Denise Robert a été touchée par le fait que le terrain où était situé sa maison familiale deviendra le Carré de la francophonie. Elle est revenu sur le dévouement de son père et sa place dans le développement de Vanier.

Denise Robert - fière Vaniéroise, fière Franco-Ontarienne

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / J’avais tort. Et je m’en suis excusé. La célèbre productrice de cinéma Denise Robert se dit fière Franco-Ontarienne et fière Vaniéroise. Et elle tenait à remettre les pendules à l’heure.

Dans ma chronique du 12 septembre dernier intitulée La petite histoire d’un carré, je vous ai parlé d’un lopin de terre vacant du secteur Vanier qui sera converti en «Carré de la francophonie», un lieu de rassemblement et d’événements pour la communauté franco-ontarienne qui sera inauguré le 25 septembre, Journée des Franco-Ontariens.

Je vous ai raconté qu’il y avait autrefois une magnifique maison avec piscine intérieure sur ce terrain devenu vacant, soit la maison du Dr Maurice Robert, le père de Mme Robert. Puis j’ai ajouté sarcastiquement qu’on devrait invité la productrice des films Menteur, Les Invasions barbares, Ma vie en Cinémascope, De père en flic et tant d’autres succès du cinéma québécois à cet événement. J’ai conclu cette chronique comme suit:

«Mais je doute fortement que Mme Robert acceptera une invitation à cette inauguration, elle qui s’est toujours dite originaire du quartier Côte-de-Sable, à Ottawa».

Denise Robert m’a appelé cette semaine pour corriger le tir. Elle tenait à le faire en mémoire de son père.

***

DENISE ROBERT: «J’ai lu votre article, Monsieur Gratton, et vous m’avez fait revivre des moments de mon enfance. Mais il y a quelques éléments pas tout à fait juste. Vous affirmez que je dis que je viens de la Côte-de-Sable. C’est faux. Ma mère et mes grands-parents maternels étaient de la Côte-de-Sable. Mon père venait de Saint-Georges de Beauce. Il est venu à Ottawa (Vanier) dans les années 1950 - il s’en allait ensuite faire des études avancées en Europe avec ma mère - mais on l’a convaincu de rester à Ottawa parce qu’il n’y avait pas de soins médicaux pour les Franco-Ontariens à l’époque. Mon père est donc devenu médecin au nouvel hôpital Saint-Louis-Marie de Montfort. Il a décidé de s’installer là pour y accueillir les francophones et leur donner les meilleurs soins au monde et un hôpital qui leur appartient.

LE DROIT: Vous parlez de l’Hôpital Montfort que la communauté franco-ontarienne a sauvé de la fermeture à la fin des années 1990.

DR: Exactement. D’ailleurs, lors de cette crise avec le gouvernement conservateur de l’Ontario, j’ai donné des entrevues pour appuyer la communauté. J’y tenais parce que je suis vraiment Franco-Ontarienne, même si j’ai été obligée de m’installer ailleurs pour poursuivre mes rêves de faire du cinéma. Je suis très fière de mes origines.

LD: La maison que vous habitiez faisait l’envie de bien des gens de la classe ouvrière de Vanier à l’époque. Elle était magnifique.

DR: C’était effectivement une grande maison. Mais nous étions huit enfants chez nous. Et cette maison de mon enfance abritait aussi les bureaux médicaux de mon père. Il faisait de la médecine générale et il s’est beaucoup consacré à la pédiatrie et la gériatrie sociales. On habitait une partie de la maison alors que l’autre partie, c’était les bureaux médicaux de papa, ses salles d’examen et tout ça. On a un peu l’impression en lisant votre article que mes parents étaient des gens snobs alors que c’est la dernière chose au monde qu’ils étaient. Mon père était un homme extrêmement généreux qui nous a appris à redonner. Noël, pour lui, c’était d’aller visiter les familles de Vanier qui avaient très peu de moyens afin de nous faire vivre Noël avec elles. J’ai d’ailleurs pleuré un peu en voyant la photo dans votre article (une photo du terrain où se trouvait la maison de la famille Robert). J’ai un peu revisité mon enfance. Et mes moments les plus heureux, c’était lorsque je passais visiter les familles avec mon papa dans le temps des Fêtes. Pour moi, c’était ça Noël.

LD: Votre père a vendu sa maison dans les années 1970, c’est ça ?

DR: Oui. Il aurait pu la vendre à des promoteurs, mais il a préféré la vendre à moindres coûts (en janvier 1975) à des gens qui voulaient la convertir en maison de transition. (La maison a été vendue à l’organisme La Maison Fraternité).

Il l’a fait à l’encontre des gens du voisinage qui ne voulaient pas de cette maison de transition dans leur quartier. Papa préférait la vendre à des gens qui, comme lui, allaient redonner à la société et aider les gens dans le besoin. Je ne savais pas que la maison avait été démolie. Je trouve ça merveilleux que ce soit devenu un lieu de rassemblement, ça me touche beaucoup.

C’est ce qui m’a le plus touchée de votre article parce que mon père était un homme rassembleur. Et ce lieu (le Carré de la francophonie) sera rassembleur pour tous les francophones.

LD: Je vous invite personnellement à son inauguration du 25 septembre, Mme Robert.

DR: C’est gentil, mais je ne pourrai malheureusement pas, je serai aux États-Unis. Mais j’y serais allée, sincèrement. Et c’est évident que la prochaine fois que je serai à Ottawa, je vais aller voir ça. Ça me touche vraiment que la Ville ait décidé de faire ça. Je serai avec vous en coeur et en esprit. Et transmettez toute mon appréciation parce que ce qui se fait là est beaucoup dans l’esprit de mon père qui était un homme rassembleur. Je le prends personnellement à la mémoire d’un homme qui était un grand homme.»

LD: Plus jamais je n’affirmerai que vous dites que vous êtes de la Côte-de-Sable, Mme Robert. Dorénavant, je parlerai de vous comme une fière Vaniéroise.

DR: Et fière Franco-Ontarienne. Je n’ai jamais eu honte de le dire et, comme mon père avant moi, je serai toujours là pour défendre les droits des Franco-Ontariens.»