Le Gatinois Benoit Landry est vice-président de la programmation du réseau de télévision américain NBC.

De Gatineau au Tonight Show

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Le Gatinois Benoit Landry aurait pu faire carrière chez lui, à Gatineau. Il a plutôt choisi Hollywood.

Diplômé de la polyvalente Nicolas-Gatineau en 1999, il aurait pu succéder à son père, Alain, et à son grand-père, Greg, et ainsi devenir la troisième génération de Landry à la tête de la boutique de vêtements pour hommes du boulevard Saint-René qui porte le nom de son grand-père. Mais cette profession n’était pas pour lui. Et aujourd’hui, Benoit Landry, 37 ans, est l’un des dirigeants de l’un des plus importants réseaux de télévision aux États-Unis, la National Broadcasting Company, mieux connue sous son acronyme NBC.

« J’ai longuement songé à prendre la relève de mon père à la boutique (Greg Landry mode pour hommes), dit-il au bout du fil de son bureau à Los Angeles. J’ai travaillé dans ce magasin dès l’âge de 14 ans. Je faisais le ménage, je passais l’aspirateur, je lavais les miroirs et le reste.

«Mais j’ai vu la carrière que mon père et mon grand-père ont passée. Ils travaillaient de longues heures, ainsi que les fins de semaine. Ils travaillaient encore plus fort dans le temps des Fêtes. Je voyais comment mon père était fatigué par moments. Et moi, ma véritable passion, c’était les communications, les médias et les relations publiques.»

C’est dans ce domaine que Benoit Landry a fait ses études à l’Université d’Ottawa au début des années 2000. Et durant sa troisième année d’études avant l’obtention de son baccalauréat, un stage au sein de l’agence de publicité InnovaCom Marketing & Communication, à Gatineau, a effacé tout doute. C’est dans ce domaine qu’il allait gagner sa vie.

«André Guibord (le président d’InnovaCom) m’a appris beaucoup de choses, se souvient-il. Je l’ai toujours vu comme un mentor. Il m’a impliqué dans plusieurs projets sur lesquels il travaillait à l’époque. Il me disait : «tu vas me suivre à tous mes meetings et je vais te montrer ce que je fais afin que t’es vraiment l’expérience sur le terrain». Alors je le suivais comme son ombre partout où il allait. Et l’expérience que j’ai acquise avec lui m’a aidé dans l’obtention de ma maîtrise en Californie.

— En Californie ? Pas à l’Université d’Ottawa ?

— Pour être bien honnête, j’en avais assez de l’hiver et du froid, lance-t-il en riant. Alors j’ai posé ma candidature uniquement à des universités de la Floride et de la Californie. J’avais une professeure en communications à l’Université d’Ottawa, Lise Boily, qui m’a énormément aidé. Elle avait étudié à la prestigieuse université Harvard, à Boston, elle avait l’expérience des études aux États-Unis. Elle m’a aidé avec mes demandes d’admission et mes cours d’anglais, elle m’a écrit des lettres de recommandation, elle m’a vraiment guidé vers mes études supérieures. Et c’est beaucoup grâce à elle si j’ai été accepté à la University of Southern California, à Los Angeles, une université qui se spécialise dans les médias, c’est leur expertise.»

Lorsque le moment est venu de choisir une entreprise où compléter un stage avant l’obtention de sa maîtrise, Benoit Landry a arrêté son choix sur le réseau NBC qui était à la recherche d’un stagiaire en programmation «late night» (émissions de fin de soirée tel le Tonight Show animé à l’époque par Jay Leno).

Au terme de son stage et une fois sa maîtrise en poche, le jeune Gatinois a été embauché par le réseau NBC. Il y a 15 ans de ça. Aujourd’hui, Benoit Landry est vice-président de la veille marketing et de la programmation de fin de soirée. Si les téléspectateurs et internautes de partout en Amérique du Nord (et au monde) se divertissent en regardant le Tonight Show avec Jimmy Fallon, le Late Night With Seth Myers, Saturday Night Live et A Little Late With Lilly Singh, c’est beaucoup grâce à lui.

«Mon équipe a aussi la responsabilité de la programmation aux heures de grande écoute, entre 20 h et 23 h, précise-t-il. Moi, ma spécialisation, c’est dans le late night», de 23 h à 2 h du matin. »

Mais son rôle chez NBC ne s’arrête pas à la programmation. Benoit Landry coopère aussi avec les réalisateurs, les producteurs et les scénaristes de diverses émissions. «On essaie de maximiser le succès qu’ils auront, explique-t-il. On leur donne des conseils, des idées, des suggestions, tout dépendamment du réalisateur et du producteur. Parce que ce n’est pas tout le monde qui aime avoir des suggestions du réseau, ajoute-t-il en riant.

— Et l’hilarant Alec Baldwin dans le rôle du président Donald Trump à Saturday Night Live (SNL), c’était votre idée ?

— Non, pas du tout ! (Rires). Je vais à New York (où se trouvent les studios de SNL) au moins une fois par mois pour les émissions qu’on tourne là-bas. Mais en ce qui a trait à SNL, c’est la vision du créateur Lorne Michaels. Et soyons clairs, toutes les idées pour SNL viennent de lui et de son équipe. La seule chose que je fais avec Lorne, c’est de lui donner les résultats des cotes d’écoute et des visionnements sur YouTube, Facebook, Instagram et le reste. Je lui donne du feedback et c’est tout.

— La boutique Greg Landry fermera ses portes à Noël et vos parents déménageront en Arizona, à une heure de vol de Los Angeles. Avez-vous hâte ?

— Je suis un peu triste que le commerce familial ferme, c’est sûr. Mais je serai bien content d’avoir mes parents avec moi et ma copine aux Fêtes et aux occasions spéciales. Et je sais qu’ils apprécieront la chaleur de l’Arizona plutôt que de passer l’hiver à pelleter et à jeter du sel sur les trottoirs !».