du Salut sur le chemin de Montréal, en plein cœur de votre circonscription ?

LC : J’espère que ça ne verra jamais le jour et je vais certainement œuvrer pour que ça ne se passe pas. J’appuie le mouvement S.O.S. Vanier depuis le début. Ce mégarefuge n’est pas la bonne solution. Nous avons une crise de gens sans-abri. Ce que ces gens ont besoin, ce sont des logements. Alors j’espère qu’on développera un autre modèle. Il faut enlever les gens de la rue et leur donner des ressources et des services pour leur permettre de sortir de la situation dans laquelle ils sont. Et il faut prendre en considération que la solution n’est pas la même pour chacun de ces gens-là. J’ai l’intention de créer un groupe de travail avec des décideurs clés afin d’avoir un plan concret, des solutions à court et à long terme, et avec des échéanciers complets. On ne peut pas laisser ça cheminer de cette façon.

LD : D’où vient cette passion pour la politique provinciale et ce besoin de vous impliquer dans votre communauté ?

LC : Je me posais cette question l’autre jour parce que je trouve que je suis vraiment à ma place. Je pense que ça vient de loin. Je me souviens que toute jeune, j’avais peut-être 10 ans, j’habitais Longueuil et j’essayais de jouer la médiatrice entre les Anglais et les Français qui se chicanaient dans mon quartier. (Rires). Je trouvais que ça n’avait pas d’allure de se chicaner pour une question de langue. Et durant mes 35 années au gouvernement fédéral, il y avait toujours des collègues qui venaient me demander conseil. Ils me faisaient confiance. Donc cette volonté d’aider mon prochain et de travailler avec la communauté remonte de très loin. Et la politique provinciale, selon moi, c’est ce qui touche de plus près les gens. »